Certes, les fans de Mario, de Lara Croft, de Sonic le hérisson et d'autres supercréatures virtuelles n'ont pas encore de souci à se faire. Les millions d'accros au Scrabble et au Monopoly, indémodables best-sellers des rayons jeux de société des grands magasins, non plus. Mais il en va des loisirs comme des collections de prêt-à-porter : les saisons passent, les tendances changent, la rou(lett)e tourne. Trois ans après l'explosion du poker, le backgammon rafle ainsi la mise. Ce qui ne relève sans doute pas tout à fait du hasard, les joueurs de poker ayant souvent débuté par ce lointain cousin du trictrac, jeu de table très en vogue dans les milieux aristocratiques aux xviie et xviiie siècles.
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Certes, les fans de Mario, de Lara Croft, de Sonic le hérisson et d'autres supercréatures virtuelles n'ont pas encore de souci à se faire. Les millions d'accros au Scrabble et au Monopoly, indémodables best-sellers des rayons jeux de société des grands magasins, non plus. Mais il en va des loisirs comme des collections de prêt-à-porter : les saisons passent, les tendances changent, la rou(lett)e tourne. Trois ans après l'explosion du poker, le backgammon rafle ainsi la mise. Ce qui ne relève sans doute pas tout à fait du hasard, les joueurs de poker ayant souvent débuté par ce lointain cousin du trictrac, jeu de table très en vogue dans les milieux aristocratiques aux xviie et xviiie siècles. Né il y a quelque cinq mille ans, vraisemblablement du côté de la Mésopotamie, doté de règles simples - il faut une heure pour le comprendre, une vie pour le maîtriser, disent les aficionados - le backgammon dispose, outre de son subtil mélange de hasard et de stratégie, d'un atout maître pour séduire : l'élégance. Elégant, comme le tee-shirt édité par la maison Martin Margiela inspiré des 12 flèches du tablier (ou table) sur lequel évoluent les pions blancs et noirs. Elégants, comme les coffrets en cuir disponibles chez Hermès, Louis Vuitton (jetons en érable et ébène, plateau en cuir de vache), Hugo Boss (ébène et nacre). Elégantes comme les créations de la maison parisienne Hector Saxe, disponibles chez Serneels, à Bruxelles, ou chez Essentiel, à Anvers. Elégante, enfin, comme la petite musique des deux dés roulant sur le plateau des cinq tables de l'Aviation Club de France, sur les Champs- Elysées, où aiment se retrouver à toute heure du jour et de la nuit (surtout de la nuit) les joueurs parisiens. Les fans de James Bond se souviennent sans doute de l'âpre partie opposant, dans l'une des scènes clefs d' Octopussy, le célèbre agent 007 au très méchant prince Kamal Khan, interprété par Louis Jourdan. Nous étions alors en 1983 et l'âge d'or du backgammon - les années 1970 - vivait son crépuscule, entre deux Martini sirotés à l'ombre des palmiers de la French Riviera. " La pratique était réservée à une élite qui évoluait entre Monaco, Las Vegas et les Bahamas, reconnaît Laurence Dehaene, trésorière de la Fédération française de backgammon. Peu à peu, nous avons réussi à la démocratiser, à l'ouvrir à une clientèle plus jeune, moins jet-set. " " La mode du poker et l'avènement des sites de jeux en ligne ont beaucoup contribué à sa popularisation ", poursuit Jean-François Panin, organisateur du 5e French Open Lucien Barrière. Pari gagné ! En France, le nombre encore faible de licenciés - 200 - dit en effet mal la progression constante du jeu. Selon François Tardieu, ancien triple champion d'Europe, ils seraient plus de 20 000 à taquiner les dés chaque semaine en amateurs. Parmi eux, on reconnaît certains noms célèbres, comme Christophe Dechavanne, Zazie, Yves Rénier, Omar Sharif ou le comédien Pascal Elbé. A Hollywood, la poussée de fièvre autour du backgammon est telle que certains, à l'exemple de Nicole Kidman, ont suivi des cours privés à domicile. Autres mordus, Matt Damon, Leonardo DiCaprio et Hugh Hefner, le fondateur de Playboy, qui organise de grands tournois dans son immense villa. Madonna s'exercerait entre deux séances de musculation. Keira Knightley, entre deux tournages. Il y a deux ans, Robbie Williams a même loupé les premières minutes de son propre concert pour venir à bout d'une partie endiablée ! Pourquoi un tel engouement ? " Parce que l'on peut y prendre du plaisir très vite, sans nécessairement miser de l'argent, et parce qu'un simple coup de dés peut inverser le cours d'une partie ", explique Chiva Tafazzoli, président de l'Association mondiale de backgammon. Alors, tenté ? Si vous ne passez vos week-ends ni dans le manoir de Hugh Hefner ni dans le quartier branché de Taksim, à Istanbul, où le jeu fait fureur, le plus simple est encore de télécharger le logiciel Snowie sur Internet (www.bgsnowie.com): il vous permettra de jouer et de progresser en ligne. Si une vie est nécessaire à la maîtrise du jeu, quelques clics vous suffiront largement pour vous séduire. On parie ? Carnet d'adresses en page 60.Géraldine Catalano