L'angoisse de la page blanche, il ne connaît pas. Jeans, tee-shirt et Converse, l'architecte bruxellois Julien De Smedt se la joue jeune homme d'affaires cool derrière son bureau rempli de paperasses. " Je vis plutôt l'angoisse de ne pas poser la bonne question, nuance-t-il. Il faut bien interroger son client, l'ingénieur, les instances politiquesà Et puis, il faut apporter une réponse plurielle à tout cela. "
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L'angoisse de la page blanche, il ne connaît pas. Jeans, tee-shirt et Converse, l'architecte bruxellois Julien De Smedt se la joue jeune homme d'affaires cool derrière son bureau rempli de paperasses. " Je vis plutôt l'angoisse de ne pas poser la bonne question, nuance-t-il. Il faut bien interroger son client, l'ingénieur, les instances politiquesà Et puis, il faut apporter une réponse plurielle à tout cela. "Certains le disent surdoué, d'autres tchatcheur et fort dans l'art de (sur)communiquer. Lui, se voit avant tout passionné. " Quand j'étais ado, je faisais du skate, mais j'ai fini par m'en lasser. J'avais peur que le même phénomène se produise avec l'architecture. Mais cela ne peut pas arriver car je ne fais pas un seul métier mais vingt différents. " Son projet le plus connu est certainement celui du tremplin de saut à ski d'Oslo qui sera achevé en mars prochain. Mais l'architecte a bien d'autres ouvrages à son actif : une piscine à Copenhague, un centre de conférences à Stockholm, des logements un peu partout, une villa de luxe en Chineà Il vient également de recevoir le Rotterdam-Maaskant Price qui révèle des architectes de talent de moins de 35 ans. Ce prix s'accompagne d'une bourse qui permettra à Julien De Smedt de publier un livre, Agenda (*), qui fera notamment intervenir dix bureaux bruxellois, le réalisateur Lars von Trier et l'artiste contemporain Ernesto Neto. Alors qu'à son âge, la plupart de ses confrères percent lentement et se réjouissent d'un premier concours remporté, Julien De Smedt affiche donc un CV à rallonge, qu'il doit à un début de carrière très international. Déjà globe-trotteur durant ses études - il a notamment travaillé aux Pays-Bas chez l'architecte Rem Koolhaas - l'architecte, à peine diplômé, part au Danemark, avec un ami, non pas pour y construire des bâtiments mais pour produire un film, avec Zentropa, la société danoise de production de Lars von Trier ! " En attendant les subsides pour cette fiction, nous faisions des concours d'architecture, se souvient le Bruxellois. Au bout de six mois, notre scénario de film n'a pas été retenu mais quatre de nos projets de bâtiments étaient lauréats. Finalement, nous étions peut-être bien architectesà "Les deux comparses créent alors Plot, un atelier qui, en cinq ans, passera de 2 à 60 collaborateurs ! Mais le duo finit par se séparer et Julien De Smedt installe son propre bureau, à Copenhague d'abord, puis à Oslo lorsqu'il remporte le concours pour le tremplin. Pas sans heurts d'ailleurs. " Nous avons dû nous battre pour concrétiser ce projet. Le fait qu'un petit Belge soit chargé de dessiner ce fleuron national, ne plaisait pas à tout le monde. Aujourd'hui, Snøhetta, qui a conçu le nouvel opéra d'Oslo, nous critique encore dans la presse à ce sujet ! "Depuis un an, l'architecte bruxellois a toutefois décidé de revenir dans sa ville d'origine et a créé à Bruxelles un troisième bureau, en marge de ses antennes scandinaves. " J'ai quitté la Belgique car je trouvais le milieu de l'architecture pathétique. Mais, aujourd'hui, une jeune scène architecturale s'y met en place et je pense pouvoir apporter une valeur ajoutée à ce renouveau, celle d'avoir déjà beaucoup construit ", relate le créateur. Dès lors, il s'implique dans tous les grands projets bruxellois - cité administrative, Atomium, rue de la Loià " Nous n'avons encore gagné aucun de ces concours, avoue-t-il. Mais ce sont les bases d'une réflexion sur la capitale qui ne portera ses fruits que dans trois ou quatre ans. " Le début d'une nouvelle histoire que Julien De Smedt ambitionne encore plus internationale rêvant d'un bureau aux Etats-Unis et en Asie. Archi-ambitieux ! (*) Agenda, Can we Sustain our Ability to Crisis ? Lancement ce 20 novembre aux Pays-Bas. Disponible en Belgique en décembre prochain. FANNY BOUVRY Je vis l'angoisse de ne pas poser la bonne question.