Plus que jamais, la crise est là. Et n'épargne pas le secteur de la mode. A Milan, la fashion week a accueilli 16 défilés de moins que l'an dernier. Le spécialiste de la lingerie La Perla a ainsi préféré s'abstenir. Tout comme Just Cavalli, qui a annulé son show à peine deux jours avant la date prévue. A Paris, Christian Lacroix a défilé devant un public réduit de moitié, tandis qu'Anne Valérie Hasch et Sonia Rykiel ont préféré présenter leur nouvelle collection dans leurs propres murs. Le marasme économique transpire aussi dans les collections elles-mêmes. Pour habiller la femme l'hiver prochain, les créateurs n'ont pas pris de grands risques. Rien de plus sûr qu'un retour aux racines, à l'ADN de leur griffe, pour séduire les fashionistas, transformées pour l'heure en recessionistas. " Le vrai luxe est aujourd'hui dans la construction, le style et la qualité du vêtement, même classique, car les gens peuvent le conserver plus longtemps ", confiait dernièrement Christopher Bailey, directeur artistique de Burberry Prorsum au Monde (1).
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Plus que jamais, la crise est là. Et n'épargne pas le secteur de la mode. A Milan, la fashion week a accueilli 16 défilés de moins que l'an dernier. Le spécialiste de la lingerie La Perla a ainsi préféré s'abstenir. Tout comme Just Cavalli, qui a annulé son show à peine deux jours avant la date prévue. A Paris, Christian Lacroix a défilé devant un public réduit de moitié, tandis qu'Anne Valérie Hasch et Sonia Rykiel ont préféré présenter leur nouvelle collection dans leurs propres murs. Le marasme économique transpire aussi dans les collections elles-mêmes. Pour habiller la femme l'hiver prochain, les créateurs n'ont pas pris de grands risques. Rien de plus sûr qu'un retour aux racines, à l'ADN de leur griffe, pour séduire les fashionistas, transformées pour l'heure en recessionistas. " Le vrai luxe est aujourd'hui dans la construction, le style et la qualité du vêtement, même classique, car les gens peuvent le conserver plus longtemps ", confiait dernièrement Christopher Bailey, directeur artistique de Burberry Prorsum au Monde (1). La griffe britannique, justement, protège ses silhouettes dans des trenchs trop grands, le tout dans une ambiance pleine de nostalgie, chère à la maison. MaxMara retourne, elle aussi, à ses fondamentaux : des manteaux intelligemment coupés. Versace fait du Versace, avec des tenues de soirée archisexy et colorées. Balenciaga livre des robes de soie à imprimés ou drapés, inspirées des archives de la maisonà Au niveau du vestiaire proprement dit, deux stratégies sont au coude-à-coude. D'une part, il y a les maisons qui écrivent une partition sans chichis ni bling-bling. Du luxe limité à l'essentiel. Place à une femme distinguée et sophistiquée, en jupes stylo ou pantalons carrot. Une élégance sobre parfois très couture, vue chez Jil Sander, Bottega Veneta, Yves Saint Laurent, Prada, Gianfranco FerréàD'autre part, certains créateurs préfèrent envoyer valser la crise, avec des envies d'ailleurs - les poupées russes de Kenzo, le périple oriental de Christian Dior, les princesses de l'Europe de l'Est de Gallianoà -, mais surtout avec une folle obsession de fête jusqu'au bout de la nuit. Chez Balmain, Gucci, Pucci, Roberto Cavalli, Jean Paul Gaultier, Louis Vuitton ou Nina Ricci, on trouve une profusion de mini-jupes et robes rikiki, de strass, d'impensables cuissardes, de slims en cuir zippés, de clous, d'agrafes, de références aux années 1980, toujours très présentesà La parade idéale pour oublier la morosité ambiante. (1) Un luxe discret et protecteur , Le Monde, 1er mars 2009. Elles sont partout. Avec les jupes mini de chez mini que les créateurs leur ont dessinées, elles empêchent les femmes de s'enrhumer. Les cuissardes sont indiscutablement le must-have de l'hiver prochain. Pour autant qu'on arrive à les porter sans vulgarité. On en trouve de toutes sortes : en cuir Stretch, en daim, jusqu'en haut des cuisses, d'inspiration bottes de pêcheur ou mousquetaire. Se sont ainsi passé le mot Pucci, Isabel Marant, Louis Vuitton (photo), Prada, Roberto Cavallià Avec la crise, on broie du noir. Des noirs. Car la palette est loin d'être monotone, avec le jeu des textures, des brillances et des tonalités. Sans oublier les tons endeuillés, comme le bleu pétrole, les prunes, les bruns et les vert sourd. Des déclinaisons obscures et monochromes, vues chez Gianfranco Ferré, Prada, Gucci, Chanel (photo), Ann Demeulemeester, Lanvin, Hermèsà Bref, pratiquement chez tous. Parfois, comme chez Jil Sander, le noir est subtilement éclairé par des touches mandarine, rose ou rougeà Des couleurs flashy beaucoup aperçues aussi lors de la fashion week de New York. Quand les créateurs choisissent de jouer le ton sur ton, il faut miser sur le télescopage des matières, pour apporter un peu d'éclectisme. Le brillant du satin se marie, dans un même vêtement, au mat du crêpe de Chine, à la douceur d'une fourrure ou à la transparence d'un tulle. Marni juxtapose le Lurex, le lamé, la dentelle et la maille (photo). Des contrastes insoupçonnés remarqués aussi chez Fendi, Dsquared2, Alexander Wang, Rue du Mail ou Antonio Marras. Les imprimés animaliers apparaissent çà et là, dans de nombreux défilés. Qu'il s'agisse de motifs léopard, tigre, panthère, girafe, ou d'effets croco sur les cuirs, on les repère chez Véronique Leroy (photo), Balenciaga, Balmain, Isabel Marant, Giles, D&G ou encore sur les célèbres mocassins Tod's, en édition limitée. Rock ou disco, qu'importe finalement. Sur les podiums de l'hiver, on note une profusion d'effets métalliques ou scintillants. Les robes sexy de Versace se parent d'agrafes, une pluie de strass, paillettes et clous tombe sur les minirobes de Nina Ricci et Roberto Cavalli (photo). Les épaules d'Alberta Ferretti s'agrémentent de bijoux en cristaux, tandis que les Perfectos satinés et déconstruits d'Haider Ackermann se strient de zipsà L'hiver prochain, la femme part au combat. Parfois agressive, toujours racée. Gagnante sur toute la ligne. Elle se fait aviatrice chez Hermès (photo), centurionne chez Prada, Calamity Jane chez Chloé. Revêt des looks ou matières d'inspiration militaire, chez Y3, Paul Smith, Antonio Marras. L'ère des nouvelles héroïnes a sonné. Les collections de ce printemps donnent déjà le ton. Mais l'hiver prochain, les épaules et jeux de manches seront au centre de toutes les attentions. Démesurées chez Dolce & Gabbana (photo), sculptées chez Salvatore Ferragamo, finement pointues chez Balmain, très eighties chez Giorgio Armani. Le drapé se fait asymétrique et ne dévoile qu'une épaule chez Haider Ackermann. Et les Perfectos de Pollini sont greffés de manches au pelage argenté. Face à l'ambiance plombée, on se cache dans une bulle de volumes. Les poupées russes de Kenzo, les manteaux carapace d'Iceberg, de Junya Watanabe ou Marni sont là pour amortir les coups. On rêve aussi d'un cocon protecteur, comme les couches qui se superposent chez Missoni (photo), ou A.F. Vandevorst. Les têtes se coiffent d'un drôle de chapeau pointu fourré chez Dior ou d'un casque de fourrure chez Karl Lagerfeld. Quant aux chaussures de Hogan, elles se doublent de mouton retourné. Chaud, dedans. De face, le vêtement est sage et sérieux. Pas de décolleté. Même un sobre col roulé, de temps en temps. Mais dès que la silhouette se retourne, elle dévoile une généreuse ouverture dans le dos. Appréciée chez MaxMara (photo), Haider Ackermann ou Pucci. Dans les plis et replis du tissu, les effets de brèche s'aperçoivent aussi, que ce soit dans les sculptures de Jil Sander ou dans les pantalons carrot, amples à la taille, de Burberry Prorsum ou Yves Saint Laurent. Outre les cuirs, on a vu énormément de fourrure sur les catwalks. Démonstrative, abondante, oversized, ou simplement présente par petites touches. Chez Dolce & Gabbana, c'est un manteau d'astrakan aux manches rose shocking. Chez Prada, elle s'accroche aux débardeurs ou sur les jupes de vison prune (photo). Indémodable mais plus présente que jamais, chez Burberry Prorsum, Etro, Ferragamo, Hermès, Christian Dior, Anne Valérie Hasch, Loewe, Jean Paul Gaultier, Lanvin. l Catherine Pleeck