Fin novembre dernier, la culture de la bière belge était inscrite au Patrimoine immatériel de l'Unesco. Belle consécration pour un fleuron de notre petit pays... Mais qui fait encore oublier un peu plus que celui-ci se distingue également, côté breuvages, par quelques nectars de qualité sortis de distilleries que seuls les connaisseurs ont jusqu'à présent su débusquer. " Bien qu'il y ait un véritable engouement pour les cocktails, le secteur de l'alcool est, chez nous, un grand terrain vague. Les distillateurs ne sont pas connus du grand public et sont abusivement taxés. Ceux qui parviennent à exister sont tous de véritables " survivors ", tant les obstacles sont no...

Fin novembre dernier, la culture de la bière belge était inscrite au Patrimoine immatériel de l'Unesco. Belle consécration pour un fleuron de notre petit pays... Mais qui fait encore oublier un peu plus que celui-ci se distingue également, côté breuvages, par quelques nectars de qualité sortis de distilleries que seuls les connaisseurs ont jusqu'à présent su débusquer. " Bien qu'il y ait un véritable engouement pour les cocktails, le secteur de l'alcool est, chez nous, un grand terrain vague. Les distillateurs ne sont pas connus du grand public et sont abusivement taxés. Ceux qui parviennent à exister sont tous de véritables " survivors ", tant les obstacles sont nombreux. En revanche, ces résistants bénéficient d'une grande liberté pour créer puisque tout est à inventer ", résume Michel Verlinden, journaliste au Vif Weekend, qui publie Spiritueux & apéritifs d'artisans en Belgique aux éditions Racine. Ce champ ouvert offre dès lors aux professionnels l'opportunité d'innover, donnant naissance à des flacons très typés. " Ils ne se sentent pas obligés de faire du gin ou du whisky comme tout le monde. Certains ont certes choisi ce créneau mais avec une touche personnelle. Prenez le Ground Control. C'est un gin mais son concepteur a utilisé les matières agricoles à disposition près de chez lui : de la pomme, du seigle, du blé et même de la pomme de terre... ", décrit l'expert en gastronomie. L'alcool neutre n'étant plus fabriqué sur notre territoire et devant s'acheter en France ou aux Pays-Bas, Manu De Cort, qui signe ce produit, a décidé tout simplement de ne pas y recourir. " On ne retrouve pas le goût habituel flatteur qui fait dire aux gens que le gin est frais, citronné. On est sur quelque chose de plus racé, avec un véritable nez... C'est un peu comme si l'on comparait du fromage industriel et celui au lait cru ", illustre l'auteur. Motivé par tant de savoir-faire noir-jaune-rouge ne demandant qu'à être mis en avant, Michel Verlinden a donc arpenté nos routes pour sélectionner - " en toute indépendance ", insiste-t-il - quinze de ces fabricants hors pair. Aux côtés de labels dont le nom s'est déjà frayé un chemin jusqu'aux oreilles des consommateurs - Distillerie de Biercée, Belgian Owl Single Malt... -, on retrouve des liqueurs de tradition comme l'Elixir d'Anvers, dont la recette fut inventée dans la seconde moitié du XIXe siècle, ou le Maitrank, qui existait déjà au IXe siècle ; mais aussi des breuvages plus tendance. " A Emblem, en Flandre, ils font un vermouth, c'est tout à fait dans l'air du temps. La preuve, des bars dédiés à cette boisson ouvrent à Barcelone et Delhaize vient d'en lancer une version... ", note l'auteur. Au fil d'un ouvrage très documenté, il raconte ainsi le parcours de ces spécialistes de la dive bouteille et leur façon de travailler, avant de passer le relais à Matthieu Chaumont, maître du shaker officiant chez Hortense, à Bruxelles. Ce dernier souffle aux lecteurs des recettes - simples ou plus complexes - pour mieux déguster les fiertés de notre terroir. De quoi s'inspirer pour offrir, à l'apéritif, autre chose que les traditionnelles bulles agrémentées de cassis. Dans une démarche des plus locavores qui plus est. On adhère. (*) Spiritueux & apéritifs d'artisans en Belgique, par Michel Verlinden et Matthieu Chaumont, photos d'Alexandre Bibaut, Racine, 176 pages. PAR FANNY BOUVRY