La madeleine de Chantal

Comme vous le savez, cher lecteur, je n'hésite jamais à me plier en 24 pour vous être agréable et m'efforcer de prévenir vos désirs. C'est justement cette dernière instance que je souhaite honorer aujourd'hui. " Un peu d'ouverture d'esprit, que diable, faudrait qu'elle laisse les autres en placer une ". Tout cela, bien entendu, ne faisant que maladroitement traduire votre discours qui, je n'en doute pas, est nettement plus châtié et aimable.
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Comme vous le savez, cher lecteur, je n'hésite jamais à me plier en 24 pour vous être agréable et m'efforcer de prévenir vos désirs. C'est justement cette dernière instance que je souhaite honorer aujourd'hui. " Un peu d'ouverture d'esprit, que diable, faudrait qu'elle laisse les autres en placer une ". Tout cela, bien entendu, ne faisant que maladroitement traduire votre discours qui, je n'en doute pas, est nettement plus châtié et aimable. J'ai donc le plaisir de vous parler cette fois du régal d'enfance de mon amie Chantal qui, non seulement est charmante, mais en plus a un goût délicieux : m'eût-elle suggéré de chanter les louanges des tripes de poisson à la thaïe ou du vol-au-vent aux crêtes de coq, j'avoue que j'eusse " sukkelé ", si vous me pardonnez l'expression. Tandis que là, Chantal m'a déroulé le tapis rouge, ou plutôt le tapis blond et or en m'évoquant - je la cite - " les petits-beurre fourrés à la crème café... ou moka (ils ont fait les délices de mes " 10 heures " en primaire) ". Comme je vous comprends, Chantal ! Ma maman faisait, les jours de fête, un gâteau semblable avec des boudoirs d'abord trempés dans le Cointreau puis érigés en pile vertigineuse où s'intercalaient de confortables épaisseurs de crème moka. Elle l'appelait " le-gâteau-qu'on-ne-rate-jamais ", et c'est ce dessert qui est en grande partie responsable de mon invétérée gourmandise. Aïe, voilà que je reparle de moi - incorrigible, non ? Bien, j'ai une excuse, Chantal m'a prise par les sentiments... comme je l'imagine aisément, petite fille, savourant les yeux fermés son royal 10 heures, toute concentrée dans son enchantement ; sensualité gustative qu'aujourd'hui encore elle éprouve comme si c'était hier, rien qu'au souvenir de cette madeleine - " sa " madeleine. Jugez plutôt : quelle connivence gourmande que la rencontre du croquant vanillé, pas trop sucré et un fifrelin salé, du spirituel petit biscuit rectangulaire à bords festonnés avec la richesse entêtante de la crème moka qui épouse avec tendresse les parois accueillantes et dorées de son breton de fiancé ! Merci, Chantal, d'avoir été la muse inspiratrice d'une si douce évocation. Je suis sûre que grâce à vous, votre lecteur, avec qui vous avez partagé ce souvenir d'enfance, s'est lui-même replongé dans sa madeleine à lui - car tous, nous en avons une... l