Découvrir la maison de Michael Arts est d'abord une histoire d'odorat. On s'avance parmi les relents de branches humides, on se faufile entre les odeurs d'écorce, on respire à plein nez des effluves de terre mouillée. Et lorsque, à l'orée du bois, se révèle enfin plein cadre le QG du CCO (Chief Creative Officer) de Tommy Hilfiger (lire aussi en page 126), on a un choc. Cet assemblage de figures géométriques en briques, de béton et de pierre concassée rappelle bien sûr la légendaire Maison de la Cascade de l'Américain Frank Lloyd Wright, chef-d'£uvre d'architecture countryside des années 30.
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Découvrir la maison de Michael Arts est d'abord une histoire d'odorat. On s'avance parmi les relents de branches humides, on se faufile entre les odeurs d'écorce, on respire à plein nez des effluves de terre mouillée. Et lorsque, à l'orée du bois, se révèle enfin plein cadre le QG du CCO (Chief Creative Officer) de Tommy Hilfiger (lire aussi en page 126), on a un choc. Cet assemblage de figures géométriques en briques, de béton et de pierre concassée rappelle bien sûr la légendaire Maison de la Cascade de l'Américain Frank Lloyd Wright, chef-d'£uvre d'architecture countryside des années 30. Achevée il y a peu, cette demeure à nulle autre pareille, située au nord-est d'Anvers, est entourée de bassins dans lesquels se reflètent le ciel, les cyprès et les acers, ces érables japonais plantés par son propriétaire. " J'ai tenté de créer une symbiose maximale entre l'habitation et l'environnement, explique Michael Arts. Extérieur et intérieur ne forment qu'un. J'admire aussi Wright pour sa vision de la modernité. Il n'oublie jamais la notion de bien-être. Pour moi, une maison, même contemporaine, c'est d'abord un foyer avec tout ce que cela comporte de cosy. "Imprégné par l'esthétique américaine des années d'avant et après-guerre, ce havre de paix est un sommet d'inspiration vintage. " Je l'ai décoré avec des pièces que je possédais depuis longtemps chez moi, à Amsterdam et à New York. Rien n'a été acheté pour l'endroit. " Dans le salon principal, le décor rappelle les films de Douglas Sirk, le roi du mélodrame hollywoodien en CinémaScope. Rien ne vient blesser le regard d'une couleur trop vive ou d'un matériau intrusif. On frôle la coque en noyer du célèbre fauteuil Lounge Chair, signé Charles et Ray Eames, on foule au sol une peau de poney noir de jais tandis que le regard effleure le revêtement de cuir couleur caramel qui orne les murs. Quelques points lumineux, guère plus, comme ces appliques Art déco en tiges de verre miroité qui marquent la séparation entre le salon et la cuisine. Une rareté que l'occupant a découverte chez un antiquaire de Brooklyn. Le raffinement tend parfois vers l'immatériel... L'imposant corps de cheminée en marbre vert renvoie par réflexion l'image inversée du paysage extérieur. Subtil. Fidèle à l'esprit de fluidité cher aux modernistes, Michael Arts, qui a dessiné les lieux dans les moindres détails, a imaginé un large passage en arc de cercle reliant le salon à la cuisine américaine. Un comptoir épuré en bois clair s'y étend jusqu'à la salle à manger et son imposant luminaire composé de bulbes de verre soufflé. Une pièce d'exception achetée chez un antiquaire anversois. Mais pour le propriétaire, le plus important est sans doute cette vaste paroi coulissante qui permet d'ouvrir l'espace sur le jardin, offrant une fusion totale avec la nature. Perfectionniste dans l'âme, le créatif n°1 de la griffe Tommy Hilfiger a même planché sur l'habillage des cache- radiateurs de cuivre rouge visibles au sol... Un motif de fougères en défoncé dessiné par son jeune fils. De l'autre côté de l'habitation, un deuxième salon, composé d'un mur en pierre norvégienne et d'un trophée de tête d'ours blanc - " placé à une hauteur qui correspond à la station debout de l'animal ! " - apporte l'ultime touche " Rocky Mountains "... Si l'appel de la nature se fait entendre jusque dans le matériau réquisitionné pour les marches de l'escalier principal - un tronc d'arbre mort, récupéré dans le jardin et découpé en tranches ! -, le rustique se conjugue ici avec l'extrême sophistication... Salle de bains de l'étage taillée intégralement dans le marbre, murs de la chambre principale et couloir du premier niveau gainés de cuir (y compris au sol !) ou bibliothèque en ébène de macassar dont la particularité est d'être sertie au c£ur d'un escalier qui relie dans une habile torsion les deux niveaux. " En tant que meuble, je trouve les bibliothèques terriblement ennuyeuses, confie le maître de maison. Ce sont des étagères sans âme. Je n'aime pas ce qui ressemble à une évidence. " Quant à la forme lovée de ce ruban de livres, elle rappelle l'escalier " toboggan " de la récente boutique Tommy Hilfiger sur la Cinquième Avenue, à New York... " Les matériaux sont essentiels mais j'apporte une égale attention à la lumière, souligne Michael Arts. Il n'y a aucune source lumineuse artificielle qui vient du plafond. Chaque lampe a son variateur pour moduler l'ambiance. Toutes les pièces ont été pensées pour bénéficier au maximum de la lumière naturelle. Dans les salles de bains, même allongé dans la baignoire, vous êtes en connexion directe avec la nature. À chaque heure du jour, c'est un paysage différent. " La nuit va bientôt tomber, la forêt semble avoir envahi encore un peu plus la propriété. Il est l'heure de se retirer, le temps d'un dernier cliché. Par Antoine Moreno / Photos : Renaud Callebaut