La semaine dernière, le Vif Weekend s'aventurait parmi les merveilles du désert de l'Atacama, au Chili. Restons donc un moment du même côté du globe, mais changeons d'hémisphère pour découvrir d'autres terres arides. L'horizon est radicalement différent : nous sommes dans l'ouest américain, sous un soleil qui ne se repose jamais et qui fait briller de nombreuses images dans nos têtes. On se souvient de l'ultime scène de Thelma et Louise, bien sûr. Il y a aussi eu Arizona Dream, d'Emir Kusturica, dans lequel Johnny Depp et Faye Dunaway s'aimaient sur fond de grès rouges, nous offrant une vague idée de l'endroit. Quand les plus puritains d'entre nous s'imaginent des décors de Far West, des villes abandonnées et hantées par les esprits des derniers cow-boys, les autres évoquent des étendues arides et polluées de centres commerciaux. Et pourtant, la région est dotée des paysages les plus singuliers et pittoresques du monde. L'Etat, qui fêtait son centenaire en 2012, a vu défiler Apaches, Navajos et conquistadors espagnols, puis les exilés de la Grande Dépression sur la mythique Route 66 qui reliait Chicago à Los Angeles. Avec ses 330 jours d'ensoleillement par an, l'Arizona et ses déserts attirent, chaque année, près de 38 millions de touristes. Si le Grand Canyon reste le site le plus visité, les principales villes de la région deviennent désormais incontournables grâce à l...

La semaine dernière, le Vif Weekend s'aventurait parmi les merveilles du désert de l'Atacama, au Chili. Restons donc un moment du même côté du globe, mais changeons d'hémisphère pour découvrir d'autres terres arides. L'horizon est radicalement différent : nous sommes dans l'ouest américain, sous un soleil qui ne se repose jamais et qui fait briller de nombreuses images dans nos têtes. On se souvient de l'ultime scène de Thelma et Louise, bien sûr. Il y a aussi eu Arizona Dream, d'Emir Kusturica, dans lequel Johnny Depp et Faye Dunaway s'aimaient sur fond de grès rouges, nous offrant une vague idée de l'endroit. Quand les plus puritains d'entre nous s'imaginent des décors de Far West, des villes abandonnées et hantées par les esprits des derniers cow-boys, les autres évoquent des étendues arides et polluées de centres commerciaux. Et pourtant, la région est dotée des paysages les plus singuliers et pittoresques du monde. L'Etat, qui fêtait son centenaire en 2012, a vu défiler Apaches, Navajos et conquistadors espagnols, puis les exilés de la Grande Dépression sur la mythique Route 66 qui reliait Chicago à Los Angeles. Avec ses 330 jours d'ensoleillement par an, l'Arizona et ses déserts attirent, chaque année, près de 38 millions de touristes. Si le Grand Canyon reste le site le plus visité, les principales villes de la région deviennent désormais incontournables grâce à leur engagement culturel, à l'image de Scottsdale et de son musée des instruments du monde. De Phoenix à Tucson en passant par Sedona, road trip à la conquête de l'Ouest sauvage. La route qui relie Phoenix à Tucson est longue. Malgré l'allure à laquelle file notre voiture, le jour décline. Désormais, on ne distingue plus que les formes des cactus géants dressés à la façon de totems indiens. Ici prédomine la culture cow-boy. Les villes dites fantômes demeurent la principale attraction et la santiag, le soulier national. Ces décors grandeur nature, façonnés par le temps et l'érosion des roches, ont accueilli de nombreux tournages de westerns. Le Saguaro National Park et son immense réserve de cactus - la plante officielle de l'Etat, que l'on retrouve jusque sur les plaques d'immatriculation - ont ainsi vu passer Burt Lancaster en joueur de poker avide dans Règlements de comptes à O.K. Corral (1957) et, plus tard, Will Smith en cow-boy dandy dans Wild Wild West (1999). Les traces de cette époque Far West, pas si lointaine, demeurent gravées dans les roches ocre. On s'attendrait presque à voir une diligence nous doubler sur l'autoroute. A la lueur des phares, le panneau se distingue à peine : " Welcome to the White Stallion Ranch. " Les voyageurs à la conquête du Grand Ouest viennent séjourner dans cette ferme aux côtés des wranglers, ces cow-boys sédentaires. Au programme : balade à cheval dans les Red Rocks, team penning (rentrée du bétail en équipe), randonnées pédestres et barbecue. Il est encore tôt mais le soleil cogne déjà. Cheval sellé, nous voici prêts pour la chevauchée fantastique. Le temps de rentrer le bétail et de dîner à de grandes tablées conviviales, et il est déjà l'heure de se retirer dans ses écuries... La scène est cocasse : une Jeep kaki fait vrombir son moteur pour gravir les flancs rocheux des falaises du Bell Rock qui encerclent la ville de Sedona, tanguant entre les nids de poule et les pierres affûtées. A bord, ses passagers se cramponnent les uns aux autres. Une fois au sommet, le calme s'abat sur la vallée et la nature reprend ses droits. La vue qui se déroule à nos pieds nous happe littéralement : l'immensité du ciel azur s'étend au-delà des roches, d'un étonnant dégradé carmin, striées par la nature. Outre la beauté enivrante des paysages, on vient surtout ici pour découvrir le fameux vortex, sorte de spirales d'énergies telluriques émanant de la terre censées procurer bien-être et harmonie intérieure. Un concept illuminé - découvert par les Indiens Hopi qui vivaient là il y a près de trois cents ans - autour duquel toute la ville s'est construite. Déjà, en 1946, Max Ernst, grande figure du surréalisme, avait réalisé tout le potentiel mystique de ce site, et s'y était installé avec son épouse. Dans les années 60, Sedona devient la capitale mondiale du New Age, une philosophie fondée sur la spiritualité, quand une joyeuse bande de doux dingues y migra en reprenant les principes de vie des peuples indiens. Depuis, on tombe sur des boutiques de pierres semi-précieuses à tous les coins de rues, et des panneaux publicitaires à l'effigie de Jésus accueillent les touristes. Avec ses attrape-rêves pendus aux fenêtres, et sa chapelle Holy Cross qui se dresse entre les roches rouges, la ville ressemble à un centre de pèlerinage d'un ancien temps, d'un kitsch attendrissant. Elle n'a pas l'empreinte des villes historiques, mais cette banlieue chic de Phoenix alimente tous les fantasmes. C'est la ville américaine comme on se l'imagine, tout droit sortie d'une série B, avec ses grandes allées à palmiers bordées de fast-foods et de motels. Si les nouveaux riches viennent y flamber en Maserati rutilante, les people s'y prélasser en toute intimité et que les touristes la préfèrent à sa voisine Phoenix, ce n'est pas seulement pour ses resorts de luxe et ses superbes terrains de golf, mais pour son côté arty. Car depuis quelques années, fleurissent downtown néobistrots et bourgeons de galeries d'art. Scottsdale, future capitale de la culture ? L'idée fait son chemin. Depuis 2010, l'année où la ville a inauguré le Musical Instrument Museum (MIM), qui abrite une importante collection d'instruments de musique du monde (plus de 15 000 pièces dont 6 000 exposées). On parcourt les salles de ce bastion contemporain, avec un audioguide, en s'arrêtant ici, au son entraînant d'un steel drum caribéen, ou plus loin, sur les premières notes du piano sur lequel John Lennon composa Imagine. Si la musique s'envole au-delà des montagnes, le temps, lui, semble s'être arrêté, laissant le désert s'étendre à l'infini. Seule oasis d'architecture, le Taliesin West, la résidence d'hiver de l'architecte Frank Lloyd Wright et sa vue sur le " bord du monde ". Conservée en l'état après son décès en 1959, la propriété héberge encore des étudiants qui s'intéressent à la vision du créateur du Guggenheim de New York, une architecture prônant l'intégration des constructions dans leur milieu naturel. Mais pour se rendre compte de l'immensité de ces plaines arides, le mieux est encore de prendre de la hauteur. Le rendez-vous est donné pour le lendemain matin, à l'aube. Avec le souffle du feu, la montgolfière gonfle comme un soufflé et s'élève gracieusement dans les airs. Passé le Camelback Mountain, un drôle de massif rocheux en forme de chameau, la ville ressemble à un plateau de Monopoly avec ses maisonnettes alignées au centimètre près. Au loin, on aperçoit les autres ballons, des petites taches colorées à la manière d'une sérigraphie de Damien Hirst. Une ultime oeuvre d'art. PAR MINA SOUNDIRAM