Le pari était énorme. Comment, à deux ans d'intervalle, occuper le même lieu - le Palais Fortuny - et y créer une toute nouvelle atmosphère, tout en restant fidèle à sa logique artistique : faire cohabiter des époques et des styles très différents ? Le challenge était d'autant plus difficile à relever que Artempo, l'exposition de 2007 fut - de l'avis des spécialistes - " le " grand événément de la 52e Biennale d'art contemporain de Venise. Mais, outre sa créativité, Axel Vervoordt a plusieurs atouts dans son jeu. Le Palais Fortuny est davantage qu'un musée : tous ceux qui le visitent sont envoûtés par la magie qu'il dégage à tous les étages. Il y a aussi la fascination qu'exerce Venise, amplifiée ces mois-ci par la 53e édition de sa Biennale d'art contemporain qui propose, jusqu'en novembre prochain, une foule d'événements attirant un public à la fois averti et passionné.
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Le pari était énorme. Comment, à deux ans d'intervalle, occuper le même lieu - le Palais Fortuny - et y créer une toute nouvelle atmosphère, tout en restant fidèle à sa logique artistique : faire cohabiter des époques et des styles très différents ? Le challenge était d'autant plus difficile à relever que Artempo, l'exposition de 2007 fut - de l'avis des spécialistes - " le " grand événément de la 52e Biennale d'art contemporain de Venise. Mais, outre sa créativité, Axel Vervoordt a plusieurs atouts dans son jeu. Le Palais Fortuny est davantage qu'un musée : tous ceux qui le visitent sont envoûtés par la magie qu'il dégage à tous les étages. Il y a aussi la fascination qu'exerce Venise, amplifiée ces mois-ci par la 53e édition de sa Biennale d'art contemporain qui propose, jusqu'en novembre prochain, une foule d'événements attirant un public à la fois averti et passionné. Né à Anvers en 1947, Axel Vervoordt s'est d'abord fait connaître comme antiquaire. Il a attiré notamment l'attention lors de son installation spectaculaire au château de 's Gravenwezel, puis par la réaffectation d'anciens silos à grains d'une malterie, un site baptisé Kanaal. Bien plus qu'un décorateur, qui compte ses propres ateliers de fabrication, doublé d'un collectionneur averti, il propose une vision intégrale de l'espace de vie, brisant tous les canons établis, pour réaliser de saisissantes compositions qui traversent les époques. Il travaille avec son épouse May et ses deux fils, Boris et Dicky. Dans son carnet d'adresses ? Grandes fortunes, têtes couronnées et célébrités du monde de l'art, de la mode, du cinémaàAxel Vervoordt avait imaginé Artempo pour marquer son 60e anniversaire. Se lançant ainsi dans une fabuleuse aventure créative. Désormais, les £uvres d'art et les courants artistiques contemporains font partie de ses projets au même titre qu'une table de château du xviie siècle. Sa démarche pour In-Finitum ? Tout d'abord, le titre de l'exposition doit être compris à la fois comme l'infini et le non-fini, c'est-à-dire l'inachevé. Dans ce registre, les deux concepteurs - Axel Vervoordt a travaillé en tandem avec Daniela Ferretti, la conservatrice du Palais Fortuny - sont partis à la recherche d'£uvres d'art que les artistes n'ont pas terminées. " Certains artistes ont parfois pris le parti de ne pas achever une £uvre, d'autres n'ont tout simplement pas pu l'achever, explique Daniela Ferretti. On a le sentiment d'entrer dans leur atelier. " Exemple admirable : cette sublime huile de Joan Miró cohabitant avec un portrait inachevé de Lady Hamilton, signé George Romney, un peintre du xviiie siècle. L'infini, au sens strict, peut être vu de différentes manières. Il s'exprime surtout par le temps qui s'écoule et par le vide, dont celui que nous inspire l'univers qui nous entoure. Ce cosmos est entre autres magnifiquement illustré par un groupe de sculptures de Lucio Fontana - Concetto Spaziale, Natura - qui côtoient Glow, une £uvre récente d'Anish Kapoor. Une deuxième clé de compréhension se trouve dans le cheminement de notre compatriote. Depuis quelques années, en effet, Axel Vervoordt se sent interpellé par l'art minimaliste de la seconde moitié du xxe siècle, tant en Orient (avec le Gutaï) qu'en Occident (avec le mouvement ZERO). Le travail de Jef Verheyen, par exemple, le fascine. On retrouve d'ailleurs plusieurs opus de ce peintre belge dans l'exposition, dont Brasiliëaccroché au deuxième étage du Palazzo, se mariant magnifiquement avec l'architecture des fenêtres. Les fenêtres du Palais Fortuny et les panoramas qu'elles offrent sur Venise ont pris une importance considérable dans la conception d'In-Finitum. Au deuxième étage toujours, on salue le dialogue entre des £uvres " architecturales " et le fronton triangulaire de l'église San Beneto toute proche. Parmi les autres opus, on sera séduit par les modèles de l'artiste contemporain Hans Op De Beek juxtaposés avec la grande maquette du projet de mausolée au Titien par Antonio Canova datant de 1795. A nouveau les siècles se rejoignent. Un escalier en bois mène ensuite au grenier. Dans la montée, on fait une pause à une fenêtre de palier dominant les superbes toits de tuiles rouges de la Sérénissime. " Le grenier a longtemps été inaccessible au public, s'enthousiasment Daniela Ferretti et Axel Vervoordt. Nous l'avons restauré pour In-finitum. " Tout en haut, on est tout d'abord surpris par le " vide " qui y a été ménagé. La vue à 360° sur les toits de Venise laisse sans voix. Au loin se dégage la haute stature du théâtre La Fenice. Au centre de cet espace, Axel Vervoordt a construit, avec l'architecte japonais Tatsuro Miki (établi en Belgique), un " sanctuaire du silence ", inspiré du wabi, un concept esthétique de l'architecture traditionnelle japonaise. On y pénètre pour découvrir à nouveau une confrontation entre les époques, par £uvres d'art et objets interposés. Ici une sculpture de Mir voisine avec un tableau d'Alberto Burri. Là un Picasso contemple des poteries khmers séculaires. En quittant ce sanctuaire, on ne peut être que bouleversé par la simplicité d'une installation de Kounellis, un simple drap blanc reposant sur ce qui pourrait évoquer un métier à tisser. Et l'on jette un dernier regard ému sur la cité des Doges. Carnet d'adresses en page 70.Reportage : Jean-Pierre Gabriel