De loin, il a tout d'un teddy-bear en peluche. Mais l'ourson brun qui attire tous les regards dans l'espace occupé par la galerie Design et Nature, au salon parisien Maison & Objet, est bien le cadavre empaillé d'un petit mammifère " issu d'un zoo ou d'un cirque et mort naturellement ", comme le précise la fiche technique qui accompagne aussi le babouin et le guépard qui lui tiennent compagnie. Qu'on se le dise, la fourrure et les têtes de mort stylisées n'ont pas la cote que sur les podiums. S'offrir un lion pour le salon ou une tête de ...

De loin, il a tout d'un teddy-bear en peluche. Mais l'ourson brun qui attire tous les regards dans l'espace occupé par la galerie Design et Nature, au salon parisien Maison & Objet, est bien le cadavre empaillé d'un petit mammifère " issu d'un zoo ou d'un cirque et mort naturellement ", comme le précise la fiche technique qui accompagne aussi le babouin et le guépard qui lui tiennent compagnie. Qu'on se le dise, la fourrure et les têtes de mort stylisées n'ont pas la cote que sur les podiums. S'offrir un lion pour le salon ou une tête de vache customisée par l'artiste français Benoît Peleran - le crâne serti de diamants à 70 millions d'euros par le sulfureux Damien Hirst n'étant pas à la portée de tous - c'est, paraît-il, franchement tendance. écolo même puisque les amateurs de ces trophées morbides évoquent notre irrépressible besoin de retour à la nature pour justifier cet engouement. Du côté des meubles et des accessoires fonctionnels aussi, le corps n'est plus seulement observé, mesuré pour garantir la production d'objets ergonomiques aux lignes adaptées à la morphologie d'aujourd'hui. Il éclate, toutes tripes dehors. On pense notamment au service de table Anatomica de Lisa Turner reproduisant d'anciennes planches médicales du système digestif, à la lampe My Brain en forme de cerveau de Lervik Design, aux cuirs écorchés des fauteuils Leather Works des frères Campana pour Edra. " Faut-il voir là l'ultime tabou d'une société de consommation voyeuriste et addictive en panne de désir ou au contraire une sonnette d'alarme dénonçant, face à la rigueur de l'époque, l'extrême fragilité de l'être ? " s'interroge le trendsetteur François Bernard (1) qui semble pencher davantage pour la deuxième option. Pour le directeur du bureau de tendances Croisements, ces £uvres " attractives ou répulsives convoquent l'anti-virtuel de la chair, du sang, des muscles, des organes, des poils et des cheveux. " A l'heure du tout numérique, le retour en vogue des vanités - une exposition rassemblant les natures mortes du Caravage, de Basquiat, de Warhol, de Jan Fabre aussi, se tient d'ailleurs jusqu'au 28 juin prochain, à Paris (2) - pourrait bien être la claque salutaire qu'il nous fallait. Pendant que des sites comme www. mywebwill.com se proposent de gérer votre fin de vie sur le Net et de twitter en votre nom une dernière fois pour annoncer votre décès à vos amis virtuels, on en oublierait presque qu'on ne meurtà et ne vit finalement qu'une seule fois. (1) In Cahier d'Inspirations n°15 de Maison & Objet. (2) C'est la vie ! Vanités de Caravage à Damien Hirst, au musée Maillol. www.museemaillol.com Isabelle Willot On en oublierait presque qu'on ne meurtà et ne vit finalement qu'une seule fois.