(1) " Ma philosophie de A à B et vice versa ", Andy Warhol, 1977, édition française en 2001.
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(1) " Ma philosophie de A à B et vice versa ", Andy Warhol, 1977, édition française en 2001. En collaboration avec le Vitra Design Museum de Weil am Rhein en Allemagne, le Design Museum de Gand nous invite à un fabuleux voyage dans les airs et dans le temps par le biais de l'exposition " Airworld " retraçant les moments forts de la grande aventure de l'aviation civile. En effet, au cours de ces dernières années, aucun moyen de transport n'a connu une évolution comparable à celle de l'avion. En l'espace de huit décennies, depuis l'inauguration, en 1919, des premiers vols réguliers exclusivement réservés à une élite, l'avion est devenu un moyen de transport on ne peut plus courant. Tout au long de son histoire, la navigation aérienne civile a non seulement défini des standards techniques mais aussi des normes esthétiques pour l'intérieur des avions, l'architecture des aéroports, l'identité visuelle et graphique des compagnies aériennes, les uniformes des hôtesses de l'air et même la vaisselle utilisée à bord. A tel point qu'à l'âge d'or de l'aviation, vers les années 1960-1970, voyager en avion était, pour certains, un véritable plaisir, voire un art de vivre. " C'est dans les aéroports et les avions que je trouve le type de restauration que je préfère, les types de divertissements que je préfère, les graphismes et les couleurs que je préfère, les meilleurs contrôles de sécurité, les plus belles vues, les meilleurs employés et le meilleur optimisme ", affirmait d'ailleurs Andy Warhol (1). Difficile, cependant, d'imaginer que le roi du pop art dise la même chose après avoir effectué un vol sur une compagnie low-cost... Mais, avant le tourisme de masse et les voyages à prix cassés, les compagnies aériennes ne ménageaient pas leurs efforts pour séduire et fidéliser les voyageurs. Au début de l'aviation civile, les intérieurs des avions de ligne étaient inspirés de ceux des autres moyens de transport tels que les bateaux ou les trains. Le Dornier Do X, par exemple, le plus grand et le plus luxueux hydravion jamais construit, conçu par l'architecte suisse Emil Rau et meublé par Knoll, disposait ainsi d'un fumoir, d'un bar, de différents salons, d'une salle de bains et de places de couchage. Vers les années 1960, les débuts de l'ère du jet ont révolutionné le paysage aérien. Du point de vue technique, certes, mais aussi du point de vue esthétique. L'élargissement des réseaux a incité les compagnies d'aviation, pour se distinguer les unes des autres, à se créer une identité visuelle forte. Elles furent ainsi parmi les premières entreprises à engager des designers et des graphistes célèbres afin de leur concevoir une véritable image. C'est ainsi que la grue, le fameux échassier stylisé de la Lufthansa, la flèche de la défunte Swissair ou encore le globe de la Pan-Am ont vu le jour. Autre facteur décisif pour l'image de marque d'une compagnie aérienne, les hôtesses de l'air et leur fameux uniforme. Si, dans les années 1930 et 1940, ces demoiselles revêtaient des tenues au look plutôt militaire, dans les années 1960 et 1970, ce sont les couturiers les plus pointus du moment qui créent leurs " bleus " de travail. Emilio Pucci habilla les hôtesses de Braniff International, Christian Dior signa les uniformes du personnel de cabine de SAS, Balenciaga relooka les ambassadrices d'Air France et Valentino et Ralph Lauren celles de TWA. De nos jours, rentabilité oblige, les compagnies aériennes disposent de moins de moyens pour décorer l'intérieur des cabines de leurs appareils et habiller leurs hôtesses. Mais le grand projet européen de l'Airbus A 380 risque fort de faire évoluer les choses favorablement. En effet, ce géant des airs renouera avec le luxe d'antan en proposant un aménagement haut de gamme comprenant bar, salle de fitness, bibliothèque et zone de shopping. L'avenir dira si cet ambitieux projet décollera vraiment. En attendant, gardons les pieds sur terre et (re)découvrons les très riches heures de l'aviation civile par le biais de cette passionnante exposition... Serge Lvoff