Dans une société qui s'amuse désormais à fusionner les contraires, il est prévisible qu'une tendance comportementale génère forcément, un jour ou l'autre, son antithèse, sans avoir pour autant la prétention de l'annihiler complètement. Ainsi, il y a trois mois à peine, nous vous parlions de ce concept novateur de voitures pliables et emboîtables comme des Caddie de supermarché ( lire Weekend Le Vif/L'Express du 20 janvier dernier). Censées résoudre partiellement les problématiques du parking et des embouteillages en ville, ces autos d'un genre nouveau se distinguent surtout par leur côté " empruntable à souhait ". En clair, elles appartiennent à tout le monde et à personne, mais réduisent finalement la notion de véhicule à ce ...

Dans une société qui s'amuse désormais à fusionner les contraires, il est prévisible qu'une tendance comportementale génère forcément, un jour ou l'autre, son antithèse, sans avoir pour autant la prétention de l'annihiler complètement. Ainsi, il y a trois mois à peine, nous vous parlions de ce concept novateur de voitures pliables et emboîtables comme des Caddie de supermarché ( lire Weekend Le Vif/L'Express du 20 janvier dernier). Censées résoudre partiellement les problématiques du parking et des embouteillages en ville, ces autos d'un genre nouveau se distinguent surtout par leur côté " empruntable à souhait ". En clair, elles appartiennent à tout le monde et à personne, mais réduisent finalement la notion de véhicule à ce qu'elle devrait être : un simple outil de déplacement mis à la disposition de tous les citoyens. Dépité par cette atomisation de la voiture en tant qu'objet-culte forcément unique et personnel, un bureau d'architecture allemand a pris le contre-pied de l'idée collectiviste afin de sublimer l'automobile dans son aspect hautement exclusif. C'est l'antithèse de la voiture aussi discrète qu'une charrette de grande surface : ici, la voiture est reine et fait désormais partie intégrante du logement. Audacieux, le concept décrit sur www.carloft.de présente, en effet, une nouvelle génération d'appartements de luxe sur sept étages capables d'accueillir chacun une voiture... sur la terrasse ! Performant et sécurisé, l'ascenseur du bâtiment est conçu pour élever le véhicule jusqu'au domicile du propriétaire dans un espace pompeusement baptisé " carlogia ". L'avantage ? Il est décrit en quelques lignes alléchantes sur le site de ces architectes allemands : " Vous en avez assez de chercher une place de parking lorsque vous rentrez chez vous ? Vous craignez que votre véhicule soit volé, visité ou détruit par des vandales ? Vous ne vous sentez pas en sécurité dans les parkings souterrains ? Tout cela, c'est du passé ! Car, aujourd'hui, vous pouvez vivre dans un loft avec votre voiture ! " Pas mal. Bon, que les choses soient claires : votre berline n'est pas au c£ur de votre salon ; c'est plutôt votre salon qui dispose d'une vue imprenable sur votre berline déposée, comme par magie, sur une terrasse spacieuse, à plusieurs mètres du sol. L'objet à quatre roues est ainsi isolé, protégé, admiré, chouchouté, sacralisé. Et puis, c'est pratique pour décharger les courses et éviter surtout les conversations insignifiantes avec les voisins dans les ascenseurs. Erigés prochainement dans le quartier chic du Kreuzberg, à Berlin, les tout premiers " carlofts " seront logiquement opérationnels au début de l'année 2007. Prix de départ : 450 600 euros pour un appartement de 224 m2 (terrasse comprise). Objectif des concepteurs : développer ce projet singulier dans d'autres villes européennes. A priori anecdotique, cette envie d'intégrer l'automobile au sein de son cocon - pardon, de son bunker - reflète en réalité la probable évolution de notre société occidentale. D'un côté, les (très) riches qui peuvent s'offrir toutes les excentricités pour assouvir leurs fantasmes égocentriques ; de l'autre, une majorité de personnes (non pas des pauvres, mais une classe moyenne aux revenus satisfaisants) qui vit dans l'illusion du luxe à coups de produits dits de " masstige " (traduisez des produits de prestige pour la masse) comme les téléphones portables et, jadis, les créations de Karl Lagerfeld pour H&M ( lire Weekend Le Vif/L'Express du 1er octobre 2004). Ou encore des voitures emboîtables comme des Caddie de supermarché. Cela ne vole pas haut, mais c'est déjà ça. Retrouvez Frédéric Brébant chaque lundi matin, vers 9 h 45, dans l'émission " Bonjour quand même ", de Jean-Pierre Hautier, sur La Première (RTBF radio).Frédéric Brébant