L'ARTISTE

Aïda Kazarian, peintre d'origine arménienne, est née en 1952 à Bruxelles où elle vit et travaille encore aujourd'hui. Pendant vingt-cinq ans, elle a enseigné la couleur à l'Académie des beaux-arts. Dans les années 1980, elle abandonne le figuratif pour une abstraction sensuelle, toujours chevillée au corps. Sans verser pour autant dans le baroque fulgurant de l'expressionnisme abstrait à la Jackson Pollock ou de l'abstraction lyrique d'un Georges Mathieu. On se situe plutôt du côté de l'expérimentation de l'aléatoire proposée par un Simon Hantaï. Chez elle, la ...

Aïda Kazarian, peintre d'origine arménienne, est née en 1952 à Bruxelles où elle vit et travaille encore aujourd'hui. Pendant vingt-cinq ans, elle a enseigné la couleur à l'Académie des beaux-arts. Dans les années 1980, elle abandonne le figuratif pour une abstraction sensuelle, toujours chevillée au corps. Sans verser pour autant dans le baroque fulgurant de l'expressionnisme abstrait à la Jackson Pollock ou de l'abstraction lyrique d'un Georges Mathieu. On se situe plutôt du côté de l'expérimentation de l'aléatoire proposée par un Simon Hantaï. Chez elle, la trace, certes spontanée, est douce, doucement amenée, intimiste. Sur la toile, elle peint à l'aide de morceaux d'éponges, aujourd'hui avec ses doigts, des frises d'empreintes. Sur le mode de la répétition, elle aligne ses motifs aléatoires en boustrophédon - du nom de cette écriture primitive où défilent les signes de gauche à droite et de droite à gauche. Inlassablement. Un processus créatif qui, chez Aïda Kazarian, prend des échos autobiographiques inspirants : il lui rappelle le métier de sa mère, tisseuse de tapis d'Orient. Toujours, d'ailleurs, chez Aïda Kazarian, la pratique de la peinture rencontre les méandres peu ou prou heureux de sa vie personnelle, ses traces de couleurs, sortes d'humeurs chromatiques, suggèrent le ton de ses rencontres, la perte d'un être cher, la naissance d'un autre. Comme tous les artistes exposés à la Verrière Hermès, Aïda Kazarian s'est largement réapproprié ce vaste lieu lumineux du boulevard de Waterloo, à Bruxelles. Pour le coup, elle abandonne ses £uvres murales pour s'aventurer dans le domaine de l'installation peinte. Une toile immaculée de plus de trente mètres de long, tendue entre des piquets de bois, traverse l'espace en diagonale (photos ci-dessus). Elle y appose, comme toujours en frise, des caresses de matière. Caresses, du nom de cette £uvre inédite, créée in situ, expressément. Cette technique appelant " l'effleurement ", le " frôlement ", le " glissement ", elle l'a apprise dansl'adversité, alors qu'elle souffrait de problèmes articulaires, elle en a fait son nouveau mode d'expression, son nouveau rythme. En grand format, en trois dimensions, sous la lumière zénithale de la Verrière, les vibrations personnelles d'Aïda Kazarian résonnent toujours avec autant de douceur, la magistralité en sus. A l'issue de l'exposition, l'£uvre sera découpée en carrés de 80 cm et vendue au profit d'une £uvre caritative. Aïda Kazarian : Caresses. À la Verrière Hermès, 50, boulevard de Waterloo, à 1050 Bruxelles. Jusqu'au 10 octobre prochain. Chaque mois, Le Vif Weekend vous propose un décryptage d'exposition. Parce que l'art contemporain est souvent taxé d'hermétisme, nous vous donnons les clés de lecture pour passer les portes des galeries et apprécier le meilleur de l'art vivant. Baudouin Galler