Avec la food mania qui déferle depuis la fin des années 90, les pratiques et les profils gastronomiques ont changé du tout au tout. Prenons la figure du chef, par exemple. Il n'est plus cet être hirsute et livide enfermé dans sa cuisine. Exit, la vie spectrale, on le croise désormais au grand jour. Mieux encore, le bonhomme en question n'affiche plus ces contours jaloux et menaçants qui étaient sa marque de fabrique. Il ne mord plus car il s'est petit à petit rendu compte que ses confrères ne représentaient pas forcément une menace pour lui. Le chef 2.0 a compris qu'il avait tout à gagner à multiplier les échanges, surtout en contexte économiquement difficile. Alors qu'auparavant, il entassait ses recettes au coffre, il les sème aujourd'hui à tout vent, heureux de dispenser la bonne parole. Il se regroupe même en collectif - The Flemish Foodies, Génération W - pour écrire la bonne bouffe de demain. Ce nouvel enthousiasme a engendré de nombreuses expériences sous la forme de " dîners à quatre mains ", volets événementiels qui marquaient un climax en la matière. Le principe ? Un cuisinier en invite un autre le temps d'une soirée pour élaborer un repas inédit. Tout pousse à croire qu'en 2018, cette formule va connaître un développement plus radical que certains surnomment déjà le " chef swapping ". En gros, deux talents s'échangent leurs restaurants respectifs pour une durée déterminée. Ainsi, en novembre dernier, Mauro Colagreco (Mirazur, Menton) et Jorge Vallejo (Quintonil, Mexico) ont permuté leur savoir-faire pendant cinq jours. La perspective fait rêver...