Talent de renommée internationale, Bernar Venet est tout à la fois compositeur, photographe, designer, peintre, sculpteur... sans oublier sa passion pour les mathématiques. Ses créations sont une savante alchimie entre aléatoire, détermination, forme et matériau. A Paris, l'artiste vient de s'installer dans la maison occupée, de 1952 à sa mort, par le grand Hans Hartung (1904-1989). L'édifice avait été construit, en 1930, pour Théodore Schemp û qui a longtemps travaillé avec Braque, Picasso ou Nicolas de Staël û sur les plans de l'architecte Zilensky, élève et disciple de Mallet-Stevens. Au regard de l'histoire de l'art du xxe siècle, il s'avère donc très précieux et la restauration, rendue nécessaire par son âge, exigeait les plus extrêmes précautions.
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Talent de renommée internationale, Bernar Venet est tout à la fois compositeur, photographe, designer, peintre, sculpteur... sans oublier sa passion pour les mathématiques. Ses créations sont une savante alchimie entre aléatoire, détermination, forme et matériau. A Paris, l'artiste vient de s'installer dans la maison occupée, de 1952 à sa mort, par le grand Hans Hartung (1904-1989). L'édifice avait été construit, en 1930, pour Théodore Schemp û qui a longtemps travaillé avec Braque, Picasso ou Nicolas de Staël û sur les plans de l'architecte Zilensky, élève et disciple de Mallet-Stevens. Au regard de l'histoire de l'art du xxe siècle, il s'avère donc très précieux et la restauration, rendue nécessaire par son âge, exigeait les plus extrêmes précautions. Bernar Venet rêvait d'une maison pour recevoir et travailler, bref pour y vivre de la même manière que l'artiste qui l'avait précédé dans ces murs. Ce souhait rendait encore plus délicate l'entreprise de rénovation : il fallait à la fois maintenir un esprit et ne pas s'y laisser emprisonner, être fidèle à une âme et insuffler son propre style. Hans Hartung avait pris le parti de donner à sa demeure Art déco un style des années 1950. Il en reste une chambre, pieusement conservée en l'état. Les jeunes architectes qui furent chargés des réaménagements, Charles Berthier et David Llamata, ont, eux, choisi de revenir aux sources, et, selon l'heureuse formule de Diane Venet, de " retrentiser " la maison... tout en promouvant les goûts et matériaux du xxie siècle. En plein centre Paris, dans un quartier prisé par les artistes, le bâtiment se présente comme un empilement de grands volumes géométriques. Des baies immenses, sur les deux façades, et des verrières laissent entrer la lumière à profusion. Jardins, terrasses, balcons... tout, à la construction, avait été conçu pour l'agrément du séjour. Le parti pris des architectes ? Se servir des volumes existants mais en les retravaillant, en les reliant aussi, de manière à les valoriser sans rien perdre de la belle lumière. L'escalier noir d'origine, aujourd'hui habillé de résine et d'acier, unit majestueusement tous les étages. L'entrée, pure et géométrique, annonce la déco qui prévaut partout ailleurs : les murs sont immaculés et deux £uvres d'art û une de Pol Buren, une autre de Karl André û se partagent l'espace. Au premier étage par rapport à la rue, la vaste salle de séjour, de plain-pied avec une terrasse-jardin, à l'arrière de l'immeuble, se distingue par ses dimensions XXL. En plus d'un coin salon, ordonné autour de canapés conçus par Bernar Venet, prennent place, là, un coin lecture, autour d'une cheminée, et, près de la cuisine, elle-même ouverte sur le jardin, une salle à manger. Les £uvres d'art ne manquent pas : une grande composition du maître de maison orne le plus grand des murs, un tableau de Donald Judd agrémente la salle à manger... Mais les réalisations des architectes sont également très artistiques, aussi bien la très haute porte d'entrée, en bois massif, haute de six mètres, qui obture également une fenêtre de l'escalier, et la magnifique paroi mobile de la cuisine qui, fermée, se transforme en un nouvel opus signé Bernar Venet, représentant une formule d'algèbre démesurément agrandie. A l'étage supérieur, l'atelier de l'artiste est encore plus lumineux, s'il est possible, que la pièce de séjour : c'est un grand cube blanc, éclairé de toutes parts, où la place û c'est une des conditions de son travail û n'est pas comptée. Près des toits, reliés aux étages inférieurs par l'élégant escalier noir, il y a encore les appartements privés. Une galerie, ouverte sur l'atelier, conduit, elle, à la chambre principale et à la salle de bains. Grâce à une rénovation inspirée, cette maison parisienne, joyau des années 1930, sans rien perdre de son dépouillement, est devenue une espèce de palais contemporain. La plupart des meubles et £uvres d'art ont été créés par Bernar Venet. Ils ont trouvé ici un espace à leur mesure û ou à leur démesure, tant l'artiste est influencé, dans tout ce qu'il fait, par les dimensions gigantesques des commandes publiques qui lui parviennent des quatre coins du monde. Sièges, tables basses, lits, étagères... Tout est en acier, indestructible, indémodable, et tout, par le talent de celui qui les a dessinés, devient £uvre d'art à son tour. Robert Colonna d'Istria - Photos : Jean-François Jaussaud - Luxproductions