Une consonne et trois voyelles : Umeå (à prononcer Umeo) est l'étrange inconnue d'un tourisme confidentiel. Son rôle de capitale européenne de la culture 2014, aux côtés de Riga, l'a mise en lumière furtivement sous son manteau de neige. Mais c'est l'été qu'il faut partir à sa découverte sans plan précis, les sens aux aguets. Ni grande, ni spectaculaire, elle a la fraîcheur d'une ville occupée à naître au fil de l'eau dans un écrin de verdure bienfaisant. Son survol, dans l'avion qui y mène en une heure de Stockholm, rappelle au besoin qu'Umeå se situe aux portes de la Laponie, terre de forêts denses et d'espaces riches en traditions.
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Une consonne et trois voyelles : Umeå (à prononcer Umeo) est l'étrange inconnue d'un tourisme confidentiel. Son rôle de capitale européenne de la culture 2014, aux côtés de Riga, l'a mise en lumière furtivement sous son manteau de neige. Mais c'est l'été qu'il faut partir à sa découverte sans plan précis, les sens aux aguets. Ni grande, ni spectaculaire, elle a la fraîcheur d'une ville occupée à naître au fil de l'eau dans un écrin de verdure bienfaisant. Son survol, dans l'avion qui y mène en une heure de Stockholm, rappelle au besoin qu'Umeå se situe aux portes de la Laponie, terre de forêts denses et d'espaces riches en traditions. A part quelques maisons en bois couleur sorbet, il ne reste rien de la vieille cité détruite dans un incendie en 1888. Quelques rues aux constructions basses longent le fleuve Ume älv, véritable artère de la ville. Les bouleaux, plantés pour lutter contre le feu et devenus des symboles, trônent un peu partout. Dès l'arrivée des beaux jours, la jeunesse locale investit la terrasse installée sur le pont du Sjöbris, une péniche amarrée près du nouveau centre culturel Väven, à l'architecture inspirée de bouleau. Son responsable l'a imaginé en tablant sur le point fort du décor : le fleuve, magique au soleil couchant. Pour 450 couronnes (environ 50 euros), il propose d'embarquer à bord d'un bateau-mouche, le temps d'une croisière dînatoire de trois heures pendant laquelle il régale ses hôtes de crevettes issues des eaux froides du Nord. La balade permet d'approcher la vie estivale dans ce coin d'Europe privé de lumière durant les longs mois d'hiver. Sur les rives, les pêcheurs taquinent les poissons, les enfants s'éclaboussent, les amoureux vont au sauna, tandis que les jeunes, les pieds dans l'eau, vident joyeusement quelques bouteilles achetées au magasin d'État. Le nouvel Arts Campus, conçu par les Danois Henning Larsen Architects, dresse sa façade futuriste en mélèze sibérien et en verre à un jet de pierre du centre, face au fleuve. Une construction moderne qui pointe une évidence : Umeå est une ville jeune dont, grâce à la présence de son université, la moitié de la population a moins de 35 ans. Carrefour d'idées, l'institution académique voit défiler des étudiants du monde entier, notamment pour son école de design, réputée bien au-delà des frontières suédoises. Dans une volonté de fusion des genres, un musée des arts visuels (Bildmuseet) - gratuit - a pris place sur le site il y a deux ans. Il est l'un des principaux lieux de la programmation d'Umeå 2014 qui prévoit, tout au long de cette année, seize expositions d'envergure internationale, notamment consacrées à la surréaliste franco-italienne Leonor Fini ou à l'artiste sami Katarina Pirak Sikku fustigeant les études raciales dont son peuple fit l'objet dans la Suède du début du XXe siècle. L'immeuble de sept étages, aux immenses baies vitrées s'ouvrant sur le fleuve, offre une autre perspective sur la ville et sur l'art, comme en lévitation dans cet espace aéré posé en pleine nature. Partout dans cette frétillante cité éloignée du reste du monde, la philosophie est la même : bâtir des ponts, que ce soit entre les disciplines ou entre les peuples. Ainsi, lors de l'inauguration officielle de l'année de la culture début février dernier, l'opéra du Norrland (No !) a surpris les visiteurs avec une performance de très haut niveau mêlant danseurs chinois et chanteur sami vibrant au même diapason. En guise de réplique, les frères Åhden ouvraient au même moment un musée de la guitare sur 2 500 m2 accueillant plus de 500 pièces de collection destinées à régaler les musiciens. Et cet automne, le nouveau centre culturel Väven accueillera un Musée de la femme, le premier en Suède, pays pionnier en matière de droits féminins. Pour apprécier encore plus Umeå, il faut s'en écarter un peu, s'enfoncer dans la nature qui fait le charme des destinations nordiques. Suggestion : prendre le bus menant au parc de sculptures Umedalen, logé dans les pelouses d'un ancien hôpital psychiatrique, et ricocher d'une oeuvre à l'autre au creux d'une vallée ou à l'ombre d'un sous-bois. Voire se coucher sur l'herbe et observer les choses sous un nouveau jour. Cet étonnant musée en plein air, ordonné par la galerie voisine Andersson/Sandström, compte des créations d'artistes suédois et étrangers de renom. Cachés derrière les jardins du magnifique spa IKSU, les yeux en granit noir de Louise Bourgeois interrogent le passant préalablement dérouté par l'homme de bronze couleur chair, terriblement réaliste, de l'artiste britannique Sean Henry à l'entrée du domaine. Le musée Västerbotten, sur les hauteurs boisées de la ville, emmène ses hôtes aux racines de cette région à cheval entre la Suède et la Finlande. On peut notamment y voir le plus vieux ski du monde (plus de 5 000 ans !) qui témoigne de la vie rude à laquelle étaient soumis autrefois les peuples des contrées du Grand Nord. Les skis ou raquettes furent longtemps le seul moyen de continuer à organiser le commerce de denrées alimentaires, fourrures et autres biens indispensables aux familles à la saison froide. Un espace, où l'on peut se régaler d'un panier de pique-nique acheté à la cafétéria du musée, illustre l'habitat traditionnel des siècles passés. En particulier les campements nomades des éleveurs de rennes faits de bois, de terre et d'herbe. C'est ici que les Samis, inspirateurs de la programmation de cette année européenne de la culture et derniers autochtones de notre continent, trouvent leur terrain d'expression. Alors que le développement moderne et la déforestation menacent leur identité, la transmission de la culture est pour eux une priorité absolue. PAR MURIEL FRANÇOISE