Voir aussi notre carnet d'adresses.
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Voir aussi notre carnet d'adresses. Elle a des bagues à chaque doigt, une Vanité et un Cobra sculpté - chose rare - à l'intérieur et à l'extérieur. Contrairement à ce qu'elle affirme - " j'ai une affection particulière pour tout ce qui est fin et discret " -, ces deux-là ne rentrent pas dans cette catégorie, elle a décrété que les autres bagues Céline d'Aoust si délicates ne lui allaient pas, elle a des " doigts boudinés ", prétend-elle, on n'est pas obligée d'être d'accord, c'est drôle, d'ailleurs, elle en rit. Autour du cou, une tourmaline " complètement brute, pas taillée, ni polie, ni rien ", juste sertie d'un anneau avec diamants, un jonc au poignet, elle s'excuse presque : " Je n'ai jamais été très bijoux ni vêtements. " Comment alors en est-elle arrivée là, elle qui ouvre mi-mai prochain sa boutique-atelier, au 158 de la rue Franz Merjay, à Bruxelles, elle dont les collections sont vendues aux quatre coins du monde, elle qui vit cinq mois par an à Jaipur, Rajasthan, où elle finalise ses précieuses merveilles ? Elle faisait des émaux, elle avait 6 ans, et des bijoux en macramé, sa mère le lui a rappelé récemment, de son enfance bricolage elle avait tout oublié. Sauf la maison familiale, " j'étais entourée de cristaux, cela avait un petit côté années 70, avec des tranches d'agathe qui servaient de sous-verre ". Ajoutée à ce décor, la présence chaleureuse d'une maman qui a étudié la lithothérapie, une filiation, ça vous ancre parfois dans une passion. A 20 ans, il y a dix-huit ans jour pour jour, elle donne la vie à un premier gamin, Archibald, suivi de Félix, ce sera son job full-time jusqu'à ces cours du soir, en stylisme à Saint-Luc, qu'elle entame en 2001, sans penser encore un seul instant au bijou. Pourtant, à y regarder de plus près, elle focalise déjà sur le détail, aime " tout ce qui est minutieux ", apprend auprès d'un élève de monsieur Lesage, brodeur attitré de Chanel, adore tout ce qui est " petit, fin, délicat ". Elle abandonne l'idée de faire du stylisme, le milieu ne lui plaît pas franchement. Elle s'inscrit aux Arts et Métiers, " pour avoir les bases de la joaillerie ", " chipote " à qui mieux mieux et, en 2008, découvre l'Inde, Jaipur, ses pierres, le coup de foudre. " Pourtant, je n'y ai passé que quatre jours mais je me suis dit : "Je suis cer-taine que je vivrai un jour ici" ", c'est chose faite. Quelque part dans la vieille ville rose, elle s'est dégotté un nid et atelier avec tailleurs, sertisseurs, polisseurs, ils travaillent dans la position du lotus, elle parle indi, ne porte pas le sari, prend le rickshaw et ne cesse de s'émerveiller de la magnificence de la tourmaline, qui comporte toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, Ganesh veille sur elle. Céline d'Aoust en est encore au début de son histoire, une quatrième saison, mais des boutiques en Australie, en Suisse, au Japon, à New York, " finalement, je suis peut-être sur la bonne voie ", c'est l'Inde, et sa capacité à apaiser l'âme, qui lui donne cet éclat adamantin. Et très certainement aussi Matthieu, son partenaire idéal, ses fils qui lui filent de temps un temps un coup de main - Félix lui a dessiné un bracelet et un collier pour sa collection Tanzanite, elle séchait, il a pris le relais, la vie est si simple. Sans compter ses amies qui portent ses bijoux comme des accroche-coeurs, Céline les baptise tous, avec les prénoms de ceux qu'elle aime et de leurs enfants - Clara, Barbara, Julia, Elise..., une famille en or. Elle quittera bientôt son atelier installé dans le sous-sol de sa maison, elle est à l'étroit ici, elle s'installera très officiellement à Ixelles, dans un espace de travail avec présentoirs et vitrine où tout y sera laqué de blanc pour " uniformiser " et parce que cela laisse place à l'imaginaire, elle est " si heureuse ", zigzaguant entre ses jambes, son chiot jappe de joie, le bonheur c'est contagieux. PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON" JE SUIS PEUT-ÊTRE SUR LA BONNE VOIE. "