Qu'il s'agisse de " manger les produits tels que la nature les a conçus ", " d'éviter les protéines animales " ou encore de " faire l'impasse sur le gluten ", les livres de cuisine et les restaurants imprégnés d'une certaine orthodoxie alimentaire n'ont jamais été aussi nombreux.
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Qu'il s'agisse de " manger les produits tels que la nature les a conçus ", " d'éviter les protéines animales " ou encore de " faire l'impasse sur le gluten ", les livres de cuisine et les restaurants imprégnés d'une certaine orthodoxie alimentaire n'ont jamais été aussi nombreux. Souvent pour le meilleur - pour qui a le temps de trier les informations et possède les moyens de les mettre en pratique - mais parfois pour le pire - les allergies imaginaires, l'orthorexie... -, réconcilier nourriture et santé est aujourd'hui un enjeu majeur qui suscite les vocations de gourous en tout genre. C'est que le vieil adage hippocratique " Que ta nourriture soit ton médicament " est loin d'être dénué de bon sens, il résonne comme un mot d'ordre nécessaire à une époque où l'on voit le danger sanitaire partout. Seul hic, comment tracer un chemin à travers toutes les rout(in)es nutritionnelles proposées ? Car on le sait désormais : si le régime crétois avec sa fameuse pyramide des équilibres est une illustration réputée de la cuisine-santé en méditerranée, la cuisson à la vapeur et le wok asiatique relèvent tout autant de traditions gastronomiques reposant sur le concept d'alimentation optimale. Pas facile de se prononcer. Là aussi, le discernement est de mise, " un peu de tout " semble la formule la plus adaptée à nos destins omnivores. Le problème ? La tempérance fait de moins en moins recette. Il n'est pas seulement question des banquets exposés à longueur d'Instagram. Non, ce qui est plus inquiétant, c'est ce qu'Ivan Illich a appelé il y a quelques années déjà " l'obsession de la santé parfaite ". Plus question de faire dans la demi-mesure, nos sociétés occidentales exigent " la vie à l'infini ". Avec un tel horizon, auquel de nombreux candidats souscrivent sans distance, comment ne pas être tenté par l'exagération ? Quel danger que cette révolution pour s'affranchir des lois élémentaires de l'existence... Pour compliquer les choses, chacun sait désormais que s'alimenter est devenu un acte politique. Un geste crucial dans lequel on met en jeu son rapport à soi, aux autres et au monde. Face à cet imbroglio, il n'y a pas d'autre option que de poser un choix en mobilisant son libre-arbitre. Pour nourrir cette réflexion, voici les pistes et les bonnes recettes proposées par trois auteurs. A vous de voir...Parcours intéressant que celui de Jean-Christian Jury. Arrivé à Londres en 2001 pour diriger plusieurs restaurants, l'homme confesse avoir eu à l'époque une hygiène de vie peu recommandable. Il la résume de la sorte : " Travailler entre quatorze et seize heures par jour, sans congé, et manger de manière médiocre. " Ce qui devait arriver arrive, il fait un malaise cardiaque. Lors de sa convalescence, il rencontre le fondateur d'un groupe spécialisé en cuisine à Istanbul. C'est une révélation, il saute sur l'occasion de cette collaboration pour changer sa manière de se nourrir. Soucieux de faire partager son expérience au plus grand nombre, l'intéressé décide d'ouvrir sa propre enseigne " à base de vins et de plantes biologiques ", à Berlin. Le 1er janvier 2007, date de la Journée mondiale végétalienne, il inaugure La Mano Verde. Objectif ? Faire la démonstration des saveurs de la cuisine vegan. Le tout à travers une approche qui n'a rien à envier à la gastronomie traditionnelle : dressage méticuleux, service impeccable, accords mets-vins calibrés... L'aventure est un succès total, il reçoit des clients du monde entier. Dès 2015, il ferme son restaurant et consacre sa vie à propager la bonne parole à travers des conférences dans le monde entier. Aujourd'hui, il consigne 450 de ses recettes dans une véritable bible parue chez Phaidon. A 39 ans, Amandine Poli n'a pas eu le choix : elle a dû adapter son régime alimentaire. Pour cause, après des années de troubles et de désagréments, un diagnostic est tombé comme un couperet sur ses symptômes : la maladie coeliaque. Cette dernière, qualifiée d'auto-immune, consiste en une intolérance au gluten qui entraîne l'inflammation de la paroi intestinale. Aidée par le médecin évolutionniste et environnemental Didier Potdevin, la Française installée en Belgique a fait appel à toute sa créativité pour retrouver du plaisir à manger, car adieu le pain, les pâtes et autres gâteaux classiques ! En la matière, bon sang ne saurait mentir, en tant que petite-fille du chef étoilé normand Jean Mouge, elle a sollicité son ADN culinaire pour réenchanter son quotidien. Au bout d'un cheminement personnel qu'elle confie émaillé d'essais et erreurs, elle élabore un bréviaire de " recettes healthy sans gluten, sans lactose et à index glycémique bas " qui séduit son entourage. Soucieuse de diffuser ses nouvelles connaissances auprès du grand public - une à deux personnes sur cent seraient atteintes en Belgique -, elle a compilé ses préparations dans un guide complet, détaillant son nouveau mode de vie, applicable à tout le monde. On aime son credo, infusé à l'humilité, " la seule maison que je connaisse vraiment est mon corps ", qui invite chacun à examiner les effets d'une conversion alimentaire. Nutritionniste et auteure populaire en Flandre, Sandra Bekkari se penche depuis une vingtaine d'années sur les questions de santé et d'alimentation. Sa série de livres Gezond & Slank, Topchefs koken gezond, mais surtout les trois volumes de Nooit meer diëten - 150 000 exemplaires vendus - sont d'impressionnants succès d'édition au nord du pays. Désormais, cette entrepreneuse hyperactive de 43 ans, qui est suivie par quelque 100 000 followers, passe à la vitesse supérieure, notamment à travers des capsules télévisées diffusées sur VTM et la parution de son premier recueil de recettes en français, intitulé en toute logique Non au régime. Cet opus bien balancé propose des préparations divisées en six parties : petit-déjeuner, déjeuner, en-cas, amuse-bouches et soupes, dîner et dessert. Au coeur de son " système ", on trouve une approche qu'elle a mise au point en 2008 : la méthode SANA. Soit des consignes simples, concrètes et efficaces qui guident le quidam pas à pas - un ensemble de sept étapes - vers une alimentation plus saine, sans le priver de tous les plaisirs de la table. Le tout sans interdit mais soutenu par une logique 80/20, c'est-à-dire 80 % d'aliments sains - fruits, légumes, viande et poisson en quantités raisonnables, produits laitiers fermentés, noix et graines... - et 20 % d'absorption " plaisir ".