Personne n'a oublié "Gattaca", ce délire futuriste imaginé sur grand écran il y a six ans déjà ( photo). Pour rappel, le film d'Andrew Nicoll mettait en scène une société "biocratique" où le genre humain était divisé en deux catégoriesinaltérables : les "valides", issus de manipulations génétiques parfaites et destinés aux postes clés de l'Etat, et les "non-valides" (c'est-à-dire nous!) au génotype beaucoup moins performant et limités dès lors aux fonctions subalternes ( www.gattaca.com). Si le décor froid et métallique donnait à l'intrigue un petit parfum d'intemporalité, force es...

Personne n'a oublié "Gattaca", ce délire futuriste imaginé sur grand écran il y a six ans déjà ( photo). Pour rappel, le film d'Andrew Nicoll mettait en scène une société "biocratique" où le genre humain était divisé en deux catégoriesinaltérables : les "valides", issus de manipulations génétiques parfaites et destinés aux postes clés de l'Etat, et les "non-valides" (c'est-à-dire nous!) au génotype beaucoup moins performant et limités dès lors aux fonctions subalternes ( www.gattaca.com). Si le décor froid et métallique donnait à l'intrigue un petit parfum d'intemporalité, force est de constater que nous entrons, peu à peu, dans un scénario à la sauce "Gattaca". Aujourd'hui, grâce aux progrès réalisés en matière de tests génétiques, chacun peut entrevoir son futur médical à long terme. Prédispositions au diabète, à la maladie d'Alzheimer, au cancer du sein, à certains problèmes cardiaques..., des informations très précieuses sont désormais accessibles sur chaque individu grâce à un "simple" décodage de son ADN. Et comme la science progresse rarement sans les dérives qui l'accompagnent, on peut donc s'attendre légitimement au pire. D'ailleurs, aux Etats-Unis, un emploi sur trois serait déjà accordé après un examen des informations génétiques des candidats. Autrement dit, si une telle pratique se généralise, le chef du personnel d'une entreprise pourrait donc systématiquement choisir, à l'avenir, le postulant au profil génétique (presque) parfait. Même topo pour les assureurs ! Pourquoi proposer un contrat d'assurance vie à un individu dont l'ADN est incontestablement suspect? Le problème n'est pas nouveau et a d'ores et déjà fait l'objet de quelques démêlés judiciaires. Prévisible, la crainte d'un "apartheid génétique" est d'autant plus légitime qu'il sera bientôt possible d'obtenir le pedigree d'un individu en un laps de temps très court, avec un peu de salive ou une gouttelette de sang. On imagine déjà la scène: "Vous venez pour l'annonce? Crachez dans le verre, s'il vous plaît!" Mieux, on pourra même bientôt faire des bébés génétiquement sur mesure, exactement comme dans "Gattaca" ( www.bionetonline.org)! Bref, au-delà de ces angoisses déjà palpables, c'est tout notre rapport au futur qui risque d'être franchement bouleversé. Il est en effet probable que nous nous dirigeons, tout doucement, vers une "SCM", une société génétiquement modifiée, où l'individu pourra facilement lever un coin du voile sur son propre avenir médical. Chacun risque donc d'être soumis, un jour ou l'autre, à ce dilemme délicat sous-tendu par toute l'angoisse que cela suppose: ai-je réellement envie de savoir si je suis prédisposé à telle ou telle maladie? En assumerais-je vraiment les conséquences? Ou ne vaut-il mieux pas profiter simplement du temps qui passe dans le flou artistique le plus insouciant? En d'autres termes, c'est toute la problématique du déterminisme si chère aux philosophes qui est ainsi présentée sous un jour nouveau. Connaître ou ne pas connaître les secrets de son ADN, telle est désormais la question. Frédéric Brébant [{ssquf}], Retrouvez Frédéric Brébant chaque lundi matin, vers 9 h 45, dans l'émis