Certaines Fashion Weeks sont plus féministes que d'autres. Surtout si des créateurs têtus et talentueux n'hésitent pas à distiller leur message, telle Christelle Kocher qui pense des femmes Koché avec une contemporanéité énergique et émouvante, telle Véronique Leroy qui les invente raéliennes, parce qu'elle aime les histoires, et leur crée une vraie garde-robe désirable et très girl power, ou tel Alessandro Michele qui, pour Gucci, brouille les pistes du genre avec constance. De même, le discours de la nouvelle directrice artistique des collections de haute couture, de prêt-à-porter et d'accessoires féminins de la maison Dior qui s'engage haut et clair dans cette voie-là, et ce n'est pas une question de mode, ni de posture et encore moins de marketing. Car Maria Grazia Chiuri, en poste depuis juillet 2016, est une militante patentée. Elle le clame d'emblée sur des tee-shirts blancs qu'elle marie à des jupes à volants en chiffons, " We should all be feminists ", le texte cri du coeur de l'écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie assise en front row et que l'on connaît hélas plus pour l'avoir entendu sur le ***Flawless de Beyoncé que de l'avoir lu. On pourrait y voir sans aucun doute un signe des temps, d'autant que Maria Grazia Chiuri est la première femme à occuper le trône de monsieur Christian Dior depuis les débuts de la maison en 1947. C'est dire si son arrivée est à marquer d'une pierre blanche. Une Dio(r)évolution, elle l'a fait écrire sur d'autres tee-shirts afin que les choses soient précises. Elle n'a qu'une volonté : " S'efforcer d'être attentive au monde et de créer une mode qui ressemble aux femmes d'aujourd'hui, une mode qui les accompagne dans leurs transformations, pour échapper aux catégories stéréotypées "masculin/féminin", "jeune/moins jeune", "raison/sentiment" qui présentent par ailleurs des aspects complémentaires. " Dont acte.
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Certaines Fashion Weeks sont plus féministes que d'autres. Surtout si des créateurs têtus et talentueux n'hésitent pas à distiller leur message, telle Christelle Kocher qui pense des femmes Koché avec une contemporanéité énergique et émouvante, telle Véronique Leroy qui les invente raéliennes, parce qu'elle aime les histoires, et leur crée une vraie garde-robe désirable et très girl power, ou tel Alessandro Michele qui, pour Gucci, brouille les pistes du genre avec constance. De même, le discours de la nouvelle directrice artistique des collections de haute couture, de prêt-à-porter et d'accessoires féminins de la maison Dior qui s'engage haut et clair dans cette voie-là, et ce n'est pas une question de mode, ni de posture et encore moins de marketing. Car Maria Grazia Chiuri, en poste depuis juillet 2016, est une militante patentée. Elle le clame d'emblée sur des tee-shirts blancs qu'elle marie à des jupes à volants en chiffons, " We should all be feminists ", le texte cri du coeur de l'écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie assise en front row et que l'on connaît hélas plus pour l'avoir entendu sur le ***Flawless de Beyoncé que de l'avoir lu. On pourrait y voir sans aucun doute un signe des temps, d'autant que Maria Grazia Chiuri est la première femme à occuper le trône de monsieur Christian Dior depuis les débuts de la maison en 1947. C'est dire si son arrivée est à marquer d'une pierre blanche. Une Dio(r)évolution, elle l'a fait écrire sur d'autres tee-shirts afin que les choses soient précises. Elle n'a qu'une volonté : " S'efforcer d'être attentive au monde et de créer une mode qui ressemble aux femmes d'aujourd'hui, une mode qui les accompagne dans leurs transformations, pour échapper aux catégories stéréotypées "masculin/féminin", "jeune/moins jeune", "raison/sentiment" qui présentent par ailleurs des aspects complémentaires. " Dont acte. Rien n'est anodin en matière de mode, car le secteur est " un fleuron " de l'économie française. Cette industrie en est une, véritablement, et caracole en tête, avec 150 milliards d'euros de chiffre d'affaires direct, loin devant l'aéronautique (102) ou l'automobile (39). La première étude du genre réalisée par l'Institut français de la mode entend le rappeler, soulignant qu'elle génère 580 000 emplois et que la Fashion Week, c'est 1,2 milliard de retombées économiques par an, 10 milliards de transactions commerciales, 330 shows pour les deux saisons et un métissage assumé avec 50 % de maisons étrangères invitées à défiler dans le calendrier officiel. " En 1972, se souvient Ralph Toledano, le président de la Fédération française de la Couture, du Prêt-à-Porter des Couturiers et des Créateurs de mode, Georges Pompidou avait prédit : "La bonne cuisine, les Folies Bergère et la couture, c'est terminé." Eh bien, il avait tort. " Se glisser dans les pas d'Hedi Slimane et dans ceux de monsieur Saint Laurent n'est pas chose aisée, alors on tremblait un peu pour Anthony Vaccarello que l'on a vu grandir à La Cambre mode(s) - promotion 2006. Mais le jeune créateur (34 ans) prouve qu'il sait comment construire un vestiaire ancré dans l'histoire, les deux pieds dans la modernité. Il a tout compris de ce qu'était cette maison mythique - et le noir si cher au père fondateur, et la transparence qui fit scandale à l'époque avant de faire les beaux jours de la griffe, et les décolletés ultraféminins, et les envolées lyriques avec ou sans manches et les impressions fauves et le jeans qu'un certain Yves Henri Donat Mathieu-Saint Laurent aurait rêvé d'inventer et l'or scintillant, en total look ou en broche labélisée YSL, et le cuir et le smoking et la séduction fatale. Le Belge entame ainsi le nouveau chapitre Saint Laurent avec beaucoup d'à-propos. Dans un ancien hangar de la SNCF, Dries Van Noten a laissé la place à l'ornementation rare et éphémère d'Azuma Makoto. Soit vingt-trois blocs de glace qui emprisonnent des fleurs tropicales, ils fondent lentement, tandis que le bruit des gouttes cadence le pas des mannequins magistralement vêtus. Le créateur belge n'a de cesse d'opposer tout ce qui lui tombe sous la main - les volumes, les couleurs, les constructions, les silhouettes, les codes historiques. Il s'amuse des contrastes qu'il recherche, ses imprimés fleuris parsèment les grands manteaux, quelques bouquets savamment placés décorent une robe tandis que le noir ponctue le tout, vibrant, embelli, victorien. Comment ces Iced flowers se sont-elles répandues quand sonna l'heure du dégel total ? La question est un peu vénéneuse, la faute à Dries Van Noten qui, parfois intensément crépusculaire, l'instille. Presque deux ans d'absence, c'est long, surtout en mode. Olivier Theyskens avait quitté Theory et New York, il se faisait désirer, il est revenu, avec une collection à son nom. Un patronyme qui fit tant rêver, le créateur passé par La Cambre mode(s) puis Rochas et Nina Ricci a tellement marqué la fin des nineties. Aujourd'hui, d'une main sûre et talentueuse, il montre sa garde-robe dans une petite salle du Marais, à peine 80 invités, tous au premier rang, pour mieux goûter les détails qui chez lui comptent. Il jongle avec le flou et le tailleur, le biais, la simplicité délicatement lacérée et l'opulence volantée, avec cette élégance noire et romantique qui lui est propre. Le champ chromatique de l'été 2017 prône le violet et toutes ses déclinaisons, du lilas au mauve, de l'orchidée au parme, prune ou violine. Une couleur royale pour Véronique Leroy et Guillaume Henry chez Nina Ricci, vue aussi chez Trussardi, Alberta Ferretti ou Haider Ackermann. Le monochrome a tout bon, même si les fleurs et les rayures ont encore de beaux jours devant elles. Philipp Plein dit adieu à Milan, " time for a new adventure ", il défilera dorénavant à New York. Le styliste des stars les a donc réunies une dernière fois sur le Vieux Continent, dans un " Alice in Ghettoland " aux couleurs candy où tout est plus grand, surtout les rêves, et " où la fantaisie devient réalité ". Carrousel géant, flamants roses, champignons magiques, ice cream trucks, Cadillac, Fergie, la reine du hip-hop, Fat Joe, le rappeur graffeur, et Paris Hilton, la fille des hôtels, fanfare au logo maison. " More is definitely more. " Amandine, 21 ans, a grandi dans le Brabant wallon, étudié au 75, à Bruxelles, et été scoutée au Festival de Dour. Elle a défilé pour la première fois à Milan pour Jil Sander, clôturant même le show, c'est un honneur. A Paris, on l'a vue chez Balenciaga, c'est un honneur, bis. Juste avant, elle posait pour notre Mode c'est belge et eut les honneurs, ter, de la cover. Klaudia, 19 ans, d'origine polonaise, vit à Anvers, a étudié la photographie et été découverte via Facebook. Elle a fait ses premiers pas lors du défilé Vêtements, il y a deux saisons, cela vaut un adoubement. Depuis, elle a arpenté le catwalk de Rick Owens, Wanda Nylon, Christian Wijnants et pris la pose pour notre Spécial Design. Gigi Hadid, 21 ans, de mère néerlandaise et de père palestinien, connaît la chanson - à 3 ans, elle était déjà mannequin pour Guess. Sûr que ses 24 millions de fans sur Instagram et ses autres 3 millions de followers sur Twitter assoient sa notoriété. Elle était partout à Milan, chez Bottega Veneta, Versace, Moschino, Fendi et même dans la boutique de MaxMara, et puis sur tous les murs de la ville pour sa collaboration avec Tommy Hilfiger. Penser une garde-robe estivale, c'est parfois rendre hommage en toute sincérité. Simon Porte Jacquemus met en scène ses santons de Provence, féminisés pour l'occasion. Voici donc la lavandière, la bergère, la cuisinière, la bohémienne, l'arlésienne, elles ont l'innocence des belles des champs et la fraîcheur des Millennials à qui on ne la fait pas. Carol Lim et Humberto Leon, qui oeuvrent en duo pour Kenzo, ont fouillé dans les archives et découvert les images mythiques de ce défilé de 1977 au studio 54, discothèque qui fit courir le Tout-New York, Jerry Hall, Donna Jordan, Pat Cleveland et Grace Jones en tête, suivies de près par l'illustrateur de mode Antonio Lopez. Quarante ans plus tard, le tandem les statufie dans un grand élan de liberté. Pour Domenico et Stefano Dolce & Gabbana, rien ne vaut l'Italie - il n'est donc plus question de vêtements mais " de mémoire, d'amour, de moment particulier, d'ADN, soit le Sud " et tous les symboles qui lui collent aux basques - pizza, fleurs, pâtes, crème glacée, Madone, mandoline et charms porte-bonheur. Leur Tropico Italiano a des accents de tarentelle.Karl Lagerfeld adore mettre le doigt là où cela fait mal, mais avec cette légèreté propre à la mode - on a encore à l'esprit le supermarché, la galerie d'art, le salon tous VIP qui servirent de décor pour des défilés hors normes de la maison aux deux C. Dans le Grand Palais relooké en Data Center Chanel, on se souvient soudain, c'est imparable, que nous sommes tous fichés. Dans un décor glacial de cybermonde, deux vrais-faux robots en tailleurs ouvrent le bal, l'un noir, l'autre blanc, tout et son contraire donc, qui précèdent une succession de silhouettes où rien n'est interdit. Du tweed maison, de la lingerie rose chair, des casquettes tomboy, un sac rose fluo ou petit robot, des ballerines à bout noir, des prints qui clashent et semblent vous projeter dans la troisième dimension, des camélias ici et là, de la dentelle. Le maestro voudrait que ce maelström fasse miroir à cette ère überconnectée, il ne s'y prendrait pas autrement. A 82 ans, Giorgio Armani n'a rien perdu de son envie d'être éternel. Il rebaptise sa collection éponyme " Charmani ", continue à soutenir la nouvelle génération de designers en accueillant Ricostru dans son Armani/Teatro milanais le temps d'un défilé, et monte exceptionnellement un show à Paris, à Bercy, pour enluminer son vestiaire Emporio Armani (photo) et fêter ainsi officiellement la rénovation de sa boutique et de son Emporio Armani Caffè du boulevard Saint-Germain. Louis Vuitton invite ses hôtes au numéro 2 de la place Vendôme, dans cet " épicentre merveilleux de l'élégance française ", dans sa future boutique en gestation, le béton est encore brut, à moins qu'il ne le reste, la façade couverte de panneaux habillés de rayures noires et blanches pour cause de travaux. Nicolas Ghesquière, directeur artistique de la maison depuis novembre 2013, semble en pleine forme. Malgré les rumeurs persistantes dont raffole le petit monde de la mode qui voudraient qu'il s'en aille voler de ses propres ailes et fonder sa marque sans plus se soucier du malletier - bruits pourtant démentis. Son printemps-été 2017 a des allures d'" éternelle discussion " entre les deux rives parisiennes, la droite et la gauche. Par chance, le créateur n'est jamais littéral et ses références ne lui servent qu'à mieux plonger dans la recherche et l'innovation. Avec une liberté totale et une inventivité dont il ne s'est jamais départi depuis qu'il fait de la mode. Ses robes en jersey, sa manière de repenser les volumes, les découpes, sa façon de travailler la dentelle, le plissé et l'imprimé intriguent au premier regard avant de conquérir. La rue ne s'y trompe guère, ni la maison qui l'emploie, rappelant fort à propos qu'" il fut un temps où la place Vendôme s'appelait la place des Conquêtes ". PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON