Cet homme-là, perruqué, agrippé à un socle blanc de cinq mètres sur quatre, est en plein questionnement. Il tente de découvrir " quelle est la marge de son imperfection, mieux, de la perfection de son imperfection face à une perfection formelle ". Et dans le même temps, il choisit de " faire le pari d'une chanson dissonante, rugueuse ", accompagné par deux autres " instrumentistes corporels " qui, avec lui, dansent, performent, disent, transpirent, respirent, dans ce Harsh Songs aux élans juvéniles, c'est le titre du dernier spectacle de Wooshing Machine, présenté en juin prochain au D Festival, au Marni, à Bruxelles.
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Cet homme-là, perruqué, agrippé à un socle blanc de cinq mètres sur quatre, est en plein questionnement. Il tente de découvrir " quelle est la marge de son imperfection, mieux, de la perfection de son imperfection face à une perfection formelle ". Et dans le même temps, il choisit de " faire le pari d'une chanson dissonante, rugueuse ", accompagné par deux autres " instrumentistes corporels " qui, avec lui, dansent, performent, disent, transpirent, respirent, dans ce Harsh Songs aux élans juvéniles, c'est le titre du dernier spectacle de Wooshing Machine, présenté en juin prochain au D Festival, au Marni, à Bruxelles. Avec " la pilule douce de l'humour ", on peut tout faire avaler. Même la question de " la fonctionnalité d'une forme gestuelle pour qu'elle puisse renvoyer, à l'abri d'une certaine rigueur, à une humanité, une peau, un muscle, une pensée sensible et comment la traduire ". Mauro Paccagnela n'a pas peur des mots, surtout les ordinaires et s'il peut les dire sur scène. Il n'a pas peur non plus de la fantaisie. Ce qui implique la distance à soi en général et chez lui, en particulier, le port de perruque, longue chevelure emmêlée qu'il se fiche sur la tête à la va-comme-je-te pousse, en guise de " surexposition de l'identité pour essayer que ce soit plus intime, enfantin, léger, désenchanté ". Le chorégraphe-danseur-performer a des fulgurances d'adjectifs, dans ce français riche et luxuriant qu'il pratique maintenant depuis longtemps. Mauro Paccagnella est arrivé en Belgique il y a plus de vingt ans, parce qu'il en avait " marre " de l'Italie, connaissait le chorégraphe Frédéric Flamand, que ses ailes avaient poussé, qu'il avait vu La chute d'Icare, il s'était dit " je veux ça ". Comme un enfant qui ne lâche pas le morceau mais avec une facilité propre à ces années-là. Il travaille avec le plan K, Karine Ponties, Olga de Soto, Charleroi Danses, Nicole Mossoux ou Thierry De Mey, fonde une compagnie Un OEuf is Un OEuf qui servira de fondation à la suivante et toujours actuelle, une Wooshing Machine créée en 1998. S'il parle français, se fâche en anglais, il danse pourtant en italien, " avec cet aspect clownesque, un peu bavard, malgré moi, cette légèreté propre d'un certain type d'italianité ". La sienne s'est forgée à Padoue dès 1964. Pas d'enfance à la Billy Elliot, Mauro Paccagnella joue au foot, consciencieusement. Mais il suffit qu'un ami l'entraîne ailleurs, et le voilà inscrit à un cours de danse, il a 18 ans, il passe de l'un à l'autre en virevoltant, ses muscles d'ex-footeux n'ont rien à voir avec ceux d'un petit rat, " j'aime les erreurs, les choses qui ne sont pas justes... ", il est emballé. En 1984, il gagne le concours Fame organisé par la Rai, il est question de réaliser une série télévisée, thématique comédie musicale, il part à New York, abandonne ses études de sciences statistiques et économiques, se perfectionne aux Etats-Unis, revient en Italie, danse avec Carla Fracci, " la reine du classique ", et avec l'ensemble de Micha van Hoecke puis ciao, le voici en Belgique, on est en 1991. Avec une belle énergie, il enchaîne les créations, remporte des prix puis, en 2006, se lance dans une tétralogie sur Wagner, autour de Siegfried, " le symbole d'une masculinité qui ne tient compte ni des autres, ni du contexte ". Parallèlement, en 2009, ce saltimbanque fort peu académique accepte la proposition de Feria Musica, il " tombe dans le cirque " et chorégraphie deux spectacles avec acrobates, " des dieux, qui risquent leur vie ; cela les pousse à aller chercher dans des endroits que l'on ne connaît pas ". Le corps, cet outil de travail magnifique... Mauro Paccagnella deale désormais avec la douleur - un genou sans ménisque et une oreille condamnée, les risques du métier. Lui qui a le sens du collectif - il est de ceux qui partagent leurs droits d'auteurs avec tous les membres de sa compagnie - adore gérer les énergies, " faire en sorte que les idées se mélangent ", elles sont alors si " fortes ". " Cela vibre, des gens " ; par préférence, Mauro travaille toujours avec ceux qui ont " un peu de coeur, des couilles et de l'expérience ", ça lui ressemble. Débords - Réflexions sur la table verte et Harsh Songs, D Festival, théâtre Marni, 25, rue de Vergnies, à 1050 Bruxelles. www.theatremarni.com Du 3 au 14 juin prochain.PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON" J'aime les erreurs, les choses qui ne sont pas justes... "