Oki Sato l'appelle le moment " ! ", ou le moment " ha-ha ". Soit l'instant précis qui ressurgit " de l'expérience passée, d'un souvenir, d'une émotion " et qui fait qu'un objet usuel se teinte de poésie et réenchante le quotidien. Sa démarche atypique, à contre-courant d'une époque mondialisée se nourrissant de démultiplication à grande échelle et de reproduction à l'identique, vaut paradoxalement à ce designer de figurer aujourd'hui parmi les incontournables de la discipline. Que...

Oki Sato l'appelle le moment " ! ", ou le moment " ha-ha ". Soit l'instant précis qui ressurgit " de l'expérience passée, d'un souvenir, d'une émotion " et qui fait qu'un objet usuel se teinte de poésie et réenchante le quotidien. Sa démarche atypique, à contre-courant d'une époque mondialisée se nourrissant de démultiplication à grande échelle et de reproduction à l'identique, vaut paradoxalement à ce designer de figurer aujourd'hui parmi les incontournables de la discipline. Que l'on s'entende, celui qui chapeaute le studio Nendo n'a rien d'un je-m'en-foutiste qui laisserait faire le hasard, Marie Pok, directrice du CID où se tient actuellement sa première rétrospective européenne, le confirmerait. Perfectionniste à l'extrême, ce Japonais né au Canada a même tenu, dans la scénographie millimétrée de Nendo : Invisibles Outlines, à maîtriser jusqu'à la lumière naturelle venant lécher certaines de ses oeuvres exposées sur le site du Grand-Hornu jusqu'au 1er octobre prochain. Dans son processus inventif, c'est plus un émoi qu'il cherche à provoquer, un accroc dans le cours régulier des choses dont il ne se départit néanmoins pas totalement. Une philosophie que l'on pourrait mettre en parallèle avec cette tendance qui veut que les nouvelles filles plébiscitées dans les défilés ou comme muses des créateurs de mode aient plutôt " une gueule " qu'une beauté lisse et interchangeable. Dénigrées il y a quelques années à peine, dents du bonheur, oreilles légèrement décollées, rousseur flamboyante deviennent du coup des atouts. Quand ce ne sont pas tout simplement des nodels (pour not a model), DJettes, instagrammeuses, photographes ou actrices, qui remplacent les mannequins sur les podiums, à l'instar d'une Petra Collins pour Gucci ou d'une Clara Deshayes chez Vetements. Autant de pas de côté salvateurs à l'heure du numérique, où nos choix sont, plus souvent encore qu'on ne le croit, dictés par des évaluations et des classements de ce que nous avons " liké " précédemment - il en va ainsi des recommandations de destinations de voyage comme des lectures que nous suggère Amazon en fonction de nos achats précédents. Au point d'en arriver à des goûts uniformisés, car soumis au filtre d'algorithmes détruisant notre singularité et façonnant nos affects. Heureusement, il existe des échappées belles. DELPHINE KINDERMANSUn accroc dans le cours régulier des choses dont il ne se départit néanmoins pas totalement.