En presse, on appelle ça un marronnier : un thème aussi récurrent et prévisible que la floraison de l'arbre en question, annuellement, à même époque. Transposé au domaine de la mode, on peut dire que " la tendance lingerie " - les détails en dentelle, les caracos, les nuisettes adoptées le jour etc. - répond aux mêmes critères. Le corset porté par-dessus la chemise au XVIe siècle ? Il est épisodiquement revenu sur le devant de la scène, jusqu'à devenir un des coups de coeur fashion de cette saison. ...

En presse, on appelle ça un marronnier : un thème aussi récurrent et prévisible que la floraison de l'arbre en question, annuellement, à même époque. Transposé au domaine de la mode, on peut dire que " la tendance lingerie " - les détails en dentelle, les caracos, les nuisettes adoptées le jour etc. - répond aux mêmes critères. Le corset porté par-dessus la chemise au XVIe siècle ? Il est épisodiquement revenu sur le devant de la scène, jusqu'à devenir un des coups de coeur fashion de cette saison. La combinaison en soie transformée en robe pendant les Années folles ? Elle a refait sensation il y a vingt ans quand Lady Di est apparue lors d'un gala, vêtue d'un modèle bleu nuit à guipure noire, signé John Galliano pour Dior. Depuis, elle a séduit les icônes du style Kate Moss et Victoria Beckham et régulièrement arpenté les tapis rouges. Pas plus tard que cet été, on la retrouvait, en version longue, chez Givenchy, Balenciaga ou Saint Laurent. Elle disputait d'ailleurs la vedette au soutien-gorge, redessiné en trompe-l'oeil sur des tops par J.W Anderson ou Alessandro Michele, le directeur artistique de Gucci. Et on pourrait continuer l'énumération avec la brassière, futur incontournable du printemps prochain - les défilés ont rendu leur oracle. Mais comment expliquer que l'on puisse tant dévoiler, jouer parfois jusqu'à l'excès la carte "sexy" sur les podiums ou dans la pub, mais qu'une photo de téton illustrant un article sur le cancer du sein soit censurée par Facebook ? C'est pourtant à cette étonnante contradiction qu'a été confronté Le Monde, le 11 octobre dernier. Le quotidien français, qui avait publié un cliché de mammographie dans un but de sensibilisation, avait alors réagi par l'ironie, en postant "une image de torse nu d'homme, qui, elle, ne viole pas les conditions d'utilisation du réseau social". Une démarche qui n'est pas sans rappeler celle d'un média argentin mettant en ligne une vidéo indiquant de quelle manière réaliser une palpation mammaire de dépistage... mais sur un mec. Parce que l'humour reste l'un des moyens les plus efficaces de contourner les interdits absurdes. Les activistes du mouvement Free the Nipple, même si elles ne se contentent pas de cette arme-là, l'ont bien compris. A travers le dossier retraçant leur parcours et pointant leurs arguments qui font sens, on les remercie pour leur engagement. En gonflant la poitrine. DELPHINE KINDERMANS RÉDACTRICE EN CHEFCOMMENT EXPLIQUER QUE L'ON PUISSE TANT DÉVOILER MAIS QU'UNE PHOTO DE TÉTON SOIT CENSURÉE ?