Knokke, le 15 août dernier. Sur la plage, nombreuses sont les (jeunes) mères de famille à lire - en anglais - le même ouvrage, une photo de cravate grise en couverture, affichée plus ou moins discrètement. Le bouquin qui suscite autant d'émoi ? Fifty Shades of Grey, signé sous le pseudo E.L. James. Ce conte de fesses des temps modernes raconte la rencontre entre Anastasia Steele, étudiante vierge et fleur bleue, et le beau et jeune milliardaire (sic) Christian Grey. Une romance épicée qui se développe à coups de cravache, menottes et autres pratiques sadomasochistes. En dix-huit mois, plus ...

Knokke, le 15 août dernier. Sur la plage, nombreuses sont les (jeunes) mères de famille à lire - en anglais - le même ouvrage, une photo de cravate grise en couverture, affichée plus ou moins discrètement. Le bouquin qui suscite autant d'émoi ? Fifty Shades of Grey, signé sous le pseudo E.L. James. Ce conte de fesses des temps modernes raconte la rencontre entre Anastasia Steele, étudiante vierge et fleur bleue, et le beau et jeune milliardaire (sic) Christian Grey. Une romance épicée qui se développe à coups de cravache, menottes et autres pratiques sadomasochistes. En dix-huit mois, plus de 50 millions d'exemplaires de cette trilogie érotique ont été vendus. Et le raz-de-marée n'est pas près de s'arrêter, puisqu'une version française sort ce 17 octobre, aux éditions JC Lattès (*). Le New York Times a même inventé l'expression mommy porn pour qualifier l'apparition de ce nouveau genre littéraire, destiné à satisfaire les fantasmes des desperate housewives. Car c'est bien d'un livre phénomène de société qu'il s'agit. Certes, ce n'est pas sa prose jugée navrante et digne d'un Harlequin qui fait vibrer dans les chaumières, ni son caractère transgressif et sulfureux tout sauf novateur. Le succès de Fifty Shades of Grey s'explique avant tout par un excellent concours de circonstances. Le récit est rédigé à la manière d'une fan-fiction - l'auteure reconnaît sans fard s'être largement inspirée de la saga vampirique Twilight. Sa première publication, sous format électronique, a permis de s'abandonner en toute discrétion à cette histoire de prince charmant à la braguette magique. S'en sont suivi un formidable bouche-à-oreille et un emballement médiatique. Enfin, les descriptions porno soft arrosées d'eau de rose font non seulement tomber un tabou sur le plaisir féminin, mais pimentent le train-train conjugal de ménagères qui ont grandi avec le mythe de Cendrillon. Flairant le bon coup, Hollywood a déjà déboursé 5 millions de dollars pour les droits d'adaptation de la trilogie. Les produits dérivés débridés ne se sont pas fait attendre. Dans les sexshops californiens, les kits de bondage pour débutantes s'arrachent désormais comme des petits pains. Soft Paris, spécialisé dans la vente à domicile d'objets affriolants, lancera prochainement des réunions pour toutes celles qui rêvent de découvrir les secrets d'Ana pour séduire son Mr Grey, tandis qu'aux États-Unis, HYP imagine des porte- jarretelles et nuisettes hommages à Fifty Shades. De son côté, la marque de cosmétiques américaine Bobbi Brown surfe sur le succès de cette saga avec une gamme de fards à paupières, accompagnée du slogan " depuis quand le gris est-il devenu si coquin ? " Citons encore la maison de disques EMI, qui présente une compilation de 15 titres ayant influencé l'auteure lors de la rédaction de son opus, ou Hachette, qui a déjà annoncé la sortie d'un guide érotique intitulé Cinquante nuances du plaisir. Et cetera, et cetera. Pour sûr, nous n'en sommes encore qu'aux préliminaires... (*) Lire aussi " J'ai testé " par Valentine Van Gestel en page 14 et Le Vif L'Express en pages Culture. CATHERINE PLEECK JOURNALISTENOUS N'EN SOMMES ENCORE QU'AUX PRÉLIMINAIRES.