Esprit contestataire, population jeune et multiethnique, énergie militante et, enfin, localisation de rêve entre deux paradis : d'un côté les riches terres du Somerset et du Devon, et de l'autre le large de l'Atlantique. La singulière Bristol, sensible aux questions de l'environnement, a saisi sa chance au tournant du millénaire. Et l'appel du green a boosté une véritable révolution. Le déluge de récompenses ne s'est pas fait attendre : première ville cyclable du pays, plus bas taux d'émission de carbone des grandes agglomérations, terreau exemplaire de l'économie participative, championne du locavorisme... Et culottée de surcroît, puisque, depuis deux ans, elle bat sa propre monnaie, la Bristol pound. Signe de cette nouvelle attractivité, même Londres se laisse tenter : importantes entreprises et bataillons de Londoniens viennent depuis peu s'y poser, trop heureux d'y trouver petits loyers et douceur de vivre. Voici nos cinq façons de savourer ce nouvel élan.
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Esprit contestataire, population jeune et multiethnique, énergie militante et, enfin, localisation de rêve entre deux paradis : d'un côté les riches terres du Somerset et du Devon, et de l'autre le large de l'Atlantique. La singulière Bristol, sensible aux questions de l'environnement, a saisi sa chance au tournant du millénaire. Et l'appel du green a boosté une véritable révolution. Le déluge de récompenses ne s'est pas fait attendre : première ville cyclable du pays, plus bas taux d'émission de carbone des grandes agglomérations, terreau exemplaire de l'économie participative, championne du locavorisme... Et culottée de surcroît, puisque, depuis deux ans, elle bat sa propre monnaie, la Bristol pound. Signe de cette nouvelle attractivité, même Londres se laisse tenter : importantes entreprises et bataillons de Londoniens viennent depuis peu s'y poser, trop heureux d'y trouver petits loyers et douceur de vivre. Voici nos cinq façons de savourer ce nouvel élan. Longtemps cantonné aux échanges commerciaux - notamment avec sa voisine irlandaise -, le port de Bristol dégage aujourd'hui une atmosphère détendue et branchée. Sur les docks, se succèdent bars, restos, boutiques et bureaux d'entreprise d'où adorent s'évader les employés pour s'offrir un after-work face aux flots. On s'assied en terrasse, quand on n'est pas emporté par une irrésistible envie de flâner jusqu'à la tombée du jour. Et c'est justement quand la nuit arrive qu'on refuse définitivement de partir : sur l'eau, se déploient les reflets du SS Great Britain, paquebot à vapeur bâti au XIXe siècle et qui, à l'époque, était tout simplement le plus grand navire à flot jamais construit. Les férus d'histoires maritimes s'y engouffrent. Les autres l'observent de loin, avant de poursuivre la promenade à travers les ponts du port et l'énergie qui en émane. Oui, ça donne envie de naviguer. Et oui, c'est jouable : des petits ferries se baladent sur l'Avon, tandis que d'autres peuvent être empruntés pour se rendre jusqu'à Bath, autre joyau du Somerset inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Flanquée de cette enclave alternative à quinze minutes à pied des docks, Bristol s'impose comme l'un des hubs des nouvelles cultures urbaines. Tout en briques rouges et en buildings abandonnés, le quartier de Stoke Croft s'est donc fait en quelques années le nid d'un activisme à la pointe du green. Il possède sa propre Peoples Republic of Stokes Croft (PRSC), centre culturel dont le Q.G. se trouve sur Jamaica Street, ça ne s'invente pas. " On ne veut pas devenir un petit Brooklyn ", clame son président, Chris Chalkley, qui voit d'un oeil noir tout signe de gentrification. Hipsters, passez votre chemin ? Si les barbus en jeans slim se font encore discrets, le pèlerinage vers ce royaume de l'avant-garde s'impose : boutiques vintage, cantines superbio, scènes de concert " indé ", enfilade spectaculaire de fresques murales et de pochoirs... Chemin faisant, Stokes Croft a rejoint les rangs de Green Capital en jouant naturellement la carte off : son " fringe festival " promet performances et séance de street art dans des lieux symboliques. " We make our own future " ou pas. Dans la ville natale du graffeur Banksy, tous les chemins mènent à lui. Mais ne le cherchez pas : même ici, le plus célèbre street artist est toujours aussi actif qu'exemplaire dans sa quête d'anonymat. Pour l'approcher, il reste, en circulant à pied ou à vélo, à découvrir " ses " murs en compagnie de son parrain local, John Nation. Pour prendre le pouls de l'époque, pas de meilleur guide que " l'homme qui a vu l'homme ", également fervent militant pour la défense de ce mouvement. IPhone en main pour pixelliser l'éphémère, ce safari-photo sans copyright passant par le City Council, l'hôtel Radisson, les rues Nelson et Jamaica suit pas à pas les traces de Banksy et de ses frères de spray. Ici, un Icare en flagrant délit de selfie, là, un Jésus en breakdancer bling. Dans la course, on croise aussi les noms illustres de Nick Walker, Inkie ou 3D, de Massive Attack. Et l'on saisit enfin que le street art - encore passible de prison dès lors qu'il oeuvre hors des espaces autorisés - détourne tout et n'ignore rien de l'air du temps qui s'en inspire en retour. Si Bristol se vante d'avoir revitalisé ses quais, c'est pour mieux ménager sa vraie surprise. Ne pas se laisser étourdir par le pique-nique sur les docks façon bobo, mettre le cap directement vers la vie sauvage version boho. Trente minutes de vélo séparent le centre des deux poumons verts : la colline de Clifton et la forêt de Leigh séparées par la spectaculaire gorge d'Avon, troisième site botanique du pays. De là-haut, c'est le grand show. Une nature qui envoie. Une flore et une faune qui se régalent. Et des citadins en métamorphose... En une heure de marche, le long du sentier qui relie le sommet du " down " au fameux " suspension bridge ", on aura croisé la terre entière. Un cormoran revenant de la pêche, un gang de pies tentant un casse, un écureuil gourmand et même un commando de chèvres du Cachemire en pleine mission de désherbage. La sauvegarde menée par le Wildlife Trust aura aussi permis le retour d'un couple de faucons pèlerins, ainsi que d'un nuage de papillons qui avaient déserté les lieux depuis la nuit des temps. Oubliez la sieste, enfilez bottes et K-Way et prenez sans broncher la clé des champs qu'on vous tend. Bristol se mange ainsi : in & out. De l'entrée au dessert, le défilé d'assiettes façon tapas n'est qu'une mise en bouche. On vous attend ensuite à l'inspection du potager, à la visite de la ferme urbaine au bout de la rue, à l'explication du recyclage des eaux usées et du futur projet de moulin à vent... On peut aussi céder à la cueillette en forêt, dernière tendance à faire hurler de plaisir les foodistas british ! Chez Ethicurean, l'adresse de cambrousse qui remet au goût du jour les légumes oubliés, chez Pony and Trap, le gastro-pub étoilé de Josh Eggleton, chez Salt and Malt, la nouvelle adresse fish & chips au bord du lac, ou encore chez City Farm Cafe, la cantine bohème family friendly : partout, dans les rangs de cette jeune génération de chefs écolos, ça cause papilles mais aussi gestion de déchets, redistribution des surplus, kilomètre zéro, traçage des poissons, retour du savoir artisanal et même acheminement des clients à vélo. Quand le green brille plus fort que l'étoile, c'est naturellement bon. PAR ALICE D'ORGEVAL ET NICOLAS BALMET