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Vincent Laurencin est un personnage. "Un emmerdeur" même, selon ses propres mots. Du haut de son mètre nonante, il en rit ; l'ambiance dans les Savonneries Bruxelloises est plutôt cool. " Quand on vient au boulot, il ne faut pas que ce soit avec les pieds de plomb. Il y a la relation humaine qui compte. Le fait qu'on s'apprécie, ce n'est même pas une question de paternalisme mais vraiment de plaisir au travail. " Propriétaire des lieux depuis près de vingt-cinq ans, il est véritablement tombé sous le charme de l'usine fondée en 1926 : " J'ai eu la chance de pouvoir rencontrer le précédent propriétaire. Il était fatigué, il avait beaucoup travaillé et réussi dans son domaine. On s'est bien entendus et il m'a vendu sa société. " Titulaire d'un diplôme d'ingénieur commercial, l'homme d'affaires avait déjà bossé pour plusieurs boîtes, dans divers domaines, mais ne s'était jamais imaginé dans ce secteur. " Je ne m'entendais pas très bien avec la direction de mon dernier job. J'avais déjà un pas dans l'indépendance, je me suis dit : "Autant y aller." Le but, c'était de reprendre une entreprise qui me plaisait. Je suis rentré dans cette institution et j'ai eu un coup de coeur, ça sentait le savon partout, c'était sympa. " De fait, dans l'atelier situé à Laeken, les ouvriers sont souriants et décontractés. Même si le bruit des machines les oblige à élever la voix pour s'entendre, ils s'apprécient et sont à l'aise avec leur patron. " Créer une ambiance où il y a une grande complicité, une véritable compréhension et surtout un réel engagement, ça prend des années, avance ce dernier. Les employés sont tous impliqués, il y a de la considération aussi. A mon avis, ce n'est pas pour le salaire qu'ils restent... " D'ailleurs, son associé, François Van de Velde, n'est autre que son neveu. " Il s'était marié avec ma nièce, je m'entendais super bien avec lui. Je suivais d'assez près sa carrière. A un moment, il a pris un congé sans solde et est venu travailler ici. Et puis, il a aussi été séduit. Lors d'un déjeuner, autour d'une bouteille de vin, on s'est dit: "Pourquoi ne pas collaborer ensemble?". " Si sa passion pour le savon est venue progressivement, malgré les années, il ne s'en lasse pas. " J'ai cru à un certain moment que je ne sentirais plus rien, mais ce n'est pas du tout le cas. Je m'étonne toujours de nouvelles odeurs ; il faut dire que j'ai un grand nez ! ", souligne-t-il avec humour. Et d'évoquer un produit qu'il ne fabrique plus, mais qui l'a particulièrement marqué : " C'était un savon rond que l'on faisait pour un de nos clients, avec un parfum de Cologne. Je m'en souviendrai toujours, il était délicieux. " Fervent bosseur, Vincent Laurencin a passé beaucoup de temps dans son usine afin de perfectionner ses articles. Si les Savonneries Bruxelloises ont d'abord oeuvré pour d'autres marques, elles ont lancé leur propre label en 2010. La gamme est désormais disponible dans une centaine de points de vente en Belgique (notamment chez Senteurs d'Ailleurs, place Stéphanie, à Bruxelles) et dans les pays limitrophes. " Modify or mummify ", modifier ou momifier, résume l'entrepreneur qui a récemment rejoint la liste des Fournisseurs Brevetés de la Cour de Belgique. " C'est la reconnaissance de tout ce que nous faisons à l'usine et je ne vous cacherai pas que ça m'a beaucoup touché pour les ouvriers, ils étaient terriblement excités. " www.savonnerie.bePAR ELODIE SIMONS