Quand on parle de produit ético-bio, une première question vient d'abord à l'esprit : quelle matière première les créateurs ont-ils choisie ? Toutefois, s'arrêter à l'emploi de chanvre ou de bois issu de forêts dites durables - où l'on replante systématiquement ce que l'on a abattu... - ne suffit plus si l'on veut s'inscrire dans ce qu'il convient d'appeler aujourd'hui " l'écoconception ". C'est toute la filière de fabrication qui doit être analysée pour tenter de minimiser, à chaque étape, l'impact potentiellement néfaste de la production d'un objet de plus sur la Terre. Un exercice de style auquel le designer Christophe Delcourt et Roche-Bobois se sont prêtés pour lancer la collection Legend et qui inspire désormais l'éditeur français dans les choix qu'il pose pour l'avenir. " Nous sommes convaincus qu'il ne s'agit pas d'un phénomène de mode, assure Christophe Delcourt. Cela se voit dans tous les secteurs. Plus personne ne peut ignorer aujourd'hui qu'il faut faire attention à tout ce que l'on consomme. " Echanges à bâtons ...

Quand on parle de produit ético-bio, une première question vient d'abord à l'esprit : quelle matière première les créateurs ont-ils choisie ? Toutefois, s'arrêter à l'emploi de chanvre ou de bois issu de forêts dites durables - où l'on replante systématiquement ce que l'on a abattu... - ne suffit plus si l'on veut s'inscrire dans ce qu'il convient d'appeler aujourd'hui " l'écoconception ". C'est toute la filière de fabrication qui doit être analysée pour tenter de minimiser, à chaque étape, l'impact potentiellement néfaste de la production d'un objet de plus sur la Terre. Un exercice de style auquel le designer Christophe Delcourt et Roche-Bobois se sont prêtés pour lancer la collection Legend et qui inspire désormais l'éditeur français dans les choix qu'il pose pour l'avenir. " Nous sommes convaincus qu'il ne s'agit pas d'un phénomène de mode, assure Christophe Delcourt. Cela se voit dans tous les secteurs. Plus personne ne peut ignorer aujourd'hui qu'il faut faire attention à tout ce que l'on consomme. " Echanges à bâtons rompus avec un convaincu. Christophe Delcourt : Dans mon parcours de designer, je suis autodidacte. Mon métier, je l'ai appris dans les usines et dans les ateliers. J'ai toujours cherché à travailler avec des partenaires sensibles à la place de l'homme dans la fabrication et à l'environnement. Des industriels qui, par exemple, font attention à la façon dont ils gèrent leurs détritus, qui protègent leurs ouvriers. Dans mon bureau, aussi, nous utilisons du papier recyclé, nous demandons aux gens de nous envoyer des e-mails plutôt que des fax, nous évitons au maximum d'imprimer. En effet. Roche-Bobois m'avait donné carte blanche. Nous sommes partis d'un bois durable, une matière première dont on dispose en France en quantité, à proximité des sites de transformation et de fabrication. Il n'est donc pas nécessaire de faire venir de loin des bois exotiques et l'on favorise aussi le savoir-faire local tout en faisant des économies d'énergie, en limitant au maximum le gaspillage de produits pétroliers. La scierie Ducerf avec laquelle nous avons travaillé utilise ses déchets pour produire toute l'électricité dont elle a besoin. J'ai aussi imaginé un design autoportant, qui ne nécessite aucune vis, ni clou pour être mis en forme. De cette manière, le meuble en fin de vie pourra être brûlé ou même jeté dans la nature où il se décomposera comme un morceau de bois sans laisser de trace. Nous avons aussi eu recours à des colles et des vernis à l'eau pour donner une belle patine, faire ressortir le caractère et la force du bois. Ce n'est pas nocif pour celui qui doit l'appliquer et surtout, les pinceaux et les pots se rincent à l'eau sans générer de déchets nuisibles. Pas du tout, je suis convaincu que dans le futur ce sera accessible à tous. D'ailleurs, nous aurions pu partir d'un dessin plus simple pour arriver à des coûts moins importants. Nous avons choisi de garder la complexité, de rendre ce produit unique par sa démarche, son design pour en faire un manifeste. Un meuble qui ait une histoire à raconter. Ce n'est pas un coup de marketing. La position chez Roche-Bobois est bien claire : généraliser au maximum ce type de production sur l'ensemble des collections. Pas à pas. En utilisant par exemple du bois latté, un panneau de placage nettement moins consommateur de colles ou de solvants. En donnant la préférence à des moules entièrement recyclables. En choisissant des tissus à base de fibres végétales, de bambou, teintés sans ajout de matières nocives. C'est ce que nous avons fait pour les nouvelles collections Scoop et Spinnaker. L'offre de qualité, en tissus notamment, est en constante augmentation. Cette année, par exemple, on a vu apparaître beaucoup de propositions d'étoffes à base de bambous dans des coloris extraordinaires, qui n'utilisent pas de matière nocive pour fixer les teintures. Les prix aussi commencent à diminuer. Il ne faut pas se leurrer, c'est une économie comme une autre. La demande est là. Les producteurs de matières premières vont s'y adapter, ils ont tout intérêt à ce que cela fonctionne. Avant, comme la démarche était moins généralisée, faute de demande forte, les designers aussi étaient moins impliqués, moins en accord avec un éditeur requérant davantage de modernité dans l'approche. L'écoconception, c'est d'abord une attitude, une opinion qu'on exprime. Face à elle, il faut essayer d'être cohérent, décider jusqu'où on va dans la mesure du possible. C'est une amélioration quotidienne, lente. C'est impossible d'être radical : ce serait beaucoup trop coûteux. Il faut que tout le monde progresse : les fabricants et leurs fournisseurs, les consommateurs aussi. On ne changera pas tout du jour au lendemain. La mondialisation est une réalité, c'est une ineptie de vouloir nier l'existence d'une production de masse, souvent décentralisée dans des pays en voie de développement qui fournissent une main-d'£uvre bon marché. Mais " faire avec " peut aussi vouloir dire " faire autrement ". En accompagnant par exemple ce travail par des chartes à respecter. Pour progresser, il faut savoir faire des concessions. Mais tout le monde en sortira gagnant. Propos recueillis par Isabelle Willot