FINLANDE

Carrefour d'influences traversé par le cercle arctique, logée entre Orient, Occident et Scandinavie, la Finlande affiche le bleu de ses trois mille lacs et la blancheur de ses neiges sur son drapeau à croix décentrée typiquement nordique. La nature y est aussi belle que rude, les températures hivernales y plongent allègrement sous les -30 °C, et bien qu'elle soit dix fois plus étendue que la Belgique, la population y est deux fois moindre.
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Carrefour d'influences traversé par le cercle arctique, logée entre Orient, Occident et Scandinavie, la Finlande affiche le bleu de ses trois mille lacs et la blancheur de ses neiges sur son drapeau à croix décentrée typiquement nordique. La nature y est aussi belle que rude, les températures hivernales y plongent allègrement sous les -30 °C, et bien qu'elle soit dix fois plus étendue que la Belgique, la population y est deux fois moindre. Alliée de fait des Allemands durant la Seconde Guerre mondiale, la Finlande est une jeune nation exsangue à la capitulation du IIIe Reich, et doit se reconstruire dans un climat d'une morosité absolue. A Helsinki, Viljo Ratia lance en 1949 une petite affaire de textiles et toiles cirées appelée Printex. Directrice créative de l'entreprise, sa femme Armi rêve de sortir des collections de mode et de décoration intérieure sous le nom Marimekko. Ses idées novatrices rencontrent le succès public et la marque est inscrite au Registre de commerce finlandais le 25 mai 1951. La vocation à la fois simplissime et ambitieuse de Marimekko est de procurer de la joie à ses clients. Texto. Persuadée du potentiel de ses produits nécessaires et peu compliqués, Armi Ratia insuffle une pointe d'optimisme à ses compatriotes à grand renfort de couleur. Ses ambitions et sa démarche holistique font de Marimekko l'une des premières marques lifestyle, qui accompagne ses adeptes au jour le jour... Avant de faire ses premiers pas internationaux lors de l'Expo 58, à Bruxelles. En 1960, les époux Kennedy, en pleine course à la Maison-Blanche, posent en couverture de Sports Illustrated. Jackie porte une robe rose, l'un des sept modèles bon marché qu'elle vient d'acquérir chez Marimekko. Une aubaine pour Armi Ratia, qui n'aurait pu espérer plus charmante ambassadrice. Elle, Vogue, Harper's Bazaar et The New York Times n'en loupent pas une miette et, du jour au lendemain, les Américaines s'intéressent à cette marque alors inconnue. Outre la joie, Marimekko véhicule un certain nombre de valeurs, tant dans ses créations que dans son mode de fonctionnement. Le courage et l'audace sont salués car ils stimulent l'imagination. Mais défense de se prendre au sérieux. La griffe prône l'authenticité, se félicite de promouvoir approche artisanale, travail manuel et respect de l'environnement, et en attend autant de chacun de ses fournisseurs ou partenaires. Anti-fashion, sa vision à long terme se moque des tendances et puise sa créativité dans une politique de recrutement précoce qui, dès la sortie de l'école, cueille de jeunes talents que l'industrie de la mode n'a pas encore formatés. L'une des grandes forces du label est cette large palette de couleurs vives qui émerveillent depuis plus d'un demi-siècle. Des centaines de coloris, dont par exemple pas moins de 80 nuances de jaune, repoussent les limites de leur créativité. Et si la teinte désirée vient à manquer, Marimekko dispose de son propre studio, qui pourra la créer. L'apparente naïveté des imprimés cache une complexité, née de l'envie de traduire l'impact visuel des contradictions qui nous entourent au quotidien. L'aspect nature et " country feeling " se frotte ainsi à un graphisme d'influence urbaine et les fonds blancs laissent exploser l'exubérance des motifs. La nature constitue l'inspiration principale de Marimekko. Alors que le pays connaît un exode rural sans précédent, Armi Ratia se met en tête d'offrir aux néocitadins une résonance de cette verdure à laquelle ils sont si attachés à travers ses compositions. Arbres, animaux et bientôt fleurs s'inviteront dans les intérieurs finlandais. Bravant l'interdiction de réaliser des motifs floraux posée par Armi Ratia, l'artiste et designer Maija Isola dessine Unikko (" coquelicot " en finnois) un beau jour de 1964. Décliné en une multitude de couleurs par sa fille Kristina, elle-même créatrice pour Marimekko, Unikko ouvre la voie à de nouvelles explorations graphiques et demeure à ce jour le plus célèbre motif de la marque, une véritable signature qui s'affichera bientôt aux quatre coins du monde. Le prénom Maija renvoie tant à Maija Isola, inventrice du motif Unikko, figure emblématique de l'entreprise présente depuis les années Printex, qu'à Maija Louekari, jeune designer parmi les plus prometteuses de la nouvelle génération. Entrée chez Marimekko, en remportant un concours organisé au sein de son université, cette dernière compte déjà plusieurs motifs à succès et incarne le versant moderne de l'entreprise, promise à un bel avenir. Marimekko est donc une histoire de femmes. Fondée par l'une d'elles, la société compte de tout temps un nombre impressionnant de collaboratrices. C'est encore une femme, Kirsti Paakkanen, qui lui redonne l'impulsion nécessaire, au début des années 90, pour rebondir en pleine période de récession. Paakkanen croit en la spécificité du savoir-faire finlandais et refuse de délocaliser, une décision audacieuse qui portera ses fruits joyeusement bigarrés. L'idée de collections " faites pour les femmes, par les femmes " a pourtant fini par s'estomper avec le temps, notamment via la vente d'articles unisexe ou destinés aux hommes, puis par l'arrivée de l'héritier de Kirsti Paakkanen, Mika Ihamuotila, à la tête de l'entreprise. Comme tout grand label qui se respecte, Marimekko a succombé à l'attrait des flagship stores, ces navires amiraux de la flotte commerciale, ouverts en grande pompe d'un bout à l'autre de la planète. La marque a réussi à élargir son champ d'activité sans trahir ses idéaux et réaffirme aujourd'hui un succès vieux de plusieurs décennies ; ses vêtements ou accessoires sont portés par des célébrités, de Sarah Jessica Parker à Anne Hathaway et ses motifs se retrouvent sur les Converse des ados ou dans leurs chambres, imprimés sur un Fatboy. Le 20 mars 2012, Google fête la venue du printemps avec un Doodle aux couleurs de la marque sur sa page d'accueil. Une nouvelle consécration populaire, qui laisse présager de belles années de chromathérapie finlandaise à un monde qui, plus que jamais, en a bien besoin. ?