En France, à Paris plus exactement, on a vu le célèbre critique gastronomique François Simon monter au créneau. Il a pris la plume pour défendre la cause des " néo-simples ", ces restaurateurs qui plaident pour un retour à la simplicité, à l'heure où la médiatisation des chefs est extrême et où les classements foisonnent. " Pour eux, la gastronomie, c'est l'émotion, les larmes devant une assiette simplissime ", martèle-t-il. Et de citer feu Alain Chapel, le brillant chef de Mionnay dans l'Ain, pour étayer ses thèses : " Pourquoi faire un feuilletage pour des asperges, alors qu'elles peuvent être sublimes juste pochées ? "
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En France, à Paris plus exactement, on a vu le célèbre critique gastronomique François Simon monter au créneau. Il a pris la plume pour défendre la cause des " néo-simples ", ces restaurateurs qui plaident pour un retour à la simplicité, à l'heure où la médiatisation des chefs est extrême et où les classements foisonnent. " Pour eux, la gastronomie, c'est l'émotion, les larmes devant une assiette simplissime ", martèle-t-il. Et de citer feu Alain Chapel, le brillant chef de Mionnay dans l'Ain, pour étayer ses thèses : " Pourquoi faire un feuilletage pour des asperges, alors qu'elles peuvent être sublimes juste pochées ? " En Belgique, la Wallonie a dénoncé la montée en puissance de cette tendance gourmande. Dans le sud du pays, plusieurs chefs, en effet, composent des odes magnifiques à la simplicité. A Namur, par exemple, la démarche de Willy et Christiane Delcour s'érige en référence. Avec leur restaurant Le Bon Vin, ce couple aux fourneaux comme à la ville donne ses lettres de noblesse à une cuisine sans chichis qui trouve son inspiration au c£ur des terroirs, qu'ils soient belges ou français. A épingler aussi : Paris-Brest, à Liège, une adresse logée au fond d'un vrai café populaire. Aucun signe extérieur de gastronomie pour une table qui envoie pourtant des mets de grande qualité. Côté public, on ne niera pas que ce genre d'adresses possède un petit plus : l'impression d'appartenir à cette minorité - happy few - d'amateurs qui déniche des merveilles. Adresse sans prétention, La Mère Gourmandin plante une cool atmosphère qui donne envie de prendre son temps. Autoproclamée " Table Gourmande ", cette adresse peut se targuer d'une belle cohérence fond-forme. Le décor se compose de deux pièces en enfilade et d'une troisième aux allures de jardin d'hiver. Ce dernier espace s'affiche comme le plus réussi avec ces hublots au plafond, son magnifique carrelage et son vieux poêle. Le tout pour un effet à la fois urbain et rustique. La carte n'est pas de celles qui prennent la tête. Les plats sont simples et francs du collier : crêpes, salades, pâtes artisanales, quiches décomplexées, suggestions inspirées... On viendra ici surtout pour les crêpes d'inspiration bretonne bien senties. Mention toute particulière pour la Périgourdine qui mêle foie gras, fleur de sel et magret fumé (13,50 euros). Juste en face, La Mère Gourmandin fait également valoir un alter ego, Le Père Gourmandin, une table d'hôte inspirée par les produits bio et les terroirs. La Mère Gourmandin, 13, rue du Président, à 5000 Namur. Tél. : 081 22 72 08.Cinq ans déjà que Christiane et Willy Delcour font saliver Namur. Inutile de venir chercher chez eux le raffinement ultime ou des assiettes néo-zen. Les préparations s'affichent telles qu'en elles-mêmes... sur une série d'assiettes dépareillées. Un peu comme si l'on renouait avec l'un de ces repas de famille préparés par une grand-mère cordon bleu. Les terroirs sont à l'honneur, qu'ils soient d'ici ou d'ailleurs. A recommander chaleureusement : une très rare daube de truite en escavèche à la namuroise. Sans oublier les succulentes tartes maison et 300 références de crus faisant la part belle au bio, aux vieilles vignes et aux vins de campagne. Le cadre, lui, s'apparente à un cube de bric et de broc, aux lignes bistrot, dans lequel on se sent comme chez soi. En saison, une petite terrasse urbaine s'offre aux vents coulis des rues avoisinantes. L'addition tourne autour des 30 euros le couvert. Le Bon Vin, 43, rue du Président, à 5000 Namur. Tél. : 081 22 28 08. Dominique Disy était secrétaire dans une autre vie. Jusqu'au moment où elle s'est décidée à faire ce qui lui plaisait vraiment : cuisiner. Avec Emilie, sa fille, elle a imaginé une petite cantine pour petit déjeuner, déjeuner et goûter sans prétention. A Table défend les préceptes d'une cuisine saine, et simple comme on peut la savourer chez soi. L'approche est très pure : tout est préparé le matin en accord avec le feeling de Dominique. Cette dernière met un point d'honneur à ce que tout soit 100 % home made. Ses préparations s'enrichissent d'herbes fraîches et de légumes du marché. Parmi les défis que Dominique aime relever ? Cuisiner à l'inspiration en naviguant à la demande pour, par exemple, contourner telle ou telle allergie. La déco, elle, privilégie un certain art de vivre, entre pots lyonnais sans façon et cuisine ouverte. A noter : une pièce voûtée en sous-sol peut-être réservée pour un événement particulier. On mange à moins de 25 euros le couvert. A Table, 21, rue des Brasseurs, à 5000 Namur. Tél. : 081 26 16 26. Tea Time Café a des allures de petit snack new-yorkais qui aurait croisé l'esthétique lumineuse d'un milk-bar. Une scénographie simple mais efficace en fait l'un des endroits sympas du déjeuner à Namur. On s'y arrête pour une foccacia pleine de goût ou pour une salade aux accents plus légers. Les fidèles s'y rendent également pour le goûter afin de s'offrir une des bonnes crêpes de Thierry Min, le patron. La maison propose également plusieurs tartes portant la signature de l'atelier " Les Tartes de Françoise ", soit " la " référence sucrée du moment : on se régale en version fromage-spéculoos, rhubarbe ou moelleux au chocolat. Quand le froid se fait sentir, l'endroit est également idéal pour un vrai chocolat chaud (Callebaut), un bon café (Illy) ou un thé à la menthe fraîche. Tea Time Café, 35, rue Saint-Jean, à 5000 Namur. Tél. : 0496 52 44 22. Pour manger aux Volets Gris, il faut prendre de la hauteur. Serpenter le long de la Route Merveilleuse jusqu'à la Citadelle de Namur. Là, une fermette s'offre aux curieux. La bonne surprise se trouve à l'intérieur : un cadre déclinant tonalités grises et rouges, vieille charpente en bois ainsi qu'un éclairage bien pensé. En accord avec cette atmosphère contemporaine, la cuisine fait la part belle aux produits du marché. Pour 32 euros, le bien nommé Menu du Marché décline produits du terroir mais également notes exotiques façon shiitake ou taboulé aux petits légumes. La maison réserve aussi une belle place à la fraîcheur avec des salades et des desserts aériens, comme un délicieux sorbet de citron à l'Eau de Villée (7,50 euros). Une carte de vins courte mais juste sillonne les terroirs français, de la Loire au Roussillon. Les Volets Gris, 50, route Merveilleuse, à 5000 Namur. Tél. : 081 22 48 93. Internet : www.lesvoletsgris.be Le " live cooking " - une approche qui consiste à mettre en scène les alchimies culinaires du chef au c£ur même d'un restaurant - n'en finit pas de faire des émules. A Braine-l'Alleud, La Brasserie de l'Alliance exploite avec brio ce filon. Une salle tout entière de cette adresse théâtrale permet d'assister au travail en cuisine. Faïence éclatante et rôtisserie géante, vers lesquels tous les yeux se tournent, composent le plus gourmand des spectacles. En vedette de cette scénographie alléchante : la viande de belle qualité, cuite au feu de bois, façon Aubrac ou Siementhal. Sans oublier, gigot d'agneau et cochon de lait. Les faims plus légères trouveront également satisfaction, entre carpaccio de thon rouge et linguini aux gambas. Si la carte des vins enthousiasme, on se réjouit davantage de l'initiative qui consiste à mettre le caveau du restaurant à la disposition des bouteilles des convives. Un service dont on s'acquitte en payant un droit de bouchon de 15 euros. L'addition, elle, s'affiche aux alentours des 40 euros le couvert. La Brasserie de l'Alliance, 400, avenue Alphonse Allard, à 1420 Braine-l'Alleud. Tél. : 02 387 17 20. " Vivons heureux, vivons caché " : telle pourrait être la devise de cette enseigne sans prétention située dans la poétique rue Sur-la-Fontaine, à Liège. A l'image du nom qu'elle s'est choisi, Amour, Maracas et Salami est une adresse totalement décalée et arty. Ouvert depuis vingt-six ans, ce lieu meublé de bric et de broc évoque un atelier d'artiste. Une allusion 100 % justifiée dans la mesure où Marie Pichault, la maîtresse des lieux, exerce parallèlement une activité de relieuse. On est séduit par la belle verrière, les carnets home made et les objets décoratifs - tel un Jacques Tati en résine grandeur nature - qui donnent l'âme du lieu. La cuisine s'affiche simple et franche : andouillettes, falafels, plats mijotés ou perles du terroir... Les amateurs de tripes peuvent commander à l'avance une recette maison. Un plat du jour à 10,50 euros, lui, donne l'humeur du chef Etienne Pichault. Amour, Maracas et Salami, 78, rue Sur-la-Fontaine, à 4000 Liège. Tél. : 04 223 65 86. Internet : www.amourmaracasetsalami.com A Tournai, Jean-François Damien se définit comme " fervent défenseur de la typicité ". Dans son bar à vins, il promeut les vignerons dont le travail respecte les vignes et les terroirs qui les portent. Sans prétention, le patron accompagne ses dégustations de produits de terroir glanés dans la région. Un chèvre crémeux, un pâté bien balancé, des petits plats cuisinés façon tripes à la florentine viennent parfaire les arômes d'un jus du Roussillon ou d'un flacon atypique de côtes-du-rhône. Dans son antre peuplé de crus en tout genre, Jean-François Damien se revendique des cavistes qui défendent les vins nature. Pour les non-initiés, on rappellera que ces flacons issus de la réaction de certains vignerons contre l'usage systématique dans la vigne de produits issus de l'industrie pétrochimique : désherbants, levures exogènes, engrais, médicaments systémiques... On se restaure ici pour moins de 25 euros le couvert. Vins par-ci, Vins par-là, 39, rue du Pont, à 7500 Tournai. Tél. : 069 58 19 48. Ping est " le " resto contemporain qu'il faut pour se réconcilier avec le porc aigre-doux et le canard laqué. Le cadre, d'abord, est résolument branché. Les patrons, des Chinois de troisième génération, ont fait appel au bureau d'architecture... auteur de la très hype boutique de mode Used, rue Antoine Dansaert, à Bruxelles. Le bar composé d'un aquarium est un modèle du genre. Un espace business lunch couronne cette scénographie contemporaine. Côté carte, on se régale de plats fins où pointent les influences de la cuisine de Séchouan et où les produits ne sont pas enfouis sous la sauce. En été, l'adresse propose un beau choix de grillades. On appréciera aussi le service sympa et la terrasse joliment exposée. Il faut compter environ 25 euros par personne. Ping, 220, rue de la Station, à 1410 Waterloo. Tél. : 02 353 29 98. Internet : www.pingdelices.be Adresse totalement improbable, Paris-Brest se loge au fond d'un bar populaire qui n'est pas sans évoquer les cafés " bruns " d'Amsterdam. Exactement le genre d'endroit enfumé où l'on refait le monde devant une bière. L'adresse propose des boulets-frites parmi les meilleurs de Liège... Mais c'est toute la cuisine du chef Michel Dans qu'il faut explorer. Le contraste est total entre la gastronomie pratiquée ici - le mot n'est pas trop fort - et la rusticité de l'endroit. Les amateurs d'authenticité et de cadre sans chichis craqueront pour les tables en formica, les banquettes en bois et la brique brute. Les autres tourneront leur regard vers l'assiette, entre homard rôti salade d'herbes brick aux figues sauce aux fruits de la passion et filet de rascasse rôti au jus de merguez, salade méchouia et citron vert. Addition aux alentours des 30 euros. Le Paris-Brest, 18, rue des Anglais, à 4000 Liège. Tél. : 04 223 47 11. Comment se fait-il que l'on soit chez eux et qu'on ait l'impression d'être chez soi ? Depuis 1994, Véronique Poncelet régale Tournai avec un joli concept de table d'hôtes. Pas de carte, ni de suggestions, mais chaque jour un menu unique qui s'affiche au tableau. C'est un peu comme à la maison, on n'a pas le choix. Dans le cas précis, on ne le regrette nullement tant les mets mitonnés par cette autodidacte flairent bon la fraîcheur du marché et la spontanéité. On se situe bel et bien du côté de la petite restauration d'orfèvre façon feuilleté au poulet et citron confit. Il ne faut surtout pas rater la fougasse, le délicieux pain fait maison. Le contact et l'atmosphère comptent aussi parmi les éléments majeurs du lieu. La décoration faite d'objets chinés et de tons chauds détend complètement. La carte des vins, elle, fait la part belle aux petits producteurs, particulièrement ceux du Languedoc. Secret de Polichinelle, 18, rue de Pont, à 7500 Tournai. Tél. : 0478 27 28 08. Avec Minimidi, Liège prouve sa totale maturité en matière de néo-cantines Pour rappel, il s'agit d'adresses principalement axées sur le déjeuner et qui proposent une petite restauration inspirée et une mise en scène contemporaine. Le cadre signé par Sébastien Krier est un modèle du genre. Pour cet aménagement, l'architecte a obtenu un prix du Design liégeois. Du sol au plafond, aucune fausse note entre les chaises spécialement dessinées pour l'espace et le plancher en kempas, magnifique essence de bois exotique. On notera également un joli jeu d'éclairage. Sandra Michel, la propriétaire des lieux, a imaginé une carte en phase avec cette scénographie urbaine. Coup de c£ur pour la section " Petits plats " de la carte avec tajine de poulet aux citrons confits (11 euros) et croustillant de b£uf farci aux champignons (11 euros). Une série de salades, de pâtes et de desserts complètent la carte. Mention pour la formule 1 entrée + 1 plat + 1 dessert à 19 euros. Minimidi, 2, rue Hors-Château, à 4000 Liège. Tél. : 04 232 17 07. Dans notre numéro du 30 juin prochain, weekend*eating présentera les chefs atypiques de Bruxelles.Michel Verlinden