Les feuilles de ginkgo, coeur de la première collection de Barnabé Hardy pour Carven, ont bourgeonné dans les rues : " J'avais envie de commencer cette nouvelle histoire pour moi et la maison avec un porte-bonheur ", explique-t-il. Son grigri, il l'a voulu graphique, paradoxal : " Ça a la force d'avoir résisté à Hiroshima mais aussi la fragilité d'une feuille qui tombe en tapis dorés quand l'automne arrive. " En imprimé, en broderie, en découpe au laser, et jusqu'à la broche qu'il porte au moment de se raconter, il a joué à l'envi de ce talisman, lui qui voit le vêtement comme une armure. " J'aime l'idée d'être enveloppé, comme dans un sac de couchage. C'est un propos que j'ai depuis longtemps. La vie est difficile, on a besoin de se protéger ; le vêtement peut rassurer. " A...

Les feuilles de ginkgo, coeur de la première collection de Barnabé Hardy pour Carven, ont bourgeonné dans les rues : " J'avais envie de commencer cette nouvelle histoire pour moi et la maison avec un porte-bonheur ", explique-t-il. Son grigri, il l'a voulu graphique, paradoxal : " Ça a la force d'avoir résisté à Hiroshima mais aussi la fragilité d'une feuille qui tombe en tapis dorés quand l'automne arrive. " En imprimé, en broderie, en découpe au laser, et jusqu'à la broche qu'il porte au moment de se raconter, il a joué à l'envi de ce talisman, lui qui voit le vêtement comme une armure. " J'aime l'idée d'être enveloppé, comme dans un sac de couchage. C'est un propos que j'ai depuis longtemps. La vie est difficile, on a besoin de se protéger ; le vêtement peut rassurer. " Alors, pour Carven, qu'il a rejoint en 2015 pour s'occuper du dressing masculin, l'homme volubile et prompt à baisser la garde, en apparence du moins, a dessiné des carapaces tout en lignes rondes comme le C de la marque. Aucune agressivité derrière la cuirasse souvent mousseuse, douce, ouatinée et toujours texturée. " Les matières plates m'ennuient ", avoue le directeur artistique qui envisage, un jour, de mettre au point une gamme de tissus. En attendant, il profite du développement par la griffe des étoffes dédiées à son vestiaire. " Ce qui est fascinant c'est de se dire qu'avec un seul fil, on peut faire des tonnes de choses. On est contraint par une machine mais, malgré tout, on peut donner une idée plus contemporaine et plus signée. " Pour l'hiver à venir, Barnabé Hardy propose des tissus avec un motif de skateboarder. " L'idée du mouvement est importante pour moi ", développe celui qui se serait bien vu danseur s'il n'avait pas grandi entre une mère et des grand-mères couturières, se commandant une garde-robe dès le plus jeune âge. Il a pris des cours de danse, pour compenser. Du ballet à la mode, il est toujours question, pour lui, de " raconter des histoires sans ouvrir la bouche, sans se justifier ". L'histoire de sa ligne pour l'automne-hiver 16-17 avait des roulettes, du fun, une énergie chère au créateur qui surgit de motifs conçus d'un trait, sans soulever le crayon, d'illusions d'optique que l'on découvre en deux temps. Le printemps-été 2017, lui, sera " aérien, graphique et sportif ". Comme l'on apprend à faire des arabesques sur demi-pointes avant de faire du modern jazz, Barnabé Hardy puise ses connaissances dans ses vingt années de carrière, dont une partie aux côtés de Nicolas Ghesquière, entretemps devenu directeur artistique de Louis Vuitton, et l'observation des tenues anciennes, qu'il collectionne comme le faisait sa maman. Par-delà cette maîtrise teintée de rigueur, il a su faire évoluer l'univers ludique du garçon Carven qui, sous sa direction, est devenu homme. " C'était une volonté de ma part et de la maison, ce gars a grandi. Il a entre 25 et 50 ans, il a mûri, il évolue, il a une garde-robe, il est réel, il existe. " Il est le mec de la rue, empreint de repères autant que de liberté. Et il est pensé de la tête aux pieds. Car s'il s'est notamment fait remarquer sur la scène fashion pour une ligne de blousons en cuir, Barnabé Hardy veut désormais travailler en looks complets. Jamais d'essayage pieds nus. " La première chose que j'ai fait dessiner en arrivant ici, c'est cette chaussure hybride, entre un modèle de golf et de marche, montre le directeur artistique dans le showroom de sa nouvelle maison, à Saint-Germain-des-Prés. C'est important que ça soit le pilier de la silhouette. On est bien dans ses baskets et on affronte le bitume de la ville. " De nouvelles armes de séduction massive, pour compléter l'armure d'un homme ancré dans ses réalités. Dès ce 18 juin, retrouvez le meilleur des défilés Homme, à Paris et Milan, sur www.levifweekend.be et sur Instagram.PAR CÉLINE FION" LA VIE EST DIFFICILE, ON A BESOIN DE SE PROTÉGER ; LE VÊTEMENT PEUT RASSURER. "