Le joli petit village de Castellane ouvre la voie vers les gorges du Verdon. Castellane, cité de caractère, est traditionnellement traversée deux fois l'an, au printemps et à l'automne, par les troupeaux de moutons que l'on conduit aux alpages. Las : cette transhumance se déroulant à la Saint-Jean et à la Saint-Michel a tendance aujourd'hui à s'effectuer par camion...!
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Le joli petit village de Castellane ouvre la voie vers les gorges du Verdon. Castellane, cité de caractère, est traditionnellement traversée deux fois l'an, au printemps et à l'automne, par les troupeaux de moutons que l'on conduit aux alpages. Las : cette transhumance se déroulant à la Saint-Jean et à la Saint-Michel a tendance aujourd'hui à s'effectuer par camion...! Castellane a de tout temps conduit à la découverte de ces gorges fameuses au fond desquelles bondit le torrent vert émeraude du Verdon qui doit cette couleur au gaz de fluor dû à de micro-algues. Peut-on imaginer dans ce paysage de roches, qu'il y a 300 millions d'années, la mer recouvrait tout? Une gigantesque poussée du plissement alpin à l'ère tertiaire est à l'origine d'une immense fracture, véritable livre ouvert dans lequel peut se lire, strate par strate, l'histoire intime de la terre. Le parcours le plus accidenté du Verdon appelé le Grand Canyon, commence au lieu-dit Point Sublime. A chaque détour du cours d'eau, l'on découvre des précipices à couper le souffle. Le silence est ici magistral. Seuls les oiseaux et les papillons sont rois, avec le vautour qui y a retrouvé ses quartiers. Le défilé des gorges se poursuit tout au long d'une promenade touristique de cinq à six heures dont Jean Cauvin, enfant du pays et surnommé " le taxi-poète " connaît tous les sentiers et les moindres détours.La terre et les hommesLes flancs taraudés des gorges du Verdon ne sont pas seuls à révéler la mémoire de la terre. Lorsqu'elle se retire, il y a 300 millions d'années, la mer laisse derrière elle les fossiles, de surprenants gisements qui témoignent des âges successifs de la pierre. Ici et là, ils prennent la forme de coquilles d'animaux marins, d'empreintes de pattes d'oiseaux ou encore de traces de végétaux... Digne-les-Bains, et sa région environnante en sont particulièrement riches. A 1 km du centre de la ville, sur la route de Barles, on peut apercevoir le vestige le plus spectaculaire de ce passé : l'immense dalle des Isnards, une surprenante plaque naturelle enserrant dans son calcaire noir près de 600 ammonites géantes fossilisées. Dans ce pays où chaque pierre attire le regard et invite à sonder le passé, l'homme est pourtant bien présent. Et il a su tirer parti des richesses mises à sa disposition. Le charmant village de Moustiers-Sainte-Marie accroché à la montagne, en est un exemple vivant. L'eau pure du torrent, le bois et l'argile du sous-sol y ont favorisé dès le XVIIe siècle l'émergence d'une tradition potière. Un artisanat qui a donné naissance à une production faïencière de tout premier plan. Au fil des siècles, avec heurs et bonheurs, ce savoir-faire s'est développé et a acquis une réputation internationale. Aujourd'hui, de nombreux maîtres faïenciers rivalisent de talent au niveau de la qualité des pièces où riment finesse et originalité des décors peints à la main. Digne-les-Bains, préfecture des Alpes-de-Haute-Provence, capitale de la lavande et ville thermale, est aujourd'hui dotée d'un centre de cure moderne, réputée pour sa convivialité et son dynamisme. Elle doit aussi sa renommée à l'empreinte qu'y a laissé une personnalité hors du commun, Alexandra David-Neel (1868-1969), " la femme aux semelles de vent ". Cantatrice, pionnière, infatigable voyageuse, elle parcourut Ceylan (Sri Lanka), l'Inde, la Chine, le Japon, le Tibet... et fut la première femme à pénétrer dans la cité interdite de Lhassa. Auteur d'étonnants récits de voyages, cette bouddhiste convaincue, appelée " lampe de sagesse ", posa définitivement ses bagages en cette région des Alpes-de-Haute-Provence parce que la limpidité du ciel lui rappelait " les Himalayas de lumière ". Elle s'éteignit à 101 ans, dans sa maison de Digne-les-Bains où la Fondation David-Neel évoque aujourd'hui sa vie de passion aventureuse et expose quelques-uns de ses livres, souvenirs et effets personnels.Micheline Michaël