Ce n'est qu'après coup que l'on peut mesurer l'importance d'un instant, celui où l'on croise le regard de quelqu'un qui comptera dans votre vie. C'était à Toulouse, à l'université, section arts appliqués. Une Française et une Belge qui vivait dans le coin depuis quelques années se sont croisées le jour de la rentrée ; elles ignoraient alors, forcément, qu'elles feraient parler d'elles sous un vocable choisi en toute connaissance de cause, Les Inséparables, comme ces jolis oiseaux qui sont mieux à deux, Alfred Hitchcock en a fait un grand film terrifiant. Mais avec Eve Hourrègue et Magali Londot, rassurez-vous, rien de dramatique, seulement de la douceur, de l'éthique, des bébés, des plaids, des pèlerines, des écharpes moelleuses. Et ce Photomaton légèrement daté...

Ce n'est qu'après coup que l'on peut mesurer l'importance d'un instant, celui où l'on croise le regard de quelqu'un qui comptera dans votre vie. C'était à Toulouse, à l'université, section arts appliqués. Une Française et une Belge qui vivait dans le coin depuis quelques années se sont croisées le jour de la rentrée ; elles ignoraient alors, forcément, qu'elles feraient parler d'elles sous un vocable choisi en toute connaissance de cause, Les Inséparables, comme ces jolis oiseaux qui sont mieux à deux, Alfred Hitchcock en a fait un grand film terrifiant. Mais avec Eve Hourrègue et Magali Londot, rassurez-vous, rien de dramatique, seulement de la douceur, de l'éthique, des bébés, des plaids, des pèlerines, des écharpes moelleuses. Et ce Photomaton légèrement daté, où elles font les andouilles, c'était pour les besoins d'un clip, avec bonnet et mitaines maison, moustaches de comic strip et amitié en bandoulière. Dès l'an 2000 donc, elles expérimentent le binôme et ancrent leurs affinités. Trois ans plus tard, déménagement vers Bruxelles : elles ont réussi l'examen d'entrée de La Cambre, éviter de s'interroger sur ce qui se serait passé si l'une d'elles l'avait raté, " le dilemme ", sourit Magali, mais cela ne fut pas. Elles " kotent " alors dans un trois pièces en enfilade qui tient plus du Bronx que de l'appartement-atelier, découvrent le design textile, y apprennent la rigueur, l'endurance au travail, la perfection. Elles sortent diplômées en juin 2008, s'offrent le loisir de " rêvasser " et voyagent au Maroc, retour avec douze kilos de laine locale, " un achat un peu naïf ", il est temps de jouer avec les fils, tricoter des chaussettes, quelques écharpes, se faire plaisir, ne pas théoriser. C'est le début de la vague/vogue des marchés de créateurs, elles y vendent leurs accessoires en maille, sans même savoir comment calculer leur prix, elles avouent leur légèreté. Leur première vraie collection, l'hiver 08-09, l'Episode 01, elles le titrent Tant que le loup n'y est pas, cela dit bien sûr quelque chose d'elles et de leur marque, de l'ordre du mutin, du ludique, du léger. Aujourd'hui, elles en sont à l'Episode 07 et n'ont rien perdu de la grâce. Elles ont découvert l'atelier Cousy, à Zottegem, qui produit leurs créations, voilà l'un des derniers ateliers de bonneterie en Belgique, quatre générations de tricoteurs depuis 1920, le seul à accepter de travailler avec des jeunes filles idéalistes. D'avancées stylistiques en jolies trouvailles, elles se lâchent sur les motifs, qu'elles développent avec joie, à quatre mains, sur le principe du cadavre exquis, des oiseaux, des losanges, un loup, une baleine, des chats, d'autres formes géométriques. Ce qu'elles créent fait écho chez ceux qui enfantent, enchante les autres, elles baptisent leur premier baby plaid Loup en l'honneur de la petite d'Eve, plus tard, en 2014, elles en nommeront un autre La merveille, clin d'oeil à Billie, la fille de Magali. Les histoires vraies sont toujours les plus belles. L'année dernière, elles ont eu peur - " ce n'est pas dur de se lancer, mais tenir, ça oui ! ", résument-elles. Ne rien concéder et garder intacte cette volonté de composer à deux, de manière " organique " des accessoires éthiques, tricotés en Belgique, " with love ", dans des matières naturelles et haut de gamme, angora, mérinos, mohair, avec désormais une panoplie complète en laine éco - un fil recyclé et non reteint, un engagement aussi fort chez elles que celui qu'elles mettent dans la forme et le fond. Depuis, Eve est partie vivre à la campagne près de Montauban. La distance géographique ne les intimide guère, ce n'est pas si loin, le Sud, elles pensent même que cela va leur " apporter des choses ". Elles travaillent à l'Episode 08, leurs vies tiennent à plus d'un fil. PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON" Ce n'est pas dur de se lancer, mais tenir, ça oui ! "