Voilà six ans que Joevin Ortjens s'est installé avec son partenaire, l'architecte Benjamin Marzys, au dernier étage d'un immeuble des années 30, au coeur de Bruxelles. " Quand je suis arrivé, le quartier était à l'abandon et délabré, mais tout est en train de changer. L'hôtel qui se trouve à l'arrière a été rénové, la rue est désormais piétonne et il y a au moins 200 logements en plus. La bibliothèque flamande toute proche a aussi été liftée : désormais, elle brille dans la nuit. " L'antiquaire du Sablon a cherché longtemps avant de trouver cette perle rare. C'est sa grand-mère qui lui a signalé que le bien était à vendre. Elle le trouvait toutefois trop délabré. " J'ai pourtant su, dès que j'ai découvert le charme de sa façade, que c'était ici que je voulais vivre. J'ai eu le coup de foudre et j'ai acheté ", se souvient-il, précisant qu'il a opté sans hésiter pour le dernier étage, celui qui était dans le plus mauvais état mais qui offrait la possibilité de créer en toiture une grande terrasse... pas encore praticable aujourd'hui toutefois.
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Voilà six ans que Joevin Ortjens s'est installé avec son partenaire, l'architecte Benjamin Marzys, au dernier étage d'un immeuble des années 30, au coeur de Bruxelles. " Quand je suis arrivé, le quartier était à l'abandon et délabré, mais tout est en train de changer. L'hôtel qui se trouve à l'arrière a été rénové, la rue est désormais piétonne et il y a au moins 200 logements en plus. La bibliothèque flamande toute proche a aussi été liftée : désormais, elle brille dans la nuit. " L'antiquaire du Sablon a cherché longtemps avant de trouver cette perle rare. C'est sa grand-mère qui lui a signalé que le bien était à vendre. Elle le trouvait toutefois trop délabré. " J'ai pourtant su, dès que j'ai découvert le charme de sa façade, que c'était ici que je voulais vivre. J'ai eu le coup de foudre et j'ai acheté ", se souvient-il, précisant qu'il a opté sans hésiter pour le dernier étage, celui qui était dans le plus mauvais état mais qui offrait la possibilité de créer en toiture une grande terrasse... pas encore praticable aujourd'hui toutefois. Le nouveau propriétaire commencera par restaurer les éléments décoratifs d'origine, comme le parquet au motif à chevrons, les belles portes intérieures et les moulures de plafonds, afin de rendre à l'endroit un peu de sa gloire d'antan et de renouer avec le style d'origine. L'habitation est agencée à la manière d'un appartement parisien typique, avec un long couloir sur lequel donnent toutes les pièces. La superficie n'est que de 100 m² mais l'ensemble, baigné de lumière, paraît nettement plus grand. Les rayons du soleil y pénètrent partout. Pour modérer quelque peu leur afflux, les habitants ont peint les murs en gris foncé, ce qui met merveilleusement en valeur leurs multiples collections. " Il est rare que je sois ici en journée. C'est pourquoi j'aime cet espace chaleureux qui s'apparente plutôt à un logement du soir. Nous y accueillons des amis et organisons régulièrement des dîners. J'ai apporté quelques modifications d'ordre architectural. Il y avait par exemple trop de portes dans le salon. Je trouvais aussi la cuisine fort grande par rapport à la surface totale. Nous l'avons donc divisée en deux pour y aménager une salle de bains en plus. L'ancienne pièce d'eau est, elle, devenue un dressing. " Le mobilier, les objets et oeuvres d'art qui donnent à la composition son cachet ne sont pas nécessairement tous très coûteux. On y trouve un mélange de choses chinées en brocante, de pièces de famille, de créations propres et de design. Le tout est empreint d'histoire et de souvenirs. " C'est mon ami et moi-même qui avons réalisé la table de salon. Le plateau est fait en mosaïques de pâte de verre. Le motif évoque le fameux jeu vidéo Space Invaders, explique le décorateur. Quand au siège-objet Living Tower de Verner Panton, je rêvais déjà de le posséder enfant. Je l'avais vu un jour dans un magasin avec mes parents, et il m'est resté gravé dans la mémoire. C'est un modèle assez rare qui prend beaucoup de place mais est très décoratif et confortable. On peut s'y endormir ou s'y asseoir de diverses manières. Son utilisation peut être assez cocasse ! Les enfants sont fous de ce mastodonte tout confort et, lorsque nous avons des invités, il y en a toujours un qui s'y installe dans une position dominante après le repas. Ce qui n'empêche pas de poursuivre les conversations. Ce "monument" donne à notre lieu de vie une dynamique incroyable et sa couleur bleue s'harmonise avec l'arrière-plan gris foncé. " L'oeuvre d'art qui décore la salle à manger est du Parisien Julien Drapier et s'inspire du fameux tableau L'Origine du monde de Gustave Courbet. " Il y a de nombreux objets que je ne vendrai jamais parce qu'ils revêtent une valeur sentimentale. Par exemple cette colonne avec dorures qui appartenait à mes grands-parents londoniens et que j'ai reçue pour mon anniversaire. Sur celle-ci, le singe est un masque de carnaval venu de Barcelone qui me fait penser à King Kong. J'adore créer un contraste entre les époques. La lampe qui domine la table est l'oeuvre de Tom Dixon. C'est un reflet de notre époque mais elle voisine un meuble Louis XV. J'aime aussi ajouter quelques notes d'humour et m'entourer d'éléments qui m'amusent. Cet appartement est une preuve évidente qu'il ne faut pas dépenser des sommes folles pour se composer un intérieur personnel. " Joevin Ortjens estime qu'il n'est pas un grand collectionneur. En réalité, la seule collection qui lui tient à coeur est celle de petits vases bleus. " Il fut un temps où j'en avais 150. Aujourd'hui, je les vends aussi dans ma boutique. La plupart ont été fabriqués en Italie, près de Florence, dans les années 50. Colorés et élégants, ils sont faits à la main et ont tous des formes différentes. " Dans le séjour, on pointe encore, en vrac, un miroir provenant des Ardennes, un meuble TV vintage datant des années 60-70, une pendule signée George Nelson et un meuble-bar - " Mon premier achat : j'avais 18 ans, et j'y suis naturellement très attaché ", précise le propriétaire qui est styliste de formation et a travaillé un an à Paris pour la créatrice Isabel Marant. Mais le secteur de la mode n'était pas vraiment sa tasse de thé. " Tout va trop vite dans cet univers, estime-t-il. J'ai appris plus tard qu'un antiquaire cherchait quelqu'un qui puisse l'aider. Il avait une grande galerie dans laquelle divers revendeurs mettaient leurs pièces en vente. J'y ai travaillé trois ans : c'était pour moi la meilleure des formations. C'est à ce moment que j'ai acheté l'appartement et que je l'ai entièrement décoré. Depuis un an et demi, j'ai mon propre magasin où je vends un ensemble très éclectique de meubles et d'objets. Ça marche bien. Je suis en réalité devenu plus décorateur qu'antiquaire. Je vends des antiquités dans une optique d'aménagement. Mais la plus belle partie du métier est de découvrir les pièces. " Galerie Joevin Ortjens, 23-25, rue Blaes, à 1000 Bruxelles. www.joevinortjens.com PAR INGRID ALLAERTS / PHOTOS : GUY OBIJN" J'aime cet espace chaleureux qui s'apparente plutôt à un logement du soir. " " Il ne faut pas dépenser des sommes folles pour se composer un intérieur personnel. " " J'aime ajouter quelques notes d'humour et m'entourer d'éléments qui m'amusent. "