La nouvelle prête à sourire et incarne, à elle seule, toutes les dérives de la commercialisation à outrance. Pour la Saint-Valentin, le célèbre créateur Jean-Charles de Castelbajac a dessiné un coffret-cadeau Coca-Cola Light composé de deux bouteilles " Me " et " You " (sic), enveloppées dans le même film argenté et garni d'un bijou divisible en deux. Mignon tout plein. Les tourtereaux roucoulent autour de ce non-événement prétexte à tous les déboursements festifs et les apôtres d...

La nouvelle prête à sourire et incarne, à elle seule, toutes les dérives de la commercialisation à outrance. Pour la Saint-Valentin, le célèbre créateur Jean-Charles de Castelbajac a dessiné un coffret-cadeau Coca-Cola Light composé de deux bouteilles " Me " et " You " (sic), enveloppées dans le même film argenté et garni d'un bijou divisible en deux. Mignon tout plein. Les tourtereaux roucoulent autour de ce non-événement prétexte à tous les déboursements festifs et les apôtres de la World Company ne cessent de se creuser les méninges pour exploiter, dès lors, d'autres puits à consommation facile. Autre exemple significatif : la morbide Halloween qui, bizarrement, a retrouvé ses racines européennes sous les coups de boutoir perfides des champions de la mondialisation. Au secours, José Bové, ils sont devenus fous! Pour un peu, on rêverait presque de se transformer en un " simple " célibataire à l'approche de la Saint-Valentin. Pas de cadeau, pas de resto, une soirée en solo. Car il n'y a plus aucune honte à être seul aujourd'hui. C'est même vachement tendance, mon pote! Ce qui apparaissait jadis comme une maladie grave a en effet été érigé, au fil des ans, en un art de vivre emprunt de liberté décidée et d'indépendance retrouvée. Attention, les " célibattants " nouveaux sont arrivés et ils ne cessent de gonfler les chiffres de l'Institut national des statistiques : 31,5 % de la population belge en 1991 contre 35,1 % en 1999. Résolus, les intellectuels en solo revendiquent haut et fort ce statut privilégié qui apparaît désormais comme une bulle précieuse dénuée de routine et de compromis pesants. On assume fièrement son épanouissement égoïste et on se moque éperdument du regard des autres qui persistent à croire, pauvres imbéciles, que le solitaire est nécessairement un être malheureux. Certes, il existe toujours des esseulés désespérés qui se morfondent dans le désir palpable de construire un foyer idyllique, mais à côté de cela, une nouvelle génération d'ermites convaincus émerge avec panache, consciente de l'opportunité de pouvoir organiser sa vie et ses désirs comme bon lui semble. Les héroïnes télé s'y sont mis aussi d'ailleurs, Ally McBeal en tête, célibataire et fière de l'être, même si le fantasme du beau prince charmant la guette toujours autant dans ses instants de déprime. Bref, le célibat n'est plus une maladie honteuse. Pire, c'est devenu un luxe aux yeux de certains couples mariés en mal d'oxygène réparateur. Même le jour de la Saint-Valentin. Avec ou sans Coca argenté. Frédéric Brébant