Étrange femme que Marina Hands. Fascinante, toute en clairs-obscurs, elle oscille entre pudeur et volupté, timidité et abandon total. On l'a vue courir nue sous la pluie, faire l'amour dans la boue avec un garde-chasse dans Lady Chatterleyà Pas mal pour quelqu'un qui avoue " je déteste m'exposer ". En 2007, quand Pedro Almodvar lui remet le césar de la meilleure actrice, on ne sait qui est le plus troublé des deux : le réalisateur, charmé par sa beauté, ou Marina, rougissante devant son cinéaste culte. Enfant de la balle - elle est la fille de la comédienne Ludmila Mikaël et du metteur en scène britannique Terry Hands elle révèle son talent sur les planches dans la Phèdre de Patrick Chéreau, en 2003. Aujourd'hui, l'ex-pensionnaire de la Comédie-Française - dont le portrait trône toujours à l'entrée du théâtre - jure ne vouloir interpréter que des personnages " cruellement humains ". Promesse tenue.
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Étrange femme que Marina Hands. Fascinante, toute en clairs-obscurs, elle oscille entre pudeur et volupté, timidité et abandon total. On l'a vue courir nue sous la pluie, faire l'amour dans la boue avec un garde-chasse dans Lady Chatterleyà Pas mal pour quelqu'un qui avoue " je déteste m'exposer ". En 2007, quand Pedro Almodvar lui remet le césar de la meilleure actrice, on ne sait qui est le plus troublé des deux : le réalisateur, charmé par sa beauté, ou Marina, rougissante devant son cinéaste culte. Enfant de la balle - elle est la fille de la comédienne Ludmila Mikaël et du metteur en scène britannique Terry Hands elle révèle son talent sur les planches dans la Phèdre de Patrick Chéreau, en 2003. Aujourd'hui, l'ex-pensionnaire de la Comédie-Française - dont le portrait trône toujours à l'entrée du théâtre - jure ne vouloir interpréter que des personnages " cruellement humains ". Promesse tenue. Mon idole. Elle a toutes les qualités que j'aimerais posséder: la fraîcheur, la rigueur, la passion. Devant une caméra, elle se sent toujours comme si c'était la première fois. Ce n'est pas du tout une star enfermée dans sa tour d'ivoire. Pendant le tournage, elle a pris soin de moi : elle me couvrait de son châle, alors que je ne m'étais pas rendu compte que j'avais froid. Elle a tout de suite compris ma peur de m'exposer et m'a lancé : " Un jour,François Truffaut m'a dit que je ne craignais pas tant d'être regardée que d'être devinée. " Tout était dit. Je me demande même si je n'ai pas été conçue dans la maison de Molière ! Malheureusement, je n'ai aucun souvenir de mes parents ensemble. Ils se sont séparés quand j'étais très petite. J'ai grandi dans le sérail, entre Paris et Londres : ma mère était pensionnaire du Français et mon père dirigeait la Royal Shakespeare Company. Quand j'allais le voir, il m'emmenait tous les jours au théâtre. Je me souviens d'heures passées à suivre les répétitions, à me promener au milieu des décors. Je devais avoir 8 ans quand j'ai vu Ben Kingsley dans Othello. J'étais impressionnée. Après le spectacle, je me suis retrouvée dans sa loge : démaquillé, sans costume, il était méconnaissable. Je ne pouvais pas croire qu'il s'agissait du même homme. Pendant des années, j'ai cru qu'en réalité les comédiens étaient des magiciens. Absolument pas ! Quand on me le demandait, je répliquais un " non ! " épidermique. Je voulais me démarquer de mes parents, surtout de ma mère. Tellement belle, radieuse sur scèneà La question était réglée : jamais je ne pourrais être à sa hauteur. Alors j'ai poursuivi mon propre rêve : devenir cavalière. J'ai commencé l'équitation toute petite. Adolescente, je prenais le train et j'allais monter mon cheval en Normandie ou en forêt. Les soirées entre copains ne m'intéressaient pas. Je n'étais heureuse que dans la nature. Mes amies m'avaient surnommée Pocahontas. J'ai enchaîné les concours, mais quand il s'est agi de devenir professionnelle, à 18 ansà j'ai échoué lamentablement ! C'est là que j'ai envisagé de devenir comédienne. J'ai réalisé que jouer, pour moi, était thérapeutique. J'étais très inhibée, verrouillée et, tout d'un coup, je me suis libérée. Quand j'ai commencé à expérimenter le jeu, à incarner des personnages forts, j'ai eu l'impression bouleversante, folle, qu'il y avait une autre personne à l'intérieur de moi et qu'elle se révélait. Je n'étais pas que la douce Marina au visage angélique et à la voix fluetteàIl m'a fallu du temps pour l'accepter. Quand Pascale Ferran m'a proposé d'incarner ce personnage, mon premier instinct a été de fuir. Les scènes d'érotisme cru de ce film me terrorisaient. Je lui ai dit que j'étais d'une pudeur moyenâgeuse et pas assez belleà Curieusement, elle en était ravie. Elle trouvait que mes inhibitions étaient essentielles pour incarner ce personnage qui lutte pour se défaire de ses carcans et qui, enfin, s'épanouit. Pascale voulait un corps de femme dans toute sa vérité, avec ses défauts. Pas un mannequin. Je me suis prouvée que j'avais de l'audace, que je pouvais franchir mes limites. Mais je ne me sens pas pour autant plus décomplexée. Elle a raison. C'est elle qui m'a appris que, sur scène, on ne peut pas tricher. Le théâtre est une arène où l'on est seul, face à un public chaleureux, mais qui peut aussi cogner. C'est pour ça que j'étudie mes personnages avec tant d'acharnement. Comme Ysé, que j'interpréterai, cet automne à Paris, dans Partage de midi, de Paul Claudel (*). J'ai voulu découvrir qui était cette femme mystérieuse que Claudel a passionnément aimée en Chine. Pendant une grande partie de ma vie, je ne m'en suis pas occupée. L'esthétique était à mes yeux un symbole de futilité. Jusqu'à 29 ans, j'ai lutté contre l'image de la femme-objet. Depuis, j'ai changé : je ne crois plus que, si je porte une robe de styliste, je vais disparaître derrière elle. Mais je reste attachée à mes jeans informes. La féminité est faite pour moi d'un mélange de grâce et d'un côté masculin assumé. J'aime jouer sur ces deux aspects. J'adorerais interpréter un rôle d'homme. (*) Au théâtre Marigny, du 11 septembre au 3 octobre prochains. www.theatremarigny.frPropos recueillis par Paola Genone