(1) " Madame Figaro ", édition du 29 août dernier.
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(1) " Madame Figaro ", édition du 29 août dernier. Ils ont la goutte de lait encore collée au menton. Et pourtant les spécialistes sont formels : à 6 mois déjà, les bébés savent reconnaître un logo. Pas étonnant dès lors qu'à 3 ans, ils identifient clairement le nom des marques, pour mieux intégrer, dès 10 ans, les valeurs véhiculées par celles-ci. Mieux, dès 4 ans, nos minettes délaissent poupées et jeux de marchande pour les maquillages des nouvelles stars de la chanson. En chaque fillette désormais la femme ne sommeille plus, elle est déjà réveillée... Pas de doute possible, nos petits ont pris un sacré coup de vieux. Certes, depuis la nuit des temps les enfants imitent les grands. Normal. Mais aujourd'hui les voilà courtisés au même titre que leurs parents, portés aux nues, propulsés dans les méandres du fashion marketing. Fini le monde protégé et sacré de l'enfance, voici venu le temps du " kidding " le règne absolu de l'enfant et de son univers. Ainsi outre-Quiévrain, deux nouveaux magazines haut de gamme, " Milk " et " Extra Small ", consacrés à la mode enfantine et destinés à une génération d'urbains de 25-45 ans nostalgiques de leur enfance, cartonnent. Mode, beauté, design, loisirs, c'est le branle-bas de combat. Avec pour redoutable vecteur la pub. On affiche partout nos chérubins, on les porte même en bandoulière, comme un véritable accessoire de mode, histoire de faire craquer aussi les mamans. Difficile donc de tenir tête à nos bimbos en herbe, les " tweens " ou les " adonaissants " (9-14 ans) font la loi. Une lame de fond qui puise ses racines, aussi, dans l'évolution de la société. Car si l'âge de raison chez nos angelots baisse, c'est que tout le monde, y compris les parents, les pousse à grandir plus vite, dénoncent les sociologues. Qui ne manquent pas de pointer la régression des grands. Les pères se baladent en trottinette, Jean Paul Gaultier crée une barboteuse pour une baby doll de 25 ans qui ne veut pas vieillir, bref rayon tranches d'âge, c'est un vrai méli-mélo, un flou de plus en plus artistique. On parle même désormais d'enfant chef de famille. " Hier, on fondait une famille pour accueillir l'enfant, aujourd'hui, c'est l'enfant qui fonde la famille ", souligne le pédopsychiatre français Daniel Marcelli (1). Comment protéger dès lors nos bambins quand on retombe soi-même en enfance et que l'on cède volontiers à la nostalgie des billes, des tétines et des sucettes ? Christine Laurent