Il planera toujours un parfum de glamour au 58, boulevard La Croisette. L'adresse est facultative pour les plagistes, les coursiers, les facteurs, les chauffeurs de taxi et même les moines cisterciens de la Stricte Observance puisque tout le monde sait où se trouve le Carlton, même sans y avoir jamais mis les pieds.
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Il planera toujours un parfum de glamour au 58, boulevard La Croisette. L'adresse est facultative pour les plagistes, les coursiers, les facteurs, les chauffeurs de taxi et même les moines cisterciens de la Stricte Observance puisque tout le monde sait où se trouve le Carlton, même sans y avoir jamais mis les pieds. On déniche des hôtels Carlton dans le monde entier, à Tunis, Amiens, Budapest, comme si les deux syllabes mises bout à bout étaient synonyme d'un certain chic frenchy qui rime avec champagne et jolies filles. Mais c'est à Cannes que se trouve le festival de cinéma le plus envié de la planète et c'est grâce à lui que seul le palace varois est devenu une star de l'hôtellerie de luxe. Construit au début du XXe siècle dans un style chantilly et fausses pierres, au moment où la Riviera devient l'endroit à la mode, le lieu trouve son heure de gloire dans les années 50 avec le grand rassemblement cinéphilique. Les stars du grand écran en font leur annexe et la tradition veut que le président du Festival y réside durant la compétition. À quelques exceptions près... Comme cette année, Robert De Niro, the king of the jury, qui a préféré déposer ses valises avec sa famille loin du vacarme cannois. Il faut dire que durant les 12 jours de projection, le Carlton ne vit que par et pour le cinéma. C'est pendant le Festival qu'il réalise près de 15 % de son chiffre d'affaires annuel. Une période clé où l'endroit est placé sous haute surveillance et le nombre du personnel doublé. La pugnacité des paparazzis et des fans est en effet la crainte du service de sécurité. Pour rassurer la clientèle de l'hôtel, soixante caméras ont été installées en début d'année dans les moindres recoins du bâtiment. Les people aussi n'ont qu'à bien se tenir : les ascenseurs ne servent pas qu'à monter d'un étage à l'autre... Parole de groom ! La course à la Palme d'or, c'est aussi l'occasion pour ce fleuron de 340 chambres du groupe Intercontinental de transformer ses murs en espace publicitaire. Disney, Universal et les autres majors californiennes y font chaque année la promotion de leurs futurs blockbusters. En 2011, c'est le dessin animé Cars 2 qui tient le haut de l'affiche. Au total, près de 200 emplacements sont proposés à la location dans le hall d'accueil, les jardins, le restaurant et bien sûr la façade qui offrent plus de soixante " places to be " facturées jusqu'à 25 000 euros l'emplacement... Aux sociétés de production américaines les plus fidèles, on accorde des réductions substantielles. Elles sont ici comme chez elles. Deux étages sur les sept que compte le Carlton leur sont exclusivement réservés. Quinze jours avant la montée des marches, le personnel vide intégralement les suites avec vue sur mer et palmiers pour les transformer en open space. Photocopieurs, ordinateurs et imprimantes tournent toute la nuit pour rester " on line " avec Los Angeles. Et peu importe l'addition finale (entre 600 et 14 000 euros la nuitée), chaque année en mai, le palace affiche complet. La plage privée ne connaît pas de répit non plus, investie par des sociétés d'événementiels ou des clubs en vogue comme le Nikki Beach de Saint-Tropez. Si le Carlton pense gros sous, c'est qu'il a rudement besoin d'argent. Le palace est à la Côte d'Azur ce que le Château Marmont est à Hollywood : un mythe un peu désuet qui ne fait pas l'unanimité. Tapis élimé, robinetterie fatiguée, les commentaires ne sont pas qu'élogieux sur Tripadvisor, le site communautaire des voyageurs... Les Lamborghini et Ferrari ont beau remplir le parking, le cash manque et le grand lifting de 80 millions d'euros se fait toujours attendre. La banque d'investissement Morgan Stanley, qui a acquis les murs du Carlton en 2006, l'avait promis il y a longtemps. Le fonds américain vient de revendre le palace à un homme d'affaires libanais. Le Carlton 2 ? La suite risque de prendre plus de temps qu'un nouvel épisode de Pirates des Caraïbes... ANTOINE MORENOLes stars du grand écran en font leur annexe.