Il y a sept ans, seules deux femmes dirigeaient une entreprise de mode. La première, Miuccia Prada, porte non seulement la casquette de DA de la griffe éponyme et de sa petite soeur, Miu Miu, mais également celle de co-PDG du groupe familial -- avec son mari, Patrizio Bertelli. La seconde, Francesca Bellettini, endosse le rôle de présidente-directrice générale de la maison Saint Laurent et, trois années plus tard, permet à celle-ci de passer le cap du milliard d'euros de chiffre d'affaires. Entre-temps, quelques dames rejoignent, elles aussi, le cercle bien trop restreint. On pense notamment à Pascale...

Il y a sept ans, seules deux femmes dirigeaient une entreprise de mode. La première, Miuccia Prada, porte non seulement la casquette de DA de la griffe éponyme et de sa petite soeur, Miu Miu, mais également celle de co-PDG du groupe familial -- avec son mari, Patrizio Bertelli. La seconde, Francesca Bellettini, endosse le rôle de présidente-directrice générale de la maison Saint Laurent et, trois années plus tard, permet à celle-ci de passer le cap du milliard d'euros de chiffre d'affaires. Entre-temps, quelques dames rejoignent, elles aussi, le cercle bien trop restreint. On pense notamment à Pascale Lepoivre, qui accède à la direction de Loewe, ou à Séverine Merle, qui devient CEO de Celine, le 1er avril 2017. Pas de poisson bête et méchant à l'horizon ; simplement le doux sentiment que le plafond de verre se fissure un peu plus. En 2018, c'est Sophie Brocart et Stella McCartney qui lézardent davantage le carcan patriarcal. En effet, la Française se voit confier la mission de réveiller Patou, tandis que la Britannique rachète l'intégralité de sa marque à Kering. Très certainement trop succincte, cette liste de patronymes éclaire un des paradoxes de l'industrie du luxe : le fait que beaucoup d'hommes dirigent des entreprises dont les effectifs et la clientèle sont majoritairement féminins. L'explication se révèle assez concise. Durant les années 80, sous l'impulsion de la mondialisation, le secteur se constitue en grands groupes. A leur tête, des financiers, grisonnants, sortant de grandes écoles et préférant recruter... leurs semblables. Néanmoins, il est important et jouissif de souligner que, ces dernières années, le vent a heureusement tourné et que ces mêmes gigantesques holdings multiplient les initiatives pour promouvoir les talents de la gent féminine. D'ici la fin 2020, LVMH promet la parité dans les comités de direction et Kering s'engage à la faire respecter dans toutes ses fonctions pour 2026. Si certains saluent la révolution, d'autres pensent qu'il s'agit, tout naturellement, d'un joli retour aux sources. Oui, le secteur de la mode a été fondé par un bon nombre d'entrepreneuses -- Elsa Schiaparelli, Nina Ricci, Gabrielle Chanel, Jeanne Lanvin, pour ne citer qu'elles. Et, oui, de tout temps, il a été bonifié par de grandes dames : Sonia Rykiel, Jil Sander, Agnès b., Donna Karan ou Isabel Marant, entre autres. Dans ce numéro du Vif Weekend, nous explorons le futur du luxe et questionnons, tour à tour, une poignée de jeunes de la génération Z, la journaliste Astrid Wendlandt et le mannequin cabine de Chanel Amanda Sanchez, sur leurs attentes et leurs (re)définitions du domaine. Et puisqu'il est ici question de projection, ne serait-ce pas une belle décision, à l'avenir, de placer aux postes clés des fleurons du luxe des femmes non blanches, peut-être pas hétérosexuelles ou cisgenres ? Histoire de représenter toutes ces dames, dans leur complexité et dans leur diversité. Parce qu'elles le valent bien.