L'ART EST DANS TOUT

Est-ce de la mode ? Est-ce de l'art ? Est-ce du lard ou du cochon ? Et qui phagocyte quoi ? Karl Lagerfeld et sa dream team jouent les mises en abyme. Avec un humour ravageur, une ironie de bon aloi et un vrai talent à mythifier le moindre camélia. Dans le Grand Palais, à Paris, transformé en musée d'art contemporain, toiles, installations, sculptures, vraies-fausses oeuvres se disputent l'attention. Un décor insensé et tellement second degré pour des silhouettes Chanel hautes en couleurs. Malgré le maquillage façon palette de peintre, tout ceci n'est pas de l'art : Karl Lagerfeld a toujours dit qu'il faisait des robes. Quel artiste.
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Est-ce de la mode ? Est-ce de l'art ? Est-ce du lard ou du cochon ? Et qui phagocyte quoi ? Karl Lagerfeld et sa dream team jouent les mises en abyme. Avec un humour ravageur, une ironie de bon aloi et un vrai talent à mythifier le moindre camélia. Dans le Grand Palais, à Paris, transformé en musée d'art contemporain, toiles, installations, sculptures, vraies-fausses oeuvres se disputent l'attention. Un décor insensé et tellement second degré pour des silhouettes Chanel hautes en couleurs. Malgré le maquillage façon palette de peintre, tout ceci n'est pas de l'art : Karl Lagerfeld a toujours dit qu'il faisait des robes. Quel artiste. Marc Jacobs a dit adieu à Louis Vuitton. Après seize ans, l'Américain qui aimait les jupes et qui, accessoirement, a créé ex nihilo le prêt-à-porter siglé LV, laisse le malletier voler de ses propres ailes. Il a désormais d'autres chats à fouetter, consolider sa propre griffe, la faire coter en bourse. C'est la fin d'une époque qui vit la montée en puissance fulgurante des maisons de luxe, la mondialisation des logos, le mélange sulfureux de l'art et de la mode et la décomplexion d'une certaine garde-robe. Tout cela valait bien un drama-show, avec sombre décor fait de récup' des autres défilés, transparences trash et coiffes en plumes de paon noires qui en jettent. Pour autant, le Monogram n'a pas dit son dernier mot. Prada a le don d'en mettre plein la vue. Histoire d'honorer la femme qui doit se battre pour s'imposer dans une société encore très patriarcale, la marque italienne a donné carte blanche, sur ce thème, à de jeunes artistes et illustrateurs. Résultat, à même les murs de l'espace Prada : des juxtapositions de styles et de couleurs, ainsi que de nombreux visages symbolisant tous ceux que peuvent prendre une femme au cours d'une journée ou d'une vie. Autant d'éléments qui se matérialisent dans la collection été 2014 de la griffe, lorsque robes, jupes et manteaux se voient agrémentés de détails de ces oeuvres d'art, combinés à des pierreries et des couleurs franches. La jeune génération de créateurs a été nourrie à la culture des années 90. Nul doute que cette décennie allait finir par transparaître dans leurs collections. Après Saint Laurent, qui a initié ce flash-back cet hiver, ces réminiscences du passé seront conjuguées avec succès aux tendances estivales. Chez Alexander Wang (pour sa griffe éponyme), Olivier Rousteing (pour Balmain) ou Guillaume Henry (pour Carven), on repère des salopettes, oversized, des pantalons en cuir matelassé... Une influence partie pour durer ! Les filles ne se déplacent plus qu'en bande. Est-ce ce climat anxiogène qui donne envie de se serrer les coudes, d'appartenir à un clan, d'entrer dans un gang où règne la sororité ? Belle démonstration chez Rick Owens, où des " step teams " américaines démontrent, en martelant le sol et leur poitrine de leur poing fermé avec une rage salutaire, qu'il n'y a rien de mieux que le " girl power ". Signe des temps, mais en plus policé, chez Dior, Raf Simons identifie les femmes de sa tribu avec des écussons badgés sur vêtements en lamé. Chacun son style. Il sait se faire remarquer, Philipp Plein. Le créateur connu pour ses fringues bling n'a fait défiler que des mannequins black sur son catwalk. Une belle manière de mettre en valeur sa collection aux influences hip-hop, presque exclusivement composée de looks noir et blanc. A moins que ce ne soit une façon de créer le buzz, alors que les deux anciennes top-modèles Naomi Campbell et Iman Bowie viennent d'accuser la mode d'être raciste ? En septembre 2012, seuls 6 % des mannequins ayant défilé à New York étaient noirs... Le luxe, le vrai, est toujours discret. Demandez donc à Hermès qui confirmera le truisme. Ce printemps-été 2014 ne souffrira donc pas l'ostentatoire. Une kurta se suffira à elle-même, surtout si elle est bleu cobalt, avec, à la rigueur, une pochette dans le même ton, voire, extrême extravagance, une jupe mi-longue en croco absinthe. Le blanc fera aussi l'affaire. En total look et dans des soies, des cotons lourds ou des peaux raffinées. A bas les fioritures. L'essence d'un vêtement est son architecture, sa matière et son porter, nonchalant. Faut que ça brille. On opte pour l'or pur, comme chez Dries Van Noten, le roi des mélanges, en rucher sur des matières qui le mettent en valeur par système d'opposition. Si on n'a pas froid aux yeux, on lui préfère l'irisé, le Lurex, le lamé, le shiny, le too much, comme chez Lanvin, qui fait scintiller les robes et les plissés dans des couleurs franches, très emballages de bonbons " Quality Street ". Puisque l'or dure, on sait quel camp choisir. De coutume, l'imprimé fleuri est un des motifs préférés de l'été. Cette fois, les créateurs lui donnent du relief, en optant pour des pétales cousus en 3D. De beaux bouquets de looks en perspective ! La mode va se mettre au sport, l'été prochain. Maillots de basketteur, shorts de running, jupes de patineuse, jambières de foot en maille rayée... Le sportswear se décline sous toutes ses facettes, chez Lacoste, Tommy Hilfiger, Gucci... Pour éviter le carton rouge, chacune de ces pièces devra se porter séparément. Forcément. 1. La fourrure d'été 2. Le pantalon transparent 3. Le bustier joli-coeur 4. Le soutien-gorge dévoilé au grand jour 5. La veste bomber PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON ET CATHERINE PLEECK