Ne leur demandez surtout pas quel est leur style, leur marque de fabrique, leur gimmick gagnant. Edward Barber et Jay Osgerby n'en ont pas. Et ils en sont très fiers. Il n'y a pas de place, dans leur travail, pour les détails superflus. Adeptes convaincus du courant lancé par le célèbre architecte américain Luis Sullivan (1856-1924) " Form ever follows function " (NDLR : la forme découle toujours de la fonction), ils en démontrent l'incroyable modernité dans chacun de leurs projets. " Nos objets ont toujours un usage, ils doivent d'abord et avant tout être pratiques ", insiste Jay Osgerby, confortablement installé dans le sofa modulable Panoramic que le duo a conçu pour le label Established & Sons. Un canapé tout simple en apparence. Mais beau à regarder de tous les côtés et moelleux juste ce qu'il faut grâce à un savant mélange de mousse et de duvet d'oie. " Ce que j'aime par-dessus tout, c'est résoudre des problèmes, poursuit Jay Osgerby. Cela me procure bien plus de satisfaction que de " créer un bel objet ". " Ces camarades de promotion, tous deux diplômés en architecture du Royal College of Art, à Londres, - c'est là qu'ils se sont c...

Ne leur demandez surtout pas quel est leur style, leur marque de fabrique, leur gimmick gagnant. Edward Barber et Jay Osgerby n'en ont pas. Et ils en sont très fiers. Il n'y a pas de place, dans leur travail, pour les détails superflus. Adeptes convaincus du courant lancé par le célèbre architecte américain Luis Sullivan (1856-1924) " Form ever follows function " (NDLR : la forme découle toujours de la fonction), ils en démontrent l'incroyable modernité dans chacun de leurs projets. " Nos objets ont toujours un usage, ils doivent d'abord et avant tout être pratiques ", insiste Jay Osgerby, confortablement installé dans le sofa modulable Panoramic que le duo a conçu pour le label Established & Sons. Un canapé tout simple en apparence. Mais beau à regarder de tous les côtés et moelleux juste ce qu'il faut grâce à un savant mélange de mousse et de duvet d'oie. " Ce que j'aime par-dessus tout, c'est résoudre des problèmes, poursuit Jay Osgerby. Cela me procure bien plus de satisfaction que de " créer un bel objet ". " Ces camarades de promotion, tous deux diplômés en architecture du Royal College of Art, à Londres, - c'est là qu'ils se sont connus et ont décidé de créer leur propre studio en 1996, juste après leurs études - partagent le même amour des matières sources d'inspiration de leurs créations. Comme Charles et Ray Eames ou Jasper Morrison, ils aiment dompter le Plywood - ce contreplaqué mis en forme à chaud - pour en faire des tables et des chaises indestructibles et pourtant ultralégères. Passionnés de nouvelles technologies, ils ne boudent pas pour autant les savoir-faire d'autrefois et jubilent à l'idée de découvrir le secret des verriers de Murano lorsqu'ils donnent naissance à Nova, un lustre en verre soufflé rempli de 750 cristaux Swarovski. Un goût du " fait main " qui remonte à l'enfance et les pousse à suivre de près leurs projets au fil de toutes les étapes de la création. " Dès notre première rencontre, j'ai été impressionné par l'attention qu'ils portaient aux détails et aux matériaux ", se souvient Giulio Cappellini. Toujours à l'affût de nouveaux talents, le directeur artistique de la célèbre marque italienne Cappellini fut l'un des premiers à remarquer leur travail. " Il a flashé pour notre tout premier projet, rappelle Jay Osgerby. Une table basse qu'on avait imaginée pour un bar de Kensington. " Loop qui n'était alors qu'un prototype fait désormais partie du prestigieux catalogue de Cappellini avec lequel les deux complices ont développé depuis une dizaine de projets. Dernier en date : l'étonnante table Bottle en marbre de Carrare dont le pied, en forme de bouteille, s'encastre littéralement dans le plateau. " Les produits qu'ils proposent sont intemporels, ajoute Giulio Cappellini. Ils sont toujours curieux de nouveaux matériaux et de nouvelles technologies. Et ils apportent une élégance formelle au monde du design, ce qui fait d'eux l'un des duos de créateurs les plus intéressants du moment. "Forts de ce prestigieux parrainage, les deux comparses ont très vite tissé de solides relations professionnelles avec de grands noms du secteur, comme Authentics, Flos, Isikon ou Magis. " Lorsque nous décidons de collaborer avec une marque, ce n'est pas tellement ce qu'elle a pu faire par le passé qui nous intéresse, précise Jay Osgerby. Un projet, c'est d'abord une relation entre des individus. Nous avons besoin de rencontrer les gens avec lesquels nous allons travailler. Il faut qu'ils aient comme nous l'énergie et l'ambition de mener nos projets à bien. " Des qualités manifestées aussi par les dirigeants d'Established & Sons, le jeune label britannique. " Lorsqu'ils sont venus nous trouver, nous avons un peu hésité au départ, reconnaît Jay Osgerby. Mais, finalement, nous avons foncé. Ils ont tellement travaillé pour réaliser nos meubles ! C'était fantastique. Et très vite, nous avons pris conscience que cette aventure allait être un énorme succès. "Choisis pour remeubler le célèbre pavillon De La Warr à Bexhill-on-Sea dans le Sussex, Jay Osgerby et Edward Barber délèguent à Established & Sons la manufacture de leur chaise en fonte d'aluminium, éditée en rouge en exclusivité pour ce bâtiment moderniste. " Cela nous a semblé tout naturel de choisir Ed et Jay lorsque nous avons sélectionné notre premier groupe de designers, déclare Mark Holmes directeur artistique d'Established & Sons. Tous ici, nous avions suivi l'évolution de leur travail depuis le lancement en 1997 de la Loop Table. Un produit parfaitement dans l'air du temps qui est devenu un classique. "Loin de se confiner au design de luxe réservé uniquement à quelques privilégiés, le duo planche aussi régulièrement sur des projets de mass market. Comme ces cintres spécialement réalisés pour le lancement, dans plus de 9 000 magasins dans le monde, de la ligne Engineerd Jeans de Levi's. " Travailler sur des éditions collector, c'est amusant, cela permet d'explorer des modes de production plus complexes. Mais nous n'avons aucune envie de créer des choses que seules deux personnes sur Terre peuvent se payer ", ironise Jay Osgerby. Sous le label d'Universal Design Studio qu'ils fondent en 2001, les deux jeunes architectes se sont aussi plongés dans des projets d'architecture d'intérieur, signant entre autres les boutiques de Stella McCartney à Londres et à New York pour lesquelles ils ont élaboré des carrelages tridimentionnels en céramique, véritable signature graphique de la styliste britannique. On leur doit aussi l'extravagant Pharmacy, le bar aux allures d'officine de l'artiste Damien Hirst. Le secret de cette réussite tranquille ? " Nous sommes avant tout des amis, insiste Jay Osgerby. J'aurais du mal à travailler seul. Nous sommes complémentaires, même physiquement ! Il est grand, je suis petit. Cela donne des perspectives différentes. " Au sens propre comme au sens figuré. Isabelle Willot