Ne lui demandez pas de citer ses mentors, le name dropping pour faire genre, ce n'est pas trop son trip. Tiziana d'Amico, alias Anaiz Ito, l'affirme sans rougir et dans un grand éclat de rire : " [elle] n'a pas de culture. " À peine évoque-t-elle du bout des lèvres le vidéaste Chris Cunningham, réalisateur britannique de clips dérangés et mutants mis en boîte pour Aphex Twin et autres Björk. Ou l'indépassable Thriller de Michaël Jackson, réalisé par John Landis, qui, à 15 ans, lui donna e...

Ne lui demandez pas de citer ses mentors, le name dropping pour faire genre, ce n'est pas trop son trip. Tiziana d'Amico, alias Anaiz Ito, l'affirme sans rougir et dans un grand éclat de rire : " [elle] n'a pas de culture. " À peine évoque-t-elle du bout des lèvres le vidéaste Chris Cunningham, réalisateur britannique de clips dérangés et mutants mis en boîte pour Aphex Twin et autres Björk. Ou l'indépassable Thriller de Michaël Jackson, réalisé par John Landis, qui, à 15 ans, lui donna envie de " devenir maquilleuse ". Ce qu'elle fut, un temps, pour la pub et la mode. Entre autres jobs, la débrouille et un quotidien de plasticienne bricolo. Touche-à-tout, formée sur le tas, Anaiz Ito ne se refuse rien : peinture, sculpture, illustration, vidéo, costume, tout est bon pour " matérialiser les flots d'images qui [lui] débordent quotidiennement de l'esprit ". Elle dit aussi : " J'aime tout faire, et c'est tout ce que je sais faire. " De la photographie aussi, donc. Qui l'a sortie de l'anonymat cette année à la faveur du concours SFR Jeunes Talents, compétition à succès montée par l'opérateur national de téléphonie en France. Où elle s'est retrouvée " contre toute attente " parmi les 24 lauréats (sur 6 000 candidatures). Butin : une visibilité aux Rencontres de la Photographie à Arles, l'été dernier, et, cherry on the cake, une pleine page dans Libé. C'était pour la série Freaky Family, que nous publions cette semaine. Shootée, " à l'instinct ", avec un compact " tout pourri " - qu'elle surnomme Tchouki - cette petite suite de tableaux à l'étrangeté kitsch et circassienne, dorés d'une lumière médiévale, inquiétante, met en scène les femmes de sa famille. Mère fraîchement charcutée, s£ur danseuse trijambiste, fille girafe, " et moi en pute cul de jatte ". Ce n'est pas vulgaire. Par-delà l'ironie bouffonne, chaque photo évoque des fêlures intimes. Seulement connues d'Anaiz et de ses modèles. De l'humour doucement désespéré pour apaiser les failles familiales, jetées à la face du monde tout en restant secrètes. Puissant. Outre la série Freaky Family, Anaiz Ito a récemment été récompensée dans le cadre du concours italien " Immigrazione Oggi " avec la photo 7 heures (ci-dessous). Un cliché à l'esthétique sociale, entérinant son dilettantisme créatif, et qui lui vaut d'être montrée dans le cadre de l'expo itinérante Chemins de fer et de l'intégration : identité et culture dans une Europe multiculturelle. Après les gares de Rome et Paris, à voir à Bruxelles, Madrid, Luxembourg et Varsovie. Plus d'infos :www.anaizito.comPar Baudouin Galler