La Belge Virginie Duyver vit à La Palma depuis vingt-trois ans. Elle était aux premières loges quand la lave et la fumée ont envahi une partie de l'île. Son témoignage est éclairant et rappelle à quel point une bonne organisation reste cruciale sur ces terres à haut risque sismique.
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La Belge Virginie Duyver vit à La Palma depuis vingt-trois ans. Elle était aux premières loges quand la lave et la fumée ont envahi une partie de l'île. Son témoignage est éclairant et rappelle à quel point une bonne organisation reste cruciale sur ces terres à haut risque sismique. " On a beau vivre sur une île volcanique, on n'y pense pas vraiment. Moi-même, je travaille dans le tourisme et j'expliquais aux visiteurs que la dernière éruption datait de 1971, il y a cinquante ans. Et encore, elle n'a affecté que le sud de l'île, pratiquement inhabité. Ce volcan-ci était surveillé depuis trois ou quatre ans, car il y avait eu des signes avant-coureurs ( NDLR: une activité sismique inhabituelle), mais personne n'imaginait une éruption d'une telle ampleur. Heureusement, les autorités l'ont anticipée et ont procédé aux premières évacuations à temps. Le plus important, c'est qu'il n'y a eu aucun mort. En revanche, plus de deux mois après le déclenchement de l'éruption, on comptait officiellement plus de 7 000 déplacés, 1 500 habitations détruites - dont celle d'au moins un couple belge - et plus de 2 000 personnes affectées. C'est énorme pour une population de 85 000 habitants. L'éruption s'étant produite plus au nord que prévu, les premiers touchés n'ont pas eu le temps de récupérer leurs affaires, ils ont tout perdu. Ensuite, ça s'est bien organisé et les gens ont pu vider leurs maisons avant qu'elles ne soient détruites ou recouvertes par la lave. Mais ce n'est pas fini: parfois, une nouvelle bouche s'ouvre, créant une coulée pouvant détruire d'autres habitations. C'est très dur pour la population. Heureusement que les sinistrés peuvent compter sur l'énorme solidarité de toutes les Canaries et de l'Espagne. Et les autorités ont annoncé qu'elles leur offriraient de nouveaux appartements. Je vis avec ma famille sur les hauteurs de la capitale Santa Cruz, du côté ouest de l'île. Nous ne sommes pas directement touchés par les coulées de lave, mais on subit les cendres et les fumées qui suivent la direction du vent. J'habite non loin de l'aéroport, dès que le vent vient de l'est, celui-ci est fermé et les gens ne peuvent alors rejoindre ou quitter l'île que par bateau. Depuis des semaines, le tourisme est à l'arrêt, tous les tour-opérateurs ont annulé leurs vols - TUI, par exemple, a annoncé qu'il ne les reprendra pas avant fin février -, c'est dramatique pour l'île dont c'est la principale ressource après la culture des bananes. Il y a bien un tourisme lié à l'éruption mais ces visiteurs ne restent qu'un jour ou deux. On préférerait qu'ils séjournent une semaine pour découvrir le reste de La Palma, dont la majeure partie est toujours accessible. En dehors de la zone d'exclusion, l'île n'est pas paralysée. "