Des mots oru (plier) et kami (papier), art populaire né en Chine qu'au cours des siècles s'est approprié le Japon, où il devint une tradition symbolique. Chez nous, l'origami est longtemps resté une discipline confidentielle, épisodiquement représentée dans la pop culture pour traduire une obscure allégorie ou l'idée de méticulosité mystérieuse, parfois même un peu suspecte - voir la licorne de Blade Runner, les cygnes de Michael Scofield dans Prison Break, ou les grues de Claire Underwood dans House of Cards. L'origami est pourtant devenu bien plus qu'un petit objet fascinant. Les ingénieurs des plus grandes universités l'ont étudié pour résoudre des problèmes d'encombrement ou de résistance des matériaux, ce qui nous a valu nombre d'applications extraordinaires - en architecture, médecine ou électronique, des airbags aux robots miniatures en passant par les stents coronariens et les panneaux solaires des satellites de la NASA. Sa pratique procure en outre de nombreux bienfaits thérapeutiques, aide à traiter l'anxiété, la dyspraxie et même Alzheimer, et à développer la coordination oculo-manuelle et les facultés motrices. Elle est d'ailleurs tout indiquée pour les enfants, qui découvrent formes, volumes et couleurs, à la faveur d'un éveil artistique abordable et accessible à tous.
...

Des mots oru (plier) et kami (papier), art populaire né en Chine qu'au cours des siècles s'est approprié le Japon, où il devint une tradition symbolique. Chez nous, l'origami est longtemps resté une discipline confidentielle, épisodiquement représentée dans la pop culture pour traduire une obscure allégorie ou l'idée de méticulosité mystérieuse, parfois même un peu suspecte - voir la licorne de Blade Runner, les cygnes de Michael Scofield dans Prison Break, ou les grues de Claire Underwood dans House of Cards. L'origami est pourtant devenu bien plus qu'un petit objet fascinant. Les ingénieurs des plus grandes universités l'ont étudié pour résoudre des problèmes d'encombrement ou de résistance des matériaux, ce qui nous a valu nombre d'applications extraordinaires - en architecture, médecine ou électronique, des airbags aux robots miniatures en passant par les stents coronariens et les panneaux solaires des satellites de la NASA. Sa pratique procure en outre de nombreux bienfaits thérapeutiques, aide à traiter l'anxiété, la dyspraxie et même Alzheimer, et à développer la coordination oculo-manuelle et les facultés motrices. Elle est d'ailleurs tout indiquée pour les enfants, qui découvrent formes, volumes et couleurs, à la faveur d'un éveil artistique abordable et accessible à tous. Pour mieux comprendre le phénomène, nous avons rendu visite à Origami Bruxella, au domicile de Gérard De Valck, incontestable sommité parmi les plieurs, malgré sa proverbiale modestie. Il anime, avec Nadine Habig et Isabelle Hulet, ce club qui se réunit, chez lui, tous les jeudis, et son appartement est par conséquent envahi de montages divers. " Malgré ses côtés décoratifs, l'exercice ne se limite pas aux animaux et aux fleurs, précise-t-il. Il existe des formes de géométrie abstraite ou des objets fonctionnels tels que des boîtes ou des cadres. " A observer les créations qui ornent meubles et murs, nul doute que le groupe a acquis une belle maîtrise au fil des années. " Rien n'est impossible, plus rien ne nous arrête ", s'amuse Isabelle. " On a tout de même travaillé pour Armani ! ", précise Nadine, en évoquant les chaussures, sac, pochettes et bijoux réalisés pour décorer la Nuit Japonaise de la boutique de Bruxelles. Contactée par la marque, l'ambassade du Japon a fait appel à l'équipe bruxelloise pour fabriquer cette déco ; une petite consécration en soi. Professeur de math, Nadine a introduit sa passion auprès de ses élèves dans ses cours de géométrie de l'espace. " C'est excellent pour la coordination de l'intellect et l'aspect manuel, la rigueur et la précision, insiste-t-elle. Chez nous, le public est moins jeune qu'en Italie, en France, aux Etats-Unis ou encore dans les pays de l'Est. Mais c'est plus à la mode qu'avant, on ressent un certain engouement, on en voit à la télévision, dans des publicités. Attention toutefois aux dérives commerciales, car cette technique, c'est d'abord un partage, un cadeau qui n'implique pas d'échange financier. " " C'est normal que l'on s'en inspire, tempère Isabelle, c'est un langage universel qui ne demande pas de place ou de matériel, il suffit de suivre les diagrammes selon ce que l'on appelle "le solfège du plieur de papier". " Un univers rigoureux et codifié, qui laisse pourtant une part de créativité ; pliages montagne ou vallée, et tout un monde naît sous vos doigts par un petit jeu de lignes pointillées. Si le designer belge Charles Kaisin s'en est fait une spécialité, certaines grandes enseignes y ont également succombé, comme Alessi avec sa récente corbeille Koleidos, de la designer japonaise Naoko Shintani. Et la jeune création belge n'est pas en reste, puisque cette année, pas moins de quatre talents émergents se sont approprié les secrets de l'ori- gami." Avant même de faire des lampes, je pratiquais déjà l'origami. Je suis porté sur les formes abstraites plus que sur les petits oiseaux, mais je peux y passer des heures, dans un état quasi méditatif ", avoue Nicolas Brevers, la tête pensante des luminaires Gobo. Ces assemblages de triangles et de carrés constituent un terrain de jeu infini pour ce fan de maths et de numérologie. " Je suis fasciné par le nombre d'or et les polyèdres que l'on retrouve dans la géométrie sacrée, comme les icosaèdres ou les dodécaèdres, explique-t-il. J'avais fait des lampes en origami mais je voulais pousser le concept plus loin, en utilisant des baguettes pour figurer les arêtes des formes et ainsi construire de véritables structures en trois dimensions. " Sa suspension Nested Golden Cuboid est un cuboctaèdre, qu'un ingénieux système de poulie permet de faire évoluer tout en conservant des proportions harmonieuses. Pas étonnant que certaines grandes maisons du secteur se soient déjà montrées intéressées par le label. gobo.bigcartel.comAprès avoir achevé leurs études en communication visuelle à Saint-Luc, Julie Lay et Fabien Huleux ont débuté leur carrière séparément, avant de se retrouver, il y a trois ans, pour former Okiko, un studio graphique spécialisé dans l'identité visuelle et l'édition qui, comme son nom l'indique, s'avère fortement influencé par la culture asiatique. " Okiko est un prénom japonais signifiant " enfant de la haute mer ", souligne Fabien, nous avons trouvé là-bas un respect de l'ordre et des règles, du savoir-faire et de la tradition qui nous a plu. Une idée de raffinement sobre que l'on mélange avec la modernité. C'est ça le Japon d'aujourd'hui. " Pour réaliser le luminaire Akikazu (" harmonie claire "), Fabien s'est inspiré de l'origami. Il a développé un pliage qui lui a permis de retravailler les formes et les dimensions d'un projet perso. La lampe est actuellement déclinée en deux modèles en papier, Basic et Crystal, mais des versions en tissu et en métal sont à l'étude. okiko.beFérue de culture japonaise, Leen D'Hondt a fondé Kaju Design sur les principes " équilibre, harmonie et sérénité " et ne pouvait qu'être sensible à la richesse de l'origami. " Depuis toute petite, j'aime ça, c'est une activité agréable et ludique. De plus, je travaille en maquette et cette technique permet d'obtenir des résultats directs avec une feuille de carton ordinaire. " Ce qui intéresse la designer, ce sont aussi " ces formes dynamiques, faites de triangles et de diagonales, qui procurent aux objets un aspect moins statique ". Elle s'inspire de cette logique pour concevoir le bureau Nodô et le tabouret Kii, avant de l'intégrer dans le concept de Mûdi, une table basse qui passe en position haute en un clin d'oeil, le temps de déplier ses pieds. Une idée parfaitement mise en oeuvre, qui récolta un franc succès au dernier SaloneSatellite de Milan, au printemps dernier, et plus récemment, au salon parisien Maison & Objet. www.kajudesign.comJeune architecte belge, Thomas Hick a d'abord imaginé la Folding Lamp (" lampe qui se plie ") comme un cadeau de mariage pour l'un de ses proches. Plutôt satisfait du résultat, " simple mais qui a de la gueule ", il en poste quelques photos sur le Net. " Je ne m'y attendais pas, mais ça a fait le tour du Web. Les demandes ont afflué du monde entier mais le prototype était encore trop imparfait pour être fabriqué en série et commercialisé. " Le concept ? Une feuille de métal découpée au laser, que l'on reçoit à plat et façonne ensuite selon ses envies. Elle permet de sculpter un luminaire entièrement personnalisé. " Je voulais un produit pas trop technique, sans vis ni charnières, qui soit comme une boule de papier qui se referme sur elle-même. L'origami est apparu comme une influence naturelle du projet. " Epaulé par le collectif namurois M4ke.it, il lance une version corrigée de son objet via la plate-forme de crowdfunding Kickstarter, et deux semaines avant sa clôture, ce 12 décembre, la Folding Lamp avait déjà dépassé son objectif de 15 000 euros. folding-lamp.comPAR MATHIEU NGUYEN