économie domestiqu(é)e

Nous prenant sans doute pour de doux demeurés, nombre de magazines de cuisine nous rebattent les oreilles en nous exhortant à ne jamais faire nos courses vivrières le ventre vide, car affamés nous achèterions trop. Je vous propose ici de nous prêter, vous et moi, à l'expérience. Choisissons une heure idéale : 11 heures, quand les supermarchés ont eu le temps de regarnir les rayons et que nous commençons, de notre côté, à crever une sérieuse dalle. Comme il fallait s'y attendre, nous revenons à la maison avec un tombereau de denrées. Pour le portefeuille, c'est une catastrophe. Et puis les achats ! Non seulement il y a cent fois trop ma...

Nous prenant sans doute pour de doux demeurés, nombre de magazines de cuisine nous rebattent les oreilles en nous exhortant à ne jamais faire nos courses vivrières le ventre vide, car affamés nous achèterions trop. Je vous propose ici de nous prêter, vous et moi, à l'expérience. Choisissons une heure idéale : 11 heures, quand les supermarchés ont eu le temps de regarnir les rayons et que nous commençons, de notre côté, à crever une sérieuse dalle. Comme il fallait s'y attendre, nous revenons à la maison avec un tombereau de denrées. Pour le portefeuille, c'est une catastrophe. Et puis les achats ! Non seulement il y a cent fois trop mais c'est aussi n'importe quoi en termes de qualité, puisqu'il est bien connu que la faim est le meilleur des assaisonnements et rend irrésistible n'importe quel tri-pack x 2 de biscuits quelconques, insuffle un parfum de mangue des îles à un grand sac de 3 kg de pommes fripées et donne des airs de tournedos Rossini à une barquette de 5 kg de bidoche à barbecue. Edifiés par notre comportement irresponsable, nous jurons mais un peu tard que la prochaine fois, nous irons faire les courses le ventre lesté comme une mortadelle qui pend au crochet d'un charcutier bolognais, ce que nous faisons sans coup férir. Résultat des courses, nous ne rentrons qu'avec une boîte d'infusions digestives et un paquet de chewing-gum à la menthe. Fierté, orgueil ! Nous revenons avec le portefeuille de Crésus, évitant de surcroît l'obscène gaspi de nos exploits précédents ! Mais voilà, bientôt il est 20 heures, le steak-frites mayo de midi est depuis longtemps un agréable souvenir, notre estomac commence à renâcler grave et nous nous ruons au night-shop du coin, là où le citron à la pièce coûte la peau des fesses. Et nous dévalisons le magasin. Moralité, non seulement nous avons acheté autant de junk-food que lors de la première expérience mais nous avons dépensé dix fois plus - sans compter les tisanes et les chewing-gums dont nous étions si farauds... Et la tante Juju, demandez-vous alors avec désespoir, elle a un truc pour être raisonnable ? Ne rêvez pas, elle ne l'est pas plus que vous, il est bien connu que ce n'est pas parce qu'on connaît les écueils qu'on les évite pour autant. Tout juste puis-je vous indiquer quelques petits trucs anti-gaspi en matière de produits frais, afin de ne pas devoir à chaque pénurie vous contenter de votre dernière boîte de thon ou commander une pizza cartonneuse. Parmi les légumes et fruits qui tiennent le coup dans votre frigo, il y a la salade iceberg (entière, pas en sachet !), les choux blanc, rouge et vert, le céleri-rave, les pommes et les agrumes. Par ailleurs, de nombreux produits frais ont une date de péremption beaucoup plus lointaine qu'on ne l'imagine : fromages comme parmesan ou gruyère, £ufs, steaks sous vide ; au congélateur, préférez des produits en bloc (épinards, soupes, plats cuisinés...) plutôt que morcelés, ils gardent leur texture plus longtemps. Enfin, ne culpabilisez pas, faire des achats un peu anarchiques ce n'est pas si grave, et puis votre garde-manger sursaturé vous rend tellement plus sympathique que le frigo du pisse-vinaigre où ne végète qu'un vieux bocal de cornichons entamé et périmé.