(1) " L'Amour en plus ", éd. Livre de Poche.
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(1) " L'Amour en plus ", éd. Livre de Poche. (2) " Fausse Route ", éd. Odile Jacob. (3) " La Domination féminine ", éd. Labor/Espaces de Libertés. Elle a l'art d'appeler un chat un chat. Il y a une vingtaine d'années, elle avait déjà secoué un certain landernau bien-pensant en mettant en doute le sacro-saint instinct maternel (1). Quelques livres tout aussi sulfureux plus tard, Elisabeth Badinter embrase à nouveau les passions, avec un coup de griffe, au passage, pour les chiennes de garde. Son c£ur de cible ? Les féministes d'aujourd'hui qui, sous prétexte de se battre pour la condition des femmes, répandent une idéologie " victimiste " au mépris de progrès réels (2). Une politique qui conduirait les relations hommes-femmes droit dans le mur. " On tire à vue sur les hommes, affirme la philosophe. J'entends la peur qu'éprouvent les hommes, la peur de la domination des femmes, la peur d'être utilisés puis jetés comme des hommes-objets. " Pour preuve, la pub. Si l'on en croit du moins Vinciane Pinte, qui a minutieusement analysé une vingtaine de campagnes fracassantes récentes (Kookaï, Sisley, Versace, Seat...), pour dénoncer, in fine, une véritable mystification de l'image féminine. Finie l'époque de la femme-enfant, de la mère au foyer, de l'épouse docile, de la ménagère asexuée. Sur le papier glacé des magazines, voici venu le temps de la femme active, de la femme d'affaires, de la femme qui s'assume... quand elle ne vire pas carrément virago (3). Celle-là même qui fait peur aux hommes ? Elisabeth Badinter ne le dit pas. Vinciane Pinte prétend, elle, qu'en affichant des femmes prédatrices, la " néo-pub ", qui a l'art d'épier et d'exploiter la moindre vibration humaine, ne répond en réalité qu'à de bons vieux fantasmes masculins, créant ainsi de nouveaux stéréotypes tout aussi réducteurs. Femme soumise, femme libérée, rien moins que deux facettes différemment maquillées d'une même réalité, prétend-elle. Sirène, harpie, poupée, pin-up, minette, vamp... on se noie dans les débats, on se perd dans la polémique. Les hommes itou. Pour reprendre ses esprits, petit flash-back sur des repères bien plus terre à terre : aujourd'hui, les femmes assument encore plus de 80 % des tâches ménagères, les hommes occupent plus de 80 % des postes à responsabilités, mais nos élues ont bel et bien conquis plus d'un tiers des sièges au Parlement et au Sénat. En France, pour la première fois depuis 1920 Chirac a remis une médaille de la famille à un divorcé père de six enfants. Après la mère, le père courage. ça bouge. Un peu, pas beaucoup... mais sûrement. Christine Laurent