Ce n'est pas un hasard si la couture et la joaillerie italiennes tiennent encore le haut du pavé, et se vendent bien à l'exportation. La symbolique des grandes maisons tient en trois mots : un style, une excellence, une inventivité. Et, par-dessus tout, une fidélité à toute épreuve à l'esprit artisanal. L'Italie défend depuis toujours les valeurs de la tradition artisanale alliée au savoir-faire ancestral. Pour s'assurer un avenir, le luxe doit valoriser son savoir-faire. Faits par des mains d'homme, ces sacs, ces escarpins, ces parures possèdent la sensibilité et un peu d'âme de ceux qui ont participé à leur réalisation.
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Ce n'est pas un hasard si la couture et la joaillerie italiennes tiennent encore le haut du pavé, et se vendent bien à l'exportation. La symbolique des grandes maisons tient en trois mots : un style, une excellence, une inventivité. Et, par-dessus tout, une fidélité à toute épreuve à l'esprit artisanal. L'Italie défend depuis toujours les valeurs de la tradition artisanale alliée au savoir-faire ancestral. Pour s'assurer un avenir, le luxe doit valoriser son savoir-faire. Faits par des mains d'homme, ces sacs, ces escarpins, ces parures possèdent la sensibilité et un peu d'âme de ceux qui ont participé à leur réalisation. En exclusivité pour Weekend Le Vif/L'Express, Versace, Giorgio Armani, Pomellato, Gianfranco Ferré et Just Cavalli ont ouvert leurs ateliers et leurs showrooms milanais. Pendant trois jours, nous avons pu mener une enquête approfondie, en palpant les matières, en humant les cuirs, en admirant le beau travail des finitions, tout en écoutant des discours professionnels et passionnés. Résultat : des collections de prêt-à-porter et d'accessoires qui sont un modèle d'exigence, d'élégance et de raffinement avec - toujours - le même souci constant du détail. Du grand art ! C'est certes un pléonasme mais l'accessoire, surtout le sac, est devenu, aujourd'hui, essentiel. On ne voit que lui. Il donne le ton, il crée les tendances. Forte de ce constat, la maison Versace a inauguré, en mars dernier, une impressionnante usine de 7 000 m2, à Burago, à une vingtaine de kilomètres de Milan, dédiée exclusivement à la fabrication artisanale de sacs et à la réalisation de prototypes de chaussures. Au rez-de-chaussée, on stocke les peaux les plus précieuses, tels l'autruche, le python et le crocodile. Le véritable " centre nerveux " de l'usine est concentré au premier niveau. Tout blanc et généreusement éclairé, l'espace ressemble à un loft. Tous les projets, conçus par le bureau de style, situé au centre de Milan, arrivent ici où, pour commencer, chaque sac est réalisé sous forme de prototype. Cette phase fait appel à des machines des plus modernes et des plus pointues. Puis intervient l'artisanat. Tous les éléments d'un sac sont coupés dans une seule peau par un maître coupeur n'utilisant que ses propres outils, souvent transmis de génération en génération. Ainsi est assurée l'absolue précision du moindre détail dans les opérations de coupe et de finition. Le jour de notre visite, les artisans s'affairaient à la réalisation de la gamme la plus prestigieuse de la maison " Gianni Versace Couture Limited Edition ". Son signe distinctif ? Une plaque en or gravé de " Via Gesu 12 ", adresse de la boutique du couturier à Milan. La ligne fait appel à la fourrure, au veau souple, au cuir nappa ou au python et opte pour le blanc et le noir. Le motif symbolique et emblématique de la Méduse se pose sur chaque modèle. Il rappelle les origines du couturier disparu. Gianni Versace est né à Reggio de Calabre qui, dans l'Antiquité, faisait partie de la Magna Grecia (la Grande Grèce). Les modèles plus accessibles, réalisés avec autant de soin, séduisent par l'éclectisme des matières. Le poulain, le python, le crocodile, le vernis et la fourrure affichent tantôt des surfaces brillantes, tantôt plus mates. Puissants et audacieux, les coloris mettent en vedette le bleu nuit, le violet électrique et le fuchsia, adoucis, ici et là, par des touches de gris foncé ou de gris perle. Dans la collection, le Club Bag a tous les atouts d'un futur classique. On adopte le grand modèle pour le jour tandis que le petit format, réalisé en vernis ou en crocodile, accompagnera en beauté un dîner chic en tête à tête. L'autre best-seller, le Manhattan Bag en nappa bleu nuit, joue également sur un grand format, style shopping bag, et sur une version plus petite et plus festive. Tous les accessoires se coordonnent et se répondent à merveille. Les escarpins en vernis se hissent sur des talons coniques qui rappellent la forme du Club Bag. Incontournables cet hiver, les ceintures se portent au-dessus des trenchs et s'affichent comme des bijoux. Souvent, la boucle est " signée " Versace, comme celles des sacs Manhattan Bag. Dans le showroom milanais de Giorgio Armani, on se sent comme dans un palais des merveilles. Que de découvertes ! Que de nouveautés ! Les scoops de cet hiver ? Sans aucun doute ce sac du soir en patte d'autruche, cette superbe pochette en galuchat, matériau très prisé dans les années 1920 ou encore ce ravissant modèle en cuir froissé, l'une des marques de fabrique de la maison. Le groupe Giorgio Armani possède 13 usines en Italie. Parfois, lorsque les demandes sont très précises et très pointues, on fait aussi appel à des artisans italiens confidentiels, très spécialisés, dont le nom est " secret défense ". Annoncé comme le best-seller de la saison, le modèle Venezia se décline en cuir, en nubuck, en python et en crocodile. Mais c'est en autruche de couleur violet qu'il est le plus spectaculaire, surtout lorsqu'on l'accompagne d'escarpins assortis. Pour affronter avec élégance les grands froids, on craquera pour ces bottines à lacets, doublées de fourrure de lapin. Un raffinement extrême caractérise les chaussures plus habillées, entièrement finies à la main. Les bouts sont plutôt arrondis. Les formes, très recherchées, se distinguent par une pureté et une féminité exceptionnelles. Brodés de strass, les mules et escarpins brillent de mille feux. Les broches multicolores, cousues sur le devant transforment les chaussures en bijoux. Des rubans de soie, des paillettes et des cristaux, appliqués à la main, dessinent d'étonnantes arabesques sur des chaussures en cuir ou en satin. L'inspiration orientale, très chère à Giorgio Armani éclate ici avec évidence. Dans les collections Emporio Armani, plus jeunes et plus fashion, la guest star de la saison est cette collection de bottes, de ballerines et d'escarpins, entièrement habillés de paillettes scintillantes. La démarche sera brillante et éclatante en violet, en rouge et en vert émeraude. Vive le glamour ! A noter, aussi, cet escarpin innovant au look légèrement rétro, juché sur un talon carré de 9 cm, en satin floqué dont le motif dessine de belles guirlandes florales, toujours dans l'esprit oriental. Orlando, le modèle phare de la marque, opte cet hiver pour le veau imprimé croco et s'accompagne de ballerines coordonnées. Le célèbre logo en forme d'aigle vient d'être légèrement relifté. Les aigles sont dorénavant regroupés par quatre pour former des blocs carrés. Cette nouvelle toile identifiante recouvre des sacs à bandoulière courte, agrémentés de détails en laiton brossé et de poignées en cuir torsadé. Le showroom de Gianfranco Ferré est plus qu'un simple espace d'exposition. C'est un lieu d'émotion où l'âme du couturier trouve sa plus belle expression. Gianfranco Ferré est le maître incontestable de l'opulence à l'italienne. Les silhouettes sont magnifiquement construites et impeccablement structurées : Ferré a il est vrai une formation d'architecte. Mais sur cette base rigoureuse, toutes les fantaisies sont permises. Les décolletés sont plongeants, de superbes broderies serpentent sur des tops, des vestes et des robes. Des imprimés spectaculaires envahissent les pantalons. Les découpes coquines dévoilent la chair. Les blouses transparentes jouent la carte de l'audace et s'accompagnent de jupes amples et tourbillonnantes. Une grande cohérence règne entre le prêt-à-porter et les accessoires. On retrouve, dans ces derniers, la même passion de mariages insolites. Les chaussures s'amusent à juxtaposer le lézard et le cuir, le velours et le satin, le daim et la fourrure, le satin et les pierres de couleurs. C'est bien la main d'architecte qui a dessiné leurs silhouettes parfaites, hissées sur de hauts talons au design fin et épuré. Les sacs ? De vrais bijoux. Le petit sac Baby Vittoria sera le véritable must-have de cet hiver. Ses faces principales s'animent d'un merveilleux patchwork de lézard, décliné en bleu marine, vert foncé et bordeaux. Les faces latérales sont en velours. D'un côté il est vert, de l'autre bleu marine. Le magnifique travail artisanal est davantage mis en valeur par la lourde anse en métal admirablement ouvragé, accompagnée d'une plaquette dorée " logotomisée " et d'un spectaculaire gland en chaînettes dorées. Peut-on rêver plus glamour ? Dans la collection, on trouve aussi des modèles plus " sages ", en cuir noir ultralisse avec une profusion de chaînes dorées conférant à ces modèles plutôt sobres une incomparable touche précieuse et festive. Le soir ? L'ambiance baroque est à l'honneur. Les petits sacs et les aumônières se parent d'or brillant ou satiné et s'agrémentent de grosses pierres de couleurs, de pampilles et de broderies. En revanche, l'homme de Gianfranco Ferré va plus à l'essentiel. Les collections sont plus épurées. A épingler toutefois : le couturier continue à associer les deux valeurs qui lui sont très chères : la technologie la plus pointue et l'artisanat traditionnel. Le meilleur exemple ? Ce sac de voyage, appelé " 3D ", qui totalise trois couches de cuir. Les deux couches supérieures, de couleurs différentes, sont découpées au laser et " placées " sur la troisième couche, unie, pour créer d'étonnants effets en trois dimensions. Superbe ! Immédiatement identifiable, très colorée, ne se prenant jamais trop au sérieux, Just Cavalli s'adresse à la femme jeune qui aime jouer avec la mode et avec les accessoires. Les rênes de la création sont fermement tenues par Roberto et Eva Cavalli, couple uni dans la vie et dans le travail par une très grande complicité. Roberto voyage, puise des idées aux quatre coins du monde, réalise des centaines de photos. Eva bosse au bureau, tempère et restructure cette fièvre créative. De leurs tête-à-tête intenses naissent des imprimés sublimes et légers, amusants. Certains interprètent des motifs classiques et traditionnels. Sur d'autres souffle un vent de modernité, car nombreuses sont les photos retravaillées à l'ordinateur. Just Cavalli est une maison où l'on s'amuse. Aucune griffe n'est aussi prolixe en vêtements et accessoires ludiques, tournés vers l'avenir, tout en restant dans la plus pure tradition de qualité artisanale. Dans la collection automne-hiver 06-07 on retrouve un joyeux mélange de souvenirs autrichiens, avec des tricots de style tyrolien, d'influences anglaises un peu " chicos " avec le thème " college girl " et, surtout, cette rencontre surprenante entre l'Espagne et la Chine. Les couleurs sont flamboyantes. Les rouges vifs électrisent les violets, les turquoises bousculent les fuchsias, les jaunes bouton d'or dynamisent les noirs. Le logo s'affiche avec insolence, les guirlandes de fleurs côtoient les imprimés animaliers. Les accessoires suivent de très près ces débordements fantaisistes. Les pièces phares ? Des bottes et des escarpins en daim, brodés de décorations florales avec un fil de soie. On admire le travail artisanal. Il est remarquable. Les semelles sont fines, les talons altiers, mais dotés de belles proportions. Les sacs ont des volumes justes et confortables, ni trop grands, ni trop petits. Ils exposent avec fierté leurs multiples ornements : des logos, des broderies, des bijoux en métal, des franges. Vive la fantaisie ! Dans les années 1980, Pomellato a été le premier à lancer la mode des pierres fines et des gros cabochons. Cette innovation a énormément plu et a été largement suivie, même par les grands joailliers de la place Vendôme à Paris. En 2001, la collection Victoria, inspirée des bijoux victoriens, faisait appel au bois fossilisé, matériau chaud et ultraléger, exploité dans une petite mine en Grande-Bretagne. La bague Jet, ornée d'un gros cabochon facetté de bois fossilisé, a connu d'emblée un énorme succès. Aujourd'hui, ce matériau insolite, d'aspect satiné, parcouru par de superbes reflets noirs, est proposé en pendentif en forme de croix ou encore en forme de " dent de lion " stylisé. La toute grande nouveauté de 2006 est la collection Eva qui met en vedette le camée. Elle nous est dévoilée, en grande avant-première, dans le studio de création des ateliers de joaillerie. Empreint d'un grand classicisme, ce bijou intemporel a été adapté à l'esprit Pomellato et a donc été superbement modernisé. Certes le travail est exactement pareil que jadis, entièrement réalisé à la main. Des artisans près de Naples découpent une forme ovale extrêmement fine dans un coquillage, le Cassis Madagascariensis. Ensuite, le graveur, à l'aide de différents burins bien aiguisés, fait sortir le sujet du fond, donnant du relief au dessin. L'opération demande une maîtrise absolue : aucune erreur ne peut être corrigée. Voilà pour la tradition. La modernité, on la retrouve dans le sujet. Le portrait d'une belle inconnue, classique et mille fois interprété, est remplacé, ici, par le serpent tentateur. Lorsque les camées sont prêts, ils quittent Naples et débarquent dans les ateliers de Pomellato, dans la banlieue industrielle de Milan. Ici, rien qui ne vienne entraver le travail des 120 ouvriers joailliers, pros du fraisage, du sertissage, du satinage, du polissage, de l'assemblage et de la pose. Un gemmologue £uvre sur place et traite exclusivement avec les meilleurs fournisseurs au monde. Et pourtant, environ 20 % des pierres retournent chez eux, car elles ne répondent pas aux normes de Pomellato. La création se fait également, ici, par un team créatif composé des meilleurs éléments du célèbre Instituto Europeo de Design (IED). L'histoire de Pomellato remonte à 1967. Pino Rabolini, issu d'une famille d'orfèvres, a ouvert cette usine pour y fabriquer uniquement des chaînes en or dont les femmes milanaises raffolent, encore aujourd'hui. Façonnées à la main, elles ont des formes voluptueuses et exquises. Plus tard, Pino Rabolini a eu l'idée de créer des bijoux, fabriqués selon les normes des joailliers, mais se rapprochant de l'esprit du prêt-à-porter, faciles à porter du matin au soir. Les premiers modèles sont en or. L'abeille ou le duo le roi et la reine, lancés dans les années 1970, sont devenus des icônes de la marque et figurent toujours parmi les best-sellers. Plus tard, les grosses pierres de couleur ont fait leur apparition. Ainsi, cette bague très simple aux volumes XXL, décorée d'un cabochon grenat, est toujours le modèle le plus convoité. Elle est talonnée de près par la fameuse bague Jet, avec sa " pierre " en bois fossilisé facetté. La taille particulière, exclusivité de Pomellato, permet de faire jaillir la lumière même dans des pierres opaques. Mais le grand best-seller reste la collection Nudo, déclinée en bagues et en boucles d'oreille. Née en 2001, la collection a vu défiler l'améthyste, le quartz, la topaze bleue, la citrine et le grenat. Cette année, Nudo va nous séduire avec une collection monochrome, délicatement féminine : le quartz rose se marie avec l'or rose. Barbara Witkowska