Al'époque où nous la rencontrons, Petra Collins rentre de Tokyo, où elle a posé pour la dernière campagne Gucci. Le visionnaire Alessandro Michele, fasciné par sa chevelure d'un blond vénitien sauvage, son look entre Studio 54 et Botticelli, et sa personnalité charmante, l'a choisie comme égérie pour l'automne. A New York, c'est la course entre le tournage d'un court-métrage, des shootings avec des magazines - pas devant, mais derrière l'objectif - et des rendez-vous avec son éditeur chez Rizzoli. " Je prépare un nouveau livre, mais j'ai déjà tellement dépassé ma deadline que c'est embarrassant ", avoue-t-elle. Pas évident de tout faire.
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Al'époque où nous la rencontrons, Petra Collins rentre de Tokyo, où elle a posé pour la dernière campagne Gucci. Le visionnaire Alessandro Michele, fasciné par sa chevelure d'un blond vénitien sauvage, son look entre Studio 54 et Botticelli, et sa personnalité charmante, l'a choisie comme égérie pour l'automne. A New York, c'est la course entre le tournage d'un court-métrage, des shootings avec des magazines - pas devant, mais derrière l'objectif - et des rendez-vous avec son éditeur chez Rizzoli. " Je prépare un nouveau livre, mais j'ai déjà tellement dépassé ma deadline que c'est embarrassant ", avoue-t-elle. Pas évident de tout faire. Mais la belle n'a jamais choisi un parcours facile. A 23 ans, peu de filles peuvent se revendiquer photographe, activiste et mannequin à leurs heures perdues. Tout est en fait arrivé naturellement. " J'avais beaucoup de mal à l'école, surtout avec la lecture et l'écriture ; du coup, l'art est devenu ma principale forme d'expression ", assure-t-elle. Originaire de Toronto, elle se passionne tout d'abord pour la danse, jusqu'à ce qu'une blessure l'oblige à arrêter. " J'étais dévastée. J'avais 15 ans et j'étais obsédée par mon physique, car je pensais que c'était la seule chose que j'avais à offrir. Résultat, j'ai fait une dépression. " Des problèmes fréquents chez les ados que Petra va commencer à filmer. Avec une caméra 35 mm empruntée au lycée, elle suit le quotidien de sa soeur et de ses copines. Deux ans plus tard, la miss initie The Ardorous, un collectif online où des jeunes photographes partagent leur travail, et assiste un pro de la pellicule, Richard Kern - " Je ne savais même pas préparer la lumière ! Il a dû tout m'apprendre et j'ai fini par m'occuper de ses castings. " Grâce à ce job, elle rencontre ses premiers clients tout en s'inscrivant en photo à l'université de Toronto. " J'étais étudiante, et en parallèle, des écoles me demandaient de donner des conférences sur ce domaine. J'allais souvent aussi à New York pour le boulot. Au bout de deux ans, cette schizophrénie m'a fatiguée, et, avec 600 dollars, je suis partie vivre à Big Apple. C'était une folie ! " Depuis la buanderie d'une copine où elle habite, elle réussit à se faire un portfolio solide et se retrouve vite à shooter Selena Gomez pour le magazine Wonderland, à organiser sa première expo et à imaginer un tee-shirt imprimé d'un vagin en pleine menstruation pour la marque American Apparel... qui va provoquer un scandale. " La nudité féminine est banale, sauf pendant les règles. Ça reste un tabou ", dénonce-t-elle. Cette controverse est loin d'être la dernière. Peu de temps après, Instagram élimine son compte après qu'elle a posté un autoportrait en Bikini... sans être épilée. " On peut partager des images, tant qu'elles ne dévient pas de la norme d'une certaine idée de la féminité. Ça me fait peur pour toutes celles qui grandissent cernées par les réseaux sociaux, s'inquiète celle qui laisse sa pilosité libre depuis cinq ans. A partir de la puberté, tout ce que les femmes désirent c'est retourner à l'enfance : on s'épile, on essaie de cacher nos formes et on ne parle surtout pas des règles. Pourquoi ? " Avec 399 000 followers sur Instagram, la féministe 2.0 se sent-elle une responsabilité morale ? " Bien sûr, le plus important pour moi est de montrer que les femmes ne sont pas obligées d'être unidimensionnelles. Exprimer une émotion autre que l'amabilité ne veut pas dire qu'on est hystérique. Nous pouvons être fortes, tristes et vulnérables en même temps. C'est pour cela que je photographie souvent des filles en train de pleurer, que je montre sur les réseaux sociaux le backstage ultraglamour du défilé Gucci, mais aussi mes problèmes de peau. Les femmes ne sont pas des créatures parfaites. Et tant mieux. Rien n'est plus ennuyeux que la perfection. "PAR MARTA REPRESA" ON S'ÉPILE, ON ESSAIE DE CACHER NOS FORMES ET ON NE PARLE SURTOUT PAS DES RÈGLES. POURQUOI ? "