1. L'enfant pas si terrible

" Don't grow up, it's a trap " (NDLR : ne grandis pas, c'est un piège) pourrait être son mantra tant il reste arrimé aux plaisirs de son enfance. Ses héros d'hier squattent son dressing, du clown qui fait peur à la princesse d'une autre galaxie en passant par les petites voitures. Lorsqu'il s'habille le matin, c'est le confort qui prime, histoire de se tenir prêt à shooter dans le ballon qu'il pourrait croiser au détour d'un parc en allant au boulot. Son cerf-volant griffé, il le verrait bien s'envoler dans la plaine de jeux pour kidultes rêvée par Virgil Abloh pour Louis Vuitton : un lieu où il ferait bon se poser, près du château gonflable.
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" Don't grow up, it's a trap " (NDLR : ne grandis pas, c'est un piège) pourrait être son mantra tant il reste arrimé aux plaisirs de son enfance. Ses héros d'hier squattent son dressing, du clown qui fait peur à la princesse d'une autre galaxie en passant par les petites voitures. Lorsqu'il s'habille le matin, c'est le confort qui prime, histoire de se tenir prêt à shooter dans le ballon qu'il pourrait croiser au détour d'un parc en allant au boulot. Son cerf-volant griffé, il le verrait bien s'envoler dans la plaine de jeux pour kidultes rêvée par Virgil Abloh pour Louis Vuitton : un lieu où il ferait bon se poser, près du château gonflable.Il ne jure que par : Louis Vuitton, Etro et L'Homme Plissé d'Issey Miyake. Il aime aussi : Dolce & Gabbana, MSGM et Walter Van Beirendonck. Pour sa première collection masculine chez Lanvin, Bruno Sialelli a donné un coup de jeune à la plus ancienne maison de couture française en convoquant Babar, héros de la littérature pour (très petits) enfants. Ces imprimés poétiques repris sur tout l'attirail du parfait plagiste ont dû réveiller chez certains des souvenirs de concours de châteaux de sable. Des pièces entièrement dédiées au farniente, pensées pour les vacances et la plage. Avec ses lunettes XXL qu'il assume sans état d'âme, il a l'air aussi intelligent qu'élégant. Son style oscille entre celui du yuppie coincé dans les nineties - quand il quitte sa chemise Oxford pastel surdimensionnée, c'est pour arborer un polo de rugby à rayures - et celui de l'insatiable explorateur jamais à court de poches dans sa veste safari pour y fourrer ses dernières découvertes. Il aime les pantalons amples taille haute typiques des années 30, les chemises sans manches et les Sebago. S'il enfile un costume, c'est pour se la jouer prof de lettres rétro. Où qu'il soit et quoi qu'il fasse - tondre sa pelouse ou sortir en boîte -, il reste looké de la tête aux pieds. Il ne jure que par : Gucci, Hermès et Fendi. Il aime aussi : Noah et Aimé Leon Dore. Planté au milieu du champ d'oeillets, décor du défilé Off-White, Point Man, l'une des figures fétiches en forme d'extra-terrestre du street artist Futura, alias Lenny McGurr, n'était pas là que pour les selfies. On le retrouve aussi, comme d'autres oeuvres du plasticien new-yorkais, ami de Basquiat et de Keith Haring, sur des pièces de la collection. L'homme n'en est pas à sa première collab' mode, lui qui possède son propre label au Japon baptisé Futura Laboratories. Ce dernier vient de s'associer à nouveau avec Uniqlo pour une série de tee-shirts et de hoodies. De son adolescence passée à barrer les Optimist, il a gardé le goût des embruns et la dégaine sportive chic du cador de marina. Skate aux pieds sous ses sandales Suicoke, Lanvin ou Hermès, il dévale la place de la Chapelle avec la même assurance qu'il n'emballe la vague au soleil couchant. Au matelot, il emprunte son béret, sa besace, son caban et son tee-shirt rayé pour sa grande traversée urbaine. Le bleu dans tous ses états sera sa couleur, le blanc son révélateur. Il ne jure que par : Ann Demeulemeester, Kenzo, Loewe ou Prada. Il aime aussi : Giorgio Armani, Jacquemus, MSGM et Sunnei. En juin dernier, Sander Lak de la griffe américaine Sies Marjan a présenté sa première collection dédiée aux hommes à l'Opéra Bastille avec vue sur Paris. Un manifeste en soi : depuis 2016, le styliste néerlandais défilait à New York. D'abord féminin, le label s'est ouvert à l'homme depuis 2018, avec succès : ses chemises en satin et ses manteaux chromatiques (ils changent de couleur avec le flash d'un iPhone) ont atteint un statut de must-have. Cet été, Lak joue la carte de l'érotisme, le torse surtout polarise son attention. " Comment montrer le corps masculin sans être pornographique ou étiqueté gay ou hétéro, a-t-il déclaré en coulisses. Etre habillé et pourtant paraître nu, c'était l'idée. " Depuis que le cuir s'est emparé de toutes les pièces du vestiaire masculin, il en a fait la signature de son look, avec juste ce qu'il faut de bravoure pour affirmer son esprit rock. Version motard ou perfecto, il impose son blouson jusque sur son costume, sneakers ou richelieus aux pieds. Plus que tout, il aime déconstruire les genres, enfiler sa chemise peau sur peau sur un pantalon large en tweed. Son cuir à lui n'est plus celui d'un voyou, même lorsqu'en ex-fan de sixties assumé, il joue la carte rétro. Il ne jure que par : Balmain, Berluti ou Versace. Il aime aussi Dunhill, Celine ou AMI. Après une présentation guérilla remarquée, en janvier 2019, d'une collection hommage à l'icône punk Siouxsie Sioux, le label culte japonais Kidill du créateur Hiroaki Sueyasu a fait ses débuts officiels à Paris en juin dernier. Intitulée Double Dare, la collection s'inspire du groupe new wave britannique Bauhaus, en particulier de son titre phare Bela Lugosi's Dead. Certaines pièces affichent des photos du chanteur Peter Murphy prises entre 1978 et 1983 par la légendaire photographe Sheila Rock. Autres références au punk : imprimés zèbre et léopard, clous, crinière en pointe, épingles de sûreté et beaucoup de violet, jaune et vert fluo.