El Pilon ne paie pas de mine. Planté au bord d'une route sinueuse des faubourgs d'Alajuela, deuxième ville du Costa Rica avec 185 000 habitants, ce bar au nom improbable semble pourtant convaincre Iulio, guide local à l'enthousiasme communicatif. On fait confiance. Passé la porte de cette bicoque insignifiante, on croit à une mauvaise blague. Aux murs, des posters du King et de Marilyn défraîchis et deux pauvres guirlandes de Noël. Au zinc (en formica), une poignée d'habitués, bouteilles de Pilsen en main. A la radio, de vieux standards mexicains. L'angoisse. Contre mauvaise fortune bon c£ur, on commande à boire... Deux heures plus tard, Javier, serveur-chanteur-danseur flamboyant range sa guitare échaudée, son épouse nous couvre de petits cadeaux, le vieux Luis nous invite à dîner chez lui, et une bande de joyeux drilles lancent des " Pura Vida " à plein poumon en guise d'adios. Bienvenue au Costa Rica. Malgré un succès touristique exponentiel (10 % du PIB), ce petit bout de terre idyllique d'Amérique centrale conserve une fraîcheur et une hospitalité difficiles à égaler. Une bonne humeur générale favorisée par une situation socio-économique relativement florissante : au regard de celle de ses voisins salvadoriens, nicaraguayens et panaméens, la qualité de la vie des Ticos est en effet nettement ...

El Pilon ne paie pas de mine. Planté au bord d'une route sinueuse des faubourgs d'Alajuela, deuxième ville du Costa Rica avec 185 000 habitants, ce bar au nom improbable semble pourtant convaincre Iulio, guide local à l'enthousiasme communicatif. On fait confiance. Passé la porte de cette bicoque insignifiante, on croit à une mauvaise blague. Aux murs, des posters du King et de Marilyn défraîchis et deux pauvres guirlandes de Noël. Au zinc (en formica), une poignée d'habitués, bouteilles de Pilsen en main. A la radio, de vieux standards mexicains. L'angoisse. Contre mauvaise fortune bon c£ur, on commande à boire... Deux heures plus tard, Javier, serveur-chanteur-danseur flamboyant range sa guitare échaudée, son épouse nous couvre de petits cadeaux, le vieux Luis nous invite à dîner chez lui, et une bande de joyeux drilles lancent des " Pura Vida " à plein poumon en guise d'adios. Bienvenue au Costa Rica. Malgré un succès touristique exponentiel (10 % du PIB), ce petit bout de terre idyllique d'Amérique centrale conserve une fraîcheur et une hospitalité difficiles à égaler. Une bonne humeur générale favorisée par une situation socio-économique relativement florissante : au regard de celle de ses voisins salvadoriens, nicaraguayens et panaméens, la qualité de la vie des Ticos est en effet nettement plus élevée. Plus de 80 % d'entre eux vivent au-dessus du seuil de pauvreté, le taux d'alphabétisation est proche des 100 % et la culture démocratique et pacifiste est telle que le pays ne possède pas d'armée. Mais la conjoncture n'explique pas tout : sans exagérer, le Costa Rica est un des plus beaux pays que compte cette Terre. Difficile de tirer la tête : on y trouve des plages dignes de cartes postales, des volcans majestueux, de hauts plateaux rafraîchis par les brumes, une jungle sauvage et luxuriante, des centres urbains animés. Confiné dans un mouchoir de poche à peine trois fois plus grand que la Wallonie, ce petit paradis terrestre tient à la fois des Tropiques, de la pampa et de la Suisse. Cette diversité biotopique rare permet au Costa Rica d'abriter un nombre inouï d'espèces animales, dont près de... 900 variétés d'oiseaux ! Avec plus de 30 % de son territoire classé " zone protégée ", le pays fait ainsi figure de parangon de l'écotourisme. Dès la fin des années 1970, bien avant que les " vacances responsables " deviennent un phénomène à la mode - que le Costa Rica a en partie contribué à façonner - le pays a compris que s'il voulait devenir une destination touristique alléchante, il avait tout intérêt à préserver sa seule véritable richesse : la nature. Contrairement au Mexique ou au Guatemala, le Costa Rica possède peu de vestiges archéologiques et coloniaux. " Ici, tout ce qu'on a à vendre, ce sont des arbres et des grenouilles ", plaisante à peine Christophe Marybrosse, agent de voyage chez Cactus Tour, société francophone spécialisée dans les voyages en Amérique centrale. Des arbres, des grenouilles, mais aussi une chaleur de vivre. Dont les meilleures vibrations traversent toute la vallée centrale. Cette zone, écharpée de champs de café à perte de vue et de volcans, est en effet la plus peuplée du pays. Revenons à Alajuela, au nord de la vallée. Située à moins de cinq kilomètres de l'aéroport international, cette ville permet de se confronter au Costa Rica urbain tout en évitant les ennuis de la bouillonnante San José (embouteillages monstres, criminalité...). Il faut se laisser happer par l'atmosphère chaotique de ce grand village aux rues sans noms et à l'esthétique brouillonne. Comme partout, le marché donne de la couleur à la cité, condense son caractère. Le " mercado " d'Alajuela est un bric-à-brac odorant, une sorte de quincaillerie gourmande, où l'on se régale de ceviche d'espadon frais, de crevettes ou de poulpes, d'empanado au fromage de chèvre ou encore de " gallo pinto " (riz, haricots, poulet - le plat national). A quelques mètres de là, sous les clochers de l'immense cathédrale immaculée, le très charmant " Parque Central ", ceinturé de manguiers, se la joue culottes courtes et rides au soleil le jour, bling-bling et " MTV-isé " la nuit. Vient y échouer l'écume des petits bars envahis par une faune de jeunes gens dopés au r'n'b mondialisé. La " Pura Life ", en quelque sorte. Il faut dire que la culture américaine pénètre de plus en plus le pays. Malgré la non-ratification de l'accord de libre-échange avec l'Oncle Sam - le Costa Rica est le seul des six pays d'Amérique centrale à résister - le premier produit d'exportation costaricain n'est ni le café, ni les bananes, mais... les microprocesseurs. Depuis dix ans, la société Intel a installé son siège sud-américain à une dizaine de kilomètres de là. Elle emploie des milliers de personnes, plongées dans une culture anglo-saxonne au quotidien. Bien que le marché du café ait subi des grosses secousses ces quinze dernières années, la denrée reste très précieuse dans le c£ur des Costaricains. " L'âge d'or du café est à présent révolu reconnaît Iulio, notre guide. Il est devenu le sixième produit d'exportation, mais il reste une histoire de famille. Le café, c'est sacré ! Et puis, c'est un des meilleurs au monde ! " Il faut le reconnaître, les hauts plateaux de la vallée centrale, extrêmement fertiles, donnent des fruits d'excellente qualité. Les " fincas " (fermes) y sont d'ailleurs courtisées par les grands groupes de l'agroalimentaire, attirés par la qualité du terroir local. Nestlé par exemple. Via Nespresso, sa gamme premium, le géant suisse fidélise les meilleurs cultivateurs de la région qui acceptent de respecter les standards de qualité du programme AAA, sorte de label de qualité durable mis au point récemment par la marque favorite de George Clooney. Le deal est simple : l'agriculteur est mieux payé en respectant les exigences qualitatives de la marque. Bon troc : Nespresso gagne des points auprès des consommateurs occidentaux à la fois de plus en plus exigeants en termes de qualité et de plus en plus concernés par le développement durable. Ces hauts plateaux constituent par ailleurs le lieu idéal pour " vivre " le Costa Rica profond. Notre coup de c£ur : dans les environs de Cartago, au sud de San José, les routes sinueuses et les villages pittoresques de la vallée d'Orosi incarnent cette authenticité. Le village d'Orosi en lui-même étant un détour obligé. Le temps semble s'être arrêté autour de la petite église San José (1743), un des rares exemples d'architecture coloniale à avoir survécu aux tremblements de terre. Enfouie dans les collines luxuriantes, Orosi vit encore au rythme de la récolte et de la pura vida. Baudouin Galler