" J'aime les plantes qui poussent comme du chiendent, à l'image des Stachys Lanata (oreille d'ours). Elles me permettent de les partager avec d'autres amateurs ", affirme Dominique Lafourcade qui, comme ces plantes, a un tempérament très généreux.
...

" J'aime les plantes qui poussent comme du chiendent, à l'image des Stachys Lanata (oreille d'ours). Elles me permettent de les partager avec d'autres amateurs ", affirme Dominique Lafourcade qui, comme ces plantes, a un tempérament très généreux. " Nous avons choisi cette ancienne ferme entourée de ses huit hectares de champs essentiellement pour l'eau qu'elle contient. La nappe phréatique est particulièrement haute ici, si bien qu'il a suffi d'installer une éolienne pour en disposer en permanence. " Par ailleurs, l'ancien bâtiment de ferme transformé par son mari, le décorateur Bruno Lafourcade, était flanqué à l'origine d'un hangar agricole, une structure lourde aux fondations en béton. " Il aurait fallu déployer tant d'efforts pour les faire disparaître que nous en avons tiré parti pour construire un plan d'eau rectangulaire ", précise notre interlocutrice. De son centre file un canal, un chemin d'eau longiligne, interminable. L'eau qui y coule est bordée par des carreaux en terre cuite, décorés d'un cocon blanc duveteux formé par des Stachys Lanata, dont la couleur argentée rappelle celle de l'olivier. " L'eau se jette ensuite dans un étang. J'apprécie cette idée que les choses retournent à leur source. Ainsi, toutes les plantes qui constituent la trame même de ce jardin sont originaires des Alpilles, la région où elles ont été naturalisées par des siècles de pratiques agricoles. " Dominique Lafourcade cite ainsi en vrac le laurier-tin, le cyprès, le buis, la lavande, l'olivier... L'axe étant défini par le canal, l'encadrement du " grand " jardin principal, qui le sépare du reste du domaine, à l'est comme à l'ouest, est concrétisé par deux longues treilles sur lesquelles grimpent des glycines, dont la floraison s'accorde avec le vert tendre de la vigne. À leurs pieds se succèdent des floraisons d'iris et d'hémérocalles. L'espace restant comporte deux alignements successifs, l'un de volumes géométriques sculptés en laurier-tin et l'autre d'oliviers dont la ramure émerge de grands pots en terracotta. Les premiers pots en terre cuite n'ont pas résisté à la pression des racines. Ils ont été remplacés par de plus grands formats, dont une large ouverture dans leur base permet aux racines de librement se propager dans le sol. Cet aspect général des jardins qui n'est pas sans évoquer ceux " à la française ", se prolonge toutefois par un aménagement aux références plus méditerranéennes, où deux champs de lavandes sont émaillés de colonnes de cyprès. La délimitation entre les deux parties du jardin se matérialise par une ligne perpendiculaire au chemin d'eau. Un sentier en galets semblable à une rivière sèche. Une façon de relier deux chambres de verdure. Parmi les idées saugrenues de Dominique Lafourcade, relevons ces silhouettes de taureaux camarguais qui paissent en prairie. " Nous avions créé cette prairie pour notre âne. Comme il s'est montré trop agressif, nous avons été contraints de nous en séparer. Plutôt que de supprimer la clôture, j'ai choisi de trouver de nouveaux occupants. La présence de ces quatre taureaux paisibles en intrigue plus d'un. J'ai obtenu cet effet réaliste au départ d'une photo d'une manade que j'avais prise dans les Alpilles, photo que j'ai agrandie au point de pouvoir décalquer les contours des animaux ", souligne la propriétaire. Autre construction interpellante, ce belvédère construit en rondins de bois et installé contre une haie haute en limite de la prairie. " De ce côté, le jardin est composé de "chambres", délimitées par de hautes haies. Il faut donc pouvoir prendre de la hauteur pour mieux comprendre leur dessin. C'est ainsi que j'ai juché une terrasse au sommet d'un des platanes proches de la maison. De là-haut, on comprend mieux les masses végétales, les lignes du "grand " jardin.", explique Dominique. Carnet d'adresses en page 87.Texte et photos : Jean-Pierre Gabriel