Catherine Pleeck
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Catherine PleeckLa simple évocation de leur prénom - Claudia, Eva, Naomià - suffit à les identifier. Non contente d'avoir squatté les catwalks durant les années 1990, la génération de ces supermodèles n'est vraiment pas prête à prendre sa retraite. Quand elles ne défilent pas lors d'une prestation unique et exceptionnelle, elles sont choisies comme égéries par les grandes marques de prêt-à-porter ou de beauté. Si le phénomène se remarque déjà depuis quelques saisons, il est loin de perdre de la vitesse. Que du contraire. En témoignent de récents exemples : Christy Turlington vient d'être choisie par Yves Saint Laurent pour sa campagne automne-hiver 09-10, alors qu'elle officiait déjà pour Escada et Bally. La belle Américaine reprend ainsi le flambeau tenu tour à tour par Naomi Campbell et Claudia Schiffer. Par ailleurs, cet été, Stephanie Seymour prête son visage à Valentino et Louis Vuitton, tandis que Claudia Schiffer vantera, dès l'automne prochain, les effluves du premier parfum Alberta Ferretti. Toujours question de parfum et de Claudia, mais pour une autre marque italienne cette fois : l'Allemande sera notamment accompagnée de Naomi Campbell et Eva Herzigova, pour assurer le succès de la nouvelle ligne de parfums D&G, baptisée Anthology, prévue à la rentrée (elles sont accompagnées de trois mannequins hommes). Stefano Gabbana et Domenico Dolce justifient ce choix par la renommée internationale des célébrités. A en croire le duo italien, leur statut de supermodèle ne s'explique pas seulement par leur physique, mais aussi par leur personnalité forte et unique. Ces icônes sont de véritables businesswomen. Elles possèdent tout ce que les designers ont toujours aimé chez la femme : une beauté naturelle et une confiance en soi, tout en étant capable de jouer avec son image et son corps, sans se prendre trop au sérieux. En ces temps de crise financière, où le consommateur se montre forcément plus frileux, ces stars des années 1990 incarnent des valeurs sûres. Rien de tel, dans une campagne de pub, que de miser sur Naomi, Linda ou Claudia pour booster la notoriété d'un produit. A ce sujet, TheGuardian précise qu'une règle tacite s'impose dans le monde de la mode : en période de vaches maigres, la meilleure manière de persuader ses clients à dépenser de l'argent consiste à faire appel à un visage reconnaissable (*). Pour preuve, le chiffre d'affaires de L'Oréal a augmenté de 20 % depuis que le groupe a choisi Linda Evangelista comme égérie pour assurer la visibilité de ses cosmétiques. Alors que sur les catwalks, les maisons de prêt-à-porter privilégient les tops toujours plus jeunes, le succès de ces supermodèles - aujourd'hui pratiquement toutes quadras - interpelle. Les mauvaises langues critiquent ce recours à la facilité. D'autres y voient un positionnement stratégique savamment réfléchi, voire même un changement des mentalités. " A travers ce phénomène, on peut percevoir une évolution dans la conception des créateurs : leur représentation de la femme n'est plus unique ", note Kohle Yohannan, commissaire indépendant qui a étroitement collaboré à l'exposition The Model as Muse, en cours au Metropolitan Museum of Art de New York. " En fait, ces supermodèles sont à un âge où elles ont acquis toute la crédibilité nécessaire pour plaire aux clientes des grandes griffes de prêt-à-porter. Elles sont enfin en phase avec le produit qu'elles défendent. Non seulement cela enrichit la relation que les marques entretiennent avec les " 40 ans et plus ", mais cela renforce aussi l'idée que les femmes peuvent être célébrées à chaque stade de leur vie. " Une réflexion qui devrait ravir Linda Evangelista (et ses copines), elle qui a un jour déclaré ne jamais vouloir abandonner la partie, étant même prête à défiler sur les podiums parisiens, la canne à la mainà Catherine Pleeck l (*) The Guardian, " The supermodels are back to battle the credit crunch ", 27 août 2008.